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Marc Vizy: "Présenter la zone-franc comme un dispositif colonial n’est pas digne"

Publié le mercredi 13 fevrier 2019  |  Togo breaking news
Marc
© Autre presse par DR
Marc Vizy, Ambassadeur de France au Togo


La France fait actuellement l’objet dans la presse togolaise et sur les réseaux sociaux de violentes
attaques en lien avec le franc CFA qui est abusivement présenté comme un instrument de politique
néocoloniale. Certains n’ont pas hésité à présenter la zone-franc comme un système équivalent à
celui mis en œuvre pendant la seconde guerre mondiale par les nazis pour piller les ressources de la
France. La réaction de l’ambassadeur de France à Lomé, par ailleurs auteur dans les années 80 d’un
manuel sur la zone-franc publié à la Documentation française, a été sollicitée. Voici l’entretien
exclusif…

Togobreakingnews.info: Que pensez-vous des critiques adressées, ces dernières semaines, par
certaines personnalités politiques italiennes à la France qui maintiendrait les pays africains de
la zone franc dans un état de sous-développement via le franc CFA ?
Marc Vizy: La France fait l’objet depuis plusieurs mois d’accusations répétées, injustes,
outrancières et sans fondement en ce qui concerne le franc CFA. S’agissant des commentaires de
personnalités italiennes, le Quai d’Orsay a réagi. Je ne peux rien ajouter. J’observe cependant que
beaucoup en Afrique considèrent que ces critiques n’émanent pas des personnalités les mieux
qualifiées politiquement pour se poser en défenseurs du continent.
Le ministre italien du développement économique, du travail et des politiques sociales, Luigi
DI MAIO évoque le franc des colonies. A-t-il raison ?
Il aurait effectivement eu raison… il y a 60 ans : le franc CFA signifiait alors « franc des Colonies
Françaises d’Afrique ».

Il lui a certainement été rappelé que, depuis les indépendances, « franc CFA » signifie « Franc de la
Communauté Financière Africaine » pour la zone UEMOA et « Franc de la Coopération Financière
en Afrique centrale » pour la zone CEMAC.
Il reproche à la France d’imprimer les francs CFA…
Les billets et les pièces en francs CFA sont effectivement fabriqués en France. Il s’agit d’un choix
technique et économique, la France disposant d’une longue expérience dans le domaine et
fabriquant des monnaies sécurisées.
L’externalisation de la production de monnaie n’est d’ailleurs pas le propre du franc CFA. Le franc
guinéen, le birr éthiopien, le shilling ougandais sont par exemple fabriqués en Angleterre.
C’est en Allemagne que sont fabriquées les monnaies de la Mauritanie, de l’Erythrée, de la Tanzanie
ou de de la Zambie. Le Libéria confie la fabrication de sa monnaie aux Etats-Unis d’Amérique.
Madagascar qui n’est pas dans la zone-franc confie la production de ses billets à la France. Il n’y a
d’ailleurs, en Afrique, que 9 pays qui fabriquent eux-mêmes leur propre monnaie.
La vérité est que ce sont bien les Etats africains membres de la zone-franc qui, eux-mêmes, «
frappent monnaie » car ce sont eux qui décident de la quantité de monnaie mise en circulation, et
certainement pas la France.

Il affirme qu’avec le franc CFA, la France finance sa dette…
Il a peut-être été influencé par la lecture d’infox qui circulent sur les réseaux sociaux et qui
présentent de façon mensongère le placement au Trésor français d’une partie des réserves africaines en devises comme une sorte d’impôt que ferait payer la France aux pays africains membres de la zone-franc.

