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Elections municipales et régionales du 13 octobre: quels sont les enjeux ?

Publié le lundi 24 septembre 2018  |  L’intelligent d’Abidjan


Ces élections doivent-elles être interprétées comme un moment de pré-campagne avant que ne commence la véritable campagne pour l’élection présidentielle de 2020, la « mère des élections », ou ne sont-elles que des élections « locales » dont les enjeux ne dépassent pas le périmètre d’une municipalité ou d’une région ? La réponse est simple : aucune élection ne peut être détachée d’un contexte national. S’agit-il simplement d’élire le maire de Cocody ? De Bingerville ? De Ferké ? S’agit simplement d’élire le Président de la région de l’Iffou ? Quelle est l’étiquette du candidat dans la région de La Me : RHDP-Parti unifié ou PDCI ? Quel sera le résultat des candidats indépendants face aux candidats des grands partis ? Un candidat parachuté peut-il être élu ? C’est le cas d’Hamed Bakayoko à Abobo, la commune la plus peuplé d’Abidjan. Vice-président du RDR, Hamed Bakayoko revendique son statut de parachuté : « Dans l’armée quand la situation est difficile, on envoie les parachutistes, alors j’assume d’être parachuté à Abobo ». Dans cette commune, la situation est difficile ; plusieurs clans RDR s’affrontent pour la succession de l’actuel maire RDR, Adama Toungara, nommé depuis le 4 avril 2018, Grand Médiateur de la République. La « rébellion » de Toungara, qui ne voulait pas quitter la mairie, a provoqué des remous au RDR. Le Président de la République a dû s’employer pour convaincre « son ami de longue date ». Il est évident que le poste de Médiateur de la République, au contact direct avec les populations, ne pouvait pas être attribué à un PDCI. Longtemps pressenti, l’ancien Inspecteur Général d’Etat, Niamien N’Goran, PDCI-RDA, a été écarté pour des raisons politiques. Quant à Abobo, la commune la plus peuplée de Côte d’Ivoire avec ses 1,5 million d’habitants, elle va permettre à Hamed Bakayoko de pacifier le RDR, porter la parole du gouvernement et tester sa popularité (… pour la suite ?). Les enjeux économiques et sociaux purement locaux dans le cadre de la décentralisation passent au second rang, même si un maire de l’envergure d’Hamed Bakayoko, avec son charisme, peut servir les intérêts d’une commune où passe la ligne de chemin de fer reliant la Côte d’Ivoire au Burkina. D’ailleurs, tout le RDR local s’est rallié à la candidature du Vice-président du parti. Ces élections locales et régionales sont donc des élections-tests qui doivent permettre à tous les partis politiques de mesurer véritablement leur influence deux ans avant la présidentielle de 2020. Pour Bédié, l’enjeu est encore plus important, puisqu’il s’agit à la fois, avec des candidats estampillés PDCI-RDA, de contrecarrer l’action des PDCI dissidents qui ont rejoint le RHDP-Parti unifié et de mettre fin à l’hégémonie du RDR. Mamadou Sanogo, le vice-président du RDR chargé des élections, nous donne les clefs pour décrypter l’enjeu politique de ces élections : « nous étions avec des amis qui seront peut-être des adversaires dans quelques semaines. Il ne faut surtout pas que les bureaux de vote soient occupés par des gens de petite moralité ». Chacun aura compris : nos alliés d’hier sont nos adversaires d’aujourd’hui et attention à la fraude. Rien d’anormal dans ce jeu de chaises musicales qui redistribue les cartes au sein du pouvoir politique (Hamed Bakayoko envoyé en mission à Abobo, et Amara Toungara à la Grande Médiature) ; rien d’anormal non plus dans les déclarations politiques des uns et des autres, dès l’instant qu’elles se font dans un cadre démocratique. La grande peur des Ivoiriens est que la surenchère politique ne conduise vers une crise postélectorale mortifère. On sait que le FPI-tendance Sangaré « exige le report sans conditions des élections locales du 13 octobre 2018, et l’ouverture sans délai des discussions inclusives en vue de la réforme et de la mise en place d’une CEI consensuelle ». En revanche, le FPI-tendance Affi N’Guessan est disposé à participer aux élections, en dépit de la configuration actuelle de la Commission électorale indépendante. Cette déclaration n’a pas conduit le gouvernement à modifier le calendrier électoral. Mais, tous les observateurs constatent que la publication des listes de candidats aux élections locales, que ce soit celle du PDCI, du RHDP-Parti unifié, du FPI, révèle la confusion qui règne au sein des directions des grands partis ivoiriens. Les candidats indépendants pourront-ils profiter de cette situation ?

