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Secteur du bois en Côte d’Ivoire : Le cri du cœur d’Amessan Sandè Agnès

Publié le lundi 22 juillet 2019  |  Le Nouveau Réveil


Amessan Sandè Agnès, première femme industrielle du bois en Côte d’Ivoire vit une injustice qui dure plusieurs années. Son périmètre d’exploitation, via sa scierie Siasa, a été abusivement cédé à d’autres exploitants. Comment s’est-elle retrouvée dans cette situation ? Elle raconte. « Pendant la crise, mon entreprise Siasa, installée à Divo depuis des années, a été sinistrée et pillée. Comme toutes les scieries, je disposais d’un périmètre forestier, fournissant le bois, matière première de mon activité. Je précise que je suis agréée exploitante forestière, avec le code et le marteau forestier. Je suis également agréée industrielle du bois avec le code et le marteau industriel. J’ai travaillé pendant 20 ans à la justice, j’ai démissionné de la justice à cause de cette activité. J’ai installé ma scierie à Divo, avec mes propres fonds. Je n’ai pas eu besoin de prêt financier », explique Mme Amessan. Malheureusement, pendant les crises socio-politiques successives qu’a connue la Côte d’Ivoire, depuis 2002, sa scierie sera pillée et brûlée. « Le périmètre forestier qui m’a été attribué depuis le 7 juin 1995 a été octroyé à des Libanais. Ces Libanais sont des “Kamikazers”, qui pillent la forêt. Ils n’ont aucun papier. Quelqu’un du ministère des Eaux et forêts, pour 125 millions de FCFA qui lui a été promis, a octroyé mon périmètre aux Libanais. Je précise que dans le secteur du bois, pour avoir droit à un périmètre, il faut être agréé officiellement, par l’Etat. Et moi, mon code, c’est le 649. Et mon marteau, c’est AMS. Ce sont mes initiales, Amessan Sandè Agnès. Le code industriel, c’est ASA, Amessan Sandé. Le code c’est le 80099. Je suis la seule à avoir ces numéros », indique-t-elle. A en croire notre interlocutrice, ce sont au total14 personnes qui ont été victimes de cette injustice. « Pendant que nous fuyons nos domaines à cause de la crise, des gens s’y installaient », déplore-t-elle. La situation va devenir incompréhensible après la crise de 2010. « Après son élection, le Président Alassane Ouattara a ordonné qu’on restitue les périmètres aux gens. Les autres ont pu retrouver leurs périmètres. Mais moi, je n’étais pas sur cette liste. Au ministère des Eaux et forêts, mon nom a été enlevé officieusement. Vos confrères journalistes ont parlé de cette histoire. Le Président Alassane l’a lu et il m’a fait appel. Les gens m’ont écoutée. Le Président a donné des instructions pour que mon périmètre me soit restitué. Mais jusqu’à présent, rien », révèle-t-elle. En 2012, au cours d’une cérémonie, elle réussit à approcher le Président de la République. « Il m’a dit, “Ma sœur, prends courage. Je m’occupe de ton problème”. Je lui ai dit que mon nom n’était pas sur la liste des personnes qui ont repris leurs parcelles. J’ai 500 personnes au chômage. Il y a la scierie, l’exploitation forestière, la menuiserie-ébénisterie, le reboisement et la fabrication de charbon. Ces 5 filières réunissaient de nombreuses familles. Et le Président a donné des instructions au ministre des Eaux et forêts pour que ma parcelle me soit restituée », dit-elle. A la suite de cet échange, Amessan Sandè Agnès aura des séances de travail au ministère des Eaux et forêts. « Grâce au Président, nous avons eu des séances de concertation avec des agents du ministère des Eaux et forêts, pendant un an. Il se trouve que c’est un responsable des eaux et forêts qui a pris de l’argent avec les Libanais et qui leur a cédé ma parcelle. C’est son collègue qui l’a dénoncé. Il existe des témoins et des documents », affirme notre interlocutrice. Finalement, un périmètre de compassion lui sera attribué, à San Pedro, en 2018, en attendant que la sienne lui soit restituée. Mais des mois après, la situation n’a pas changé. Mme Amessan attend toujours de retourner à Divo. « L’année dernière, le Président de la République m’a écrit. Il avait donné des instructions au ministre Alain Donwahi. Il m’a reçue. Je lui ai dit que je voulais juste qu’on me restitue mon périmètre. J’avais écrit au Président pour lui témoigner ma reconnaissance, il m’a répondu en retour. Mais les Libanais exploitent toujours mon périmètre. En 2015, le Président Bédié est aussi intervenu auprès des ministres pour qu’ils me reçoivent », raconte la dame. Mais malgré les multiples initiatives, les nombreux courriers et toutes les rencontres de haut niveau, le périmètre de la scierie Siasa ne lui a toujours pas été restitué. « Qui faut-il voir en Côte d’Ivoire pour que les instructions de notre Président de la République soient respectées ? », s’interroge Amessan Sandè Agnès, qui ne demande qu’à retrouver son périmètre, qui lui revient de droit. Pour comprendre les blocages dans cette affaire, nous avons tenté d’entrer en contact avec le colonel Kadio Aimé, Inspecteur général des Eaux et forêts, et le colonel Yamina Soro, directeur général des Eaux et forêts. Si toutes nos tentatives pour joindre le premier sont restées sans suite, le second, lui, nous a fait savoir qu’il est désormais à la retraite. Sans plus.

Qu’est-ce qui bloque la restitution de sa parcelle à Mme Amessan ? Pourquoi les consignes du Chef de l’Etat ne sont-elles pas respectées depuis ? Les réponses à ces questions sont attendues par l’industrielle, sur qui reposent les espoirs de centaines d’employés au chômage.

E.G.
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