Evidemment, le franc CFA ne finance pas la dette française. C’est purement mensonger que
d’affirmer cela.
Simplement ceux qui trouvent intérêt à dénigrer la France et les pays africains de la zone-franc
prétendent que l’obligation de centraliser les réserves de change dans les banques centrales
(BCEAO et BEAC) et pour elles d’en placer 50% au Trésor français (obligation qui relève du
mécanisme financier de garantie de la convertibilité du franc CFA) serait une taxation ou une forme
de captation par la France des richesses des pays africains. C’est complétement faux !
D’ailleurs ce placement au Trésor français est avantageusement rémunéré par la France et rapporte
plusieurs dizaines de millions d’euros aux pays de la zone-franc.
Ne pas faire la distinction entre un placement, où comme dans une banque l’on peut utiliser son
argent à tout instant, et un impôt révèle soit de graves lacunes en matière économique, soit, plus
vraisemblablement, beaucoup de mauvaise foi chez ceux qui propagent ces infox sur Internet.
Certains économistes considèrent que le compte d’opérations ne devrait plus être logé au
Trésor français mais à la Banque Centrale Européenne (BCE) …
C’est une idée intéressante… en théorie. Je les invite à aller en parler aux pays de la zone euro. Et à
demander aux autorités italiennes par exemple de contribuer à la garantie de convertibilité du franc
CFA que la France assume seule aujourd’hui. Je crains qu’ils ne recueillent qu’un succès d’estime
Parlons de cette garantie de convertibilité que vous évoquez : pourquoi s’il y a convertibilité,
ne peut-on pas changer nos francs CFA dans les banques quand on arrive en Europe ?
Vous avez raison. C’est une vraie question. La convertibilité est cependant bien réelle.
Lorsqu’un ressortissant d’un pays de la zone-franc, titulaire d’un compte en francs CFA dans une
banque de son pays, voyage, en Italie par exemple, il peut, à tout moment, retirer des euros dans les
distributeurs avec la carte émise par sa banque. Il peut faire ses achats en euros avec sa carte. Il
bénéficie donc librement de cette convertibilité.

De même, lorsqu’un opérateur économique africain de la zone-franc a besoin de payer un
fournisseur italien en euros, sa banque lui fournit ces euros et son fournisseur et lui-même
bénéficient eux-aussi de la convertibilité garantie par la France.
Mais s’agissant des billets et des pièces, ils ne peuvent effectivement pas être changés dans les
banques à l’extérieur de leur zone d’émission. Cela ne résulte aucunement d’une décision de la
France mais de mesures de précaution, décidées en 1993, par les banques centrales africaines
(BCEAO et BEAC) pour éviter des mouvements de capitaux non-justifiés vers l’Europe. D’ailleurs
le change des billets n’est pas possible non-plus entre les zones UEMOA et CEMAC. Il s’agit de
mesures prises par les instances africaines dans l’intérêt des économies africaines et ayant pour
objet la transparence des mouvements de capitaux.

La plupart des billets des autres pays africains n’est d’ailleurs pas changeable en Europe.
Mais la zone-franc n’est-elle pas quand même une survivance coloniale ? M. Kako
NUBUKPO évoque une économie de sujétion coloniale…
Il est exact que la zone-franc a été créée après-guerre au moment de la colonisation et qu’elle visait
une forme d’union économique et monétaire entre la France et ses colonies en Afrique.
Mais aujourd’hui le dispositif a complétement changé et n’a plus rien de colonial. C’est au contraire
un mécanisme moderne, entièrement aux mains des Etats africains, qui jouit d’une très bonne
réputation dans les milieux financiers internationaux et qui permet aux Africains concernés de
disposer d’une monnaie solide.

Présenter la zone-franc comme un dispositif colonial n’est pas digne. Si la zone-franc était un
instrument de domination néocoloniale, il y a longtemps que les pays concernés l’auraient quittée !
Quant à M. Kako NUBUKPO, ses difficultés avec le franc CFA sont plutôt à rechercher dans
l’historique de ses relations avec la BCEAO…. Mais comme c’est un économiste avisé, il reconnait
aussi que la zone-franc alimente bien des fantasmes. Alors puisque c’est un ami de la France - il a
travaillé pour la Francophonie et pour des structures publiques françaises - je l’invite à sortir de
l’ambiguïté vis-à-vis de la France et à prendre sa défense lorsqu’elle est injustement attaquée. Qu’il
conteste le dispositif ou critique la politique monétaire des banques centrales, il en a parfaitement le
droit. Cela participe du débat économique. Mais qu’il laisse dire que, par le franc CFA, la France
perpétue une forme de domination coloniale n’est pas compréhensible de la part d’un ami de la
France. Je suis sûr qu’il va se ressaisir et appeler à la modération dans un débat qui doit rester
apaisé.
... suite de l'article sur Autre presse

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