Un enjeu politique évident

Lors d’une rencontre qui s’est tenue le samedi 11 août 2018, au siège du RDR, avec les candidats et têtes de liste retenus pour les élections municipales et régionales, Kandia Camara, Secrétaire générale du RDR, a insisté sur l’enjeu politique de ces élections. Son discours a essentiellement porté sur la nécessité « d’une victoire écrasante du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) » lors de ces élections locales. Elle a précisé : « Ce sont les préparatifs des échéances de 2020. Ceux qui seront élus vont être les piliers pour 2020. C’est éminemment important que les uns et les autres mesurent l’importance de ces élections, car elles détermineront la victoire de 2020. L’enjeu de ces municipales et régionales va au-delà de votre personne. Chacun et chacune doit intégrer cet état de fait qu’il représente le parti et le Rhdp. Nous irons en Rhdp et vous devez adopter un comportement qui va dans ce sens, dans la composition de vos équipes. Vous êtes désignés par le parti, mais demain vous allez représenter le Rhdp. Menez la campagne avec vos alliés ». Cette déclaration, chacun mettant le nom du parti politique qu’il préside, pourrait être faite par Bédié, ou Affi N’Guessan. Kandia Camara n’a pas oublié les délicates questions, dans certaines régions, de l’identification, le recrutement et la formation du personnel des bureaux de vote, précisant : « Nous avons été ensemble pour beaucoup d’élections. Nous pourrons donc nous retrouver en face des personnes avec qui nous avons géré ensemble des élections ces dernières années. Donc ne pas être regardant sur la question du personnel, c’est prendre des risques. Ne négligez pas cet aspect ». Ces conseils sont ceux que donneront tous les partis politiques à leurs candidats, car les enjeux de ces élections couplées d’octobre 2018 sont tout aussi importants que l’élection présidentielle. Elles sont stratégiquement déterminantes pour la conquête du pouvoir en 2020.

La conquête du pouvoir passe par le local

Si les municipalités et les régions deviennent de véritables instances décentralisées de développement, elles permettront une implication plus directe des acteurs locaux dans tous les domaines et favoriseront des initiatives innovantes et participatives, ce qui permettrait de changer l’image du pouvoir et de l’action politique. L’élu local, par les initiatives qu’il peut prendre et les aides extérieures qu’il peut trouver, face à l’immobilisme de l’Etat, est à même de lieux répondre aux besoins des populations (développement économique, lutte contre le chômage, la pauvreté, amélioration du cadre de vie). La décentralisation doit permette de rapprocher les populations de l’administration. On peut supposer que l’abstention sera moindre que lors des élections nationales, les candidats, connus des électeurs, ne sont pas hors-sol. Les investitures ont le plus souvent tenus compte de l’implantation locale des candidats.

Quel sera le fil rouge de de ces élections ? Des enjeux purement locaux ou des logiques nationales ? Quel effet produiront la libération de Mme Gbagbo et le silence de Guillaume Soro ?

Christian Gambotti
Agrégé de l’Université, politologue
Président du think tank
Afrique & Partage
Directeur de la Collection
L’Afrique en Marche
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L’intelligent d’Abidjan N° 4280 du 24/9/2018

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