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Parcours atypique d’Apollinaire Labgré, sergent-chef de police devenu Docteur en philosophie (PORTRAIT)

Publié le dimanche 20 mai 2018  |  Alerte Info


ABIDJAN - De la sécurité publique à l’amour de la sagesse, il y a un fossé abyssal qu’Apollinaire Lagbré, sergent-chef de police de 42 ans en poste, il y a peu, à Guiglo, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, a allègrement franchi au point de s’arracher il y a quelques mois, la première place dans le classement des coups de cœurs de nombreux internautes sur les réseaux sociaux.

C’est que le parcours pour le moins atypique de ce père de cinq enfants suscite respect et admiration, tant il confirme, s’il en était besoin, que la persévérance, l’humilité, le courage sont les principaux secrets de tout succès.

Benjamin d’une fratrie de sept enfants, Apollinaire Lagbré est né le 29 décembre 1976 à Koniboua, une petite bourgade en pays Dida rebaptisée Gogoko, à quelques 17 Km de Lakota (sud-ouest), et a grandi en faisant face aux réalités des familles polygames africaines. Son père, Gnakpa Lagbré, décédé le 01 Août dernier, étant marié à trois femmes.

Comme pour le préparer à affronter les difficultés de la vie et lui inculquer les vertus de travail, de l’effort et du courage, son paternel l’inscrit dès la classe de Cours préparatoire 1ère année (CP1) à l’Ecole primaire publique de Grogouya, un petit village situé à quelque 8 km de Gogoko, qui était pourtant doté d’un établissement primaire que la plupart de ses camarades fréquentaient.

Une distance que l’enfant de 6 ans qu’il était encore parcourait, en compagnie de certains de ses aînés, chaque jour à partir de 4h du matin, en aller et retour.

En classe de CM1, il plaide auprès de son père pour un transfert dans l’école primaire publique de Gogoko, son village. Une requête que ce dernier accepte non sans lui laisser le soin d’entreprendre lui-même, à seulement 9 ans, les démarches afférentes pour une telle réorientation.

De retour au village, le futur policier-philosophe décroche avec brio l’entrée en 6e et est orienté au Collège moderne de Divo où il obtient en 1993 son Brevet d’études du premier cycle (BEPC). En classe de 1ère, il décide de quitter le domicile de sa tutrice pour, dit-il, s’assumer. Mais son père lui fait comprendre qu’il n’a pas les moyens de payer mensuellement le loyer de 5.000 F.

Pour se prendre en charge, Apollinaire trouve la parade : donner des cours à domicile jusqu’à l’obtention de son baccalauréat série A2 en 1997 au Lycée Moderne Alphonse Assamoi de Divo.

Président du club de philosophie au lycée, c’est tout naturellement qu’il est orienté en Philosophie à l’université d’Abidjan-Cocody, où il décroche sa maîtrise et réussit en 2002 avec succès le concours des…sous-officiers de police réservé aux titulaires du BEPC.

En aucun cas, il ne s’est laissé dévorer par l’amertume et visiter par une quelconque aigreur ni découragement.

“J’ai passé le concours de police parce que j’aime la rigueur et les challenges. Aussi, comme raison secondaire, il y avait que ma mère était malade’’, explique-t-il.

A la police, Apollinaire fait ses premières gammes en étant d’abord garde de corps d’un opérateur économique, ensuite il est muté à Aboisso où il fait l’expérience de la “route’’, avant d’être promu encadreur à l’école de Police.

“C’est de là que je reprends mes études pour libérer mes potentialités’’ explique-t-il. Les railleries et autres quolibets de certains de ces collègues et parents le qualifiant avec mépris de “policier le plus misérable’’ ne l’ont point conduit au découragement.

Pas plus que son affectation en 2012, au Commissariat de Police de Guiglo, à 600 km d’Abidjan.

Bien au contraire, cet homme et père de cinq enfants, puise dans les railleries une force mentale à toute épreuve et accepte de rejoindre son nouveau lieu d’affectation avec la ferme volonté de poursuivre ses études en dépit des 600 Km séparant Abidjan de Guiglo.

Seul dans sa famille à exercer un emploi stable, il peine à joindre les deux bouts mais reste malgré tout accroché à ses vertus de probité et d’honnêteté, persuadé qu’il était d’être “en route vers le succès’’ avec son épouse et ses enfants.

Comme avec son père, il inculque à ses enfants la philosophie de vie de toute famille modeste : l’utile avant l’agréable. “Jamais de cadeau de Noël et de jouets pour eux’’, admet-il. Dans le dur, il s’appuie sur sa foi chrétienne : “Je crois en Dieu et je me réveille tous les jours à 5h pour prier’’.

A force de travail et au prix de nombreux sacrifices, Apollinaire Lagbré tutoie aujourd’hui les sommets. Le 17 janvier 2018 à l’amphithéâtre Cheik Anta Diop de l’Université d’Abidjan-Cocody, face à un jury présidé par le Professeur Niamkey Koffi, grande figure de la philosophie en Afrique, il a soutenu une thèse unique de Doctorat d’Etat en philosophie dont le sujet a porté sur “l’identité de l’homme’’ chez Sade, un auteur français du 18e siècle.

“Si je me suis privé de sommeil, de repos et si j’ai subi tant de railleries parce que je vivais au restreint, c’est parce que je veux un changement de ma situation sociale. J’y aspire et j’y crois’’ disait-il, en se remettant à Dieu : “ Tout est entre ses mains et c’est lui qui m’a permit d’atteindre ce niveau’’.

Les prières d’Apollinaire, diacre principal de l’église protestante baptiste œuvres et mission de Guiglo, ont été entendues et exaucées.

Depuis mars, il a été réaffecté à Abidjan et promu chargé d’études au cabinet du ministre de l’Intérieur et de la sécurité.

SKO
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