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La chronique du lundi Eloge de la JMCA journée mondiale de la culture africaine

Publié le lundi 11 novembre 2019  |  L’intelligent d’Abidjan


L’Etat, le marché, oui, mais… il faut aussi la culture, car le désir d’avenir et du vivre ensemble ne s’arrête pas à la réussite économique d’un pays

Les limites du consensus de Washington

Les politiques d’ajustement structurel ont, depuis les années 1980, fait du marché le moteur du développement économique de toute l’Afrique subsaharienne, Le consensus de Washington a permis d’imposer un corpus théorico-économico-politique commun à tous les Etats africains, qui ont joué le jeu en acceptant de conduire des politiques néolibérales. Même si des Etats comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Rwanda présentent des modèles de développement différents, on retrouve l’Etat qui offre au marché un environnement national attractif pour l’investissement national ou international. Mais si la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Rwanda rayonnent avec des économies fortes, leur économie ne suffit pas à créer un avenir désirable et à donner forme au vivre ensemble, lorsque se posent les questions de la réconciliation et de l’unité nationale. Le consensus de Washington a montré ses limites, puisqu’il n’a pas permis de lutter efficacement contre la pauvreté et la corruption. Comment créer ce désir d’avenir commun dans chaque Etat, mais aussi pour toute l’Afrique ? Le désir d’avenir et du vivre ensemble ne peut pas être un projet uniquement économique ou fondé sur une « hystérisation » du sentiment nationaliste ou ethnique (dans le cas de l’appropriation du pouvoir par un groupe).


La fierté d’appartenir à une nation

Le désir d’avenir et du vivre ensemble naît de la fierté d’appartenir à une nation. Ce désir, Houphouët-Boigny avait su le créer. Parce qu’il n’était pas paralysé par les drames de la colonisation, il avait réussi à bâtir la jeune nation ivoirienne à partir de « soixante tribus qui ne se connaissaient pas », en donnant aux Ivoiriennes et aux Ivoiriens la fierté de se regarder dans le miroir de Histoire. Le « miracle ivoirien » survenu en Côte d'Ivoire dans les années 1960-1970 ne s’arrête pas à la prospérité économique fondée sur l’organisation de l’Etat et le développement du marché. Le projet de donner forme à l’avenir et au vivre ensemble tient à la capacité d’un leader charismatique comme Houphouët-Boigny de bâtir une identité propre, une identité politico-culturelle nouvelle qui, sans nier le passé, s’affranchit des fractures ethniques, tribales et régionales. Cette capacité, on la retrouve chez un Paul Kagame qui a réussi à sortir le Rwanda du traumatisme du génocide de 1994. La trajectoire du Rwanda depuis cette date ne se réduit pas à un redressement économique spectaculaire. « En 1994, il n'y avait pas d'espoir, seulement les ténèbres. Aujourd'hui, la lumière irradie de cet endroit. Comment cela est arrivé ? Le Rwanda est redevenu une famille », aime à déclarer Paul. Kagame. En plus de l’Etat et du marché, le désir d’avenir et le vivre ensemble se construisent sur un écosystème incarné par un leader charismatique qui promeut l’unité et l’identité nationales, la justice sociale et l’égalité des territoires, le capital humain, des institutions inclusives et une culture nationale. Ce sont des normes qualitatives, comme l’importance donnée aux questions sociales, à la réconciliation, à la stabilité politique et à la paix, beaucoup plus qu’une norme quantitative trop abstraite comme le taux de croissance, qui créent ce sentiment de fierté d’appartenir à une nation.
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L’intelligent d’Abidjan N° 4540 du 7/11/2019

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