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Art et Culture

La contribution/Musique : faut-il inscrire la Rumba congolaise au patrimoine mondial de l’Unesco?

Publié le lundi 11 novembre 2019  |  L’intelligent d’Abidjan


Lorsque nous avons fêté les 15 ans du journal l’Intelligent d’Abidjan, en septembre 2018, j’ai invité , pour un concert géant, l’artiste congolais Héritier Watanabe, qui défend et préserve la vraie « Rumba congolaise ». Comme coordinateur des points focaux de la JMCA – Journée Mondiale de la Culture Africaine et Afro-descendante -, je rends aujourd’hui hommage à cette musique ( avec un clin d’œil à l’aîné Emmanuel N’goran Yao, un ivoirien amoureux de cette musique et auteur de publication à ce sujet ) , dont l’origine est l’objet d’un débat entre historiens de la culture.

Tout le monde croit savoir que cette musique vient de Cuba. Certes, la « rumba » s’est développée au XIXᵉ siècle, dans les milieux afro-cubains de La Havane. Pourtant l’origine de la rumba remonte à cinq siècles, lorsque les esclaves noirs africains débarquaient à Cuba ; amenant avec eux la danse « Nkoumba », une danse appelée « danse du nombril » et qui deviendra, plus tard, la « Cuba rumba ». La « Nkoumba » est issue de la culture d’Afrique centrale. On la retrouve dans le Royaume Kongo et en République centrafricaine, chez les « Bakongo », groupe ethnique situé au sud du Congo Kinshasa, du Congo Brazzaville, de l’Angola mais aussi chez les ”Mbati ” de Centrafrique.
La symbolique de la « Nkoumba » en fait une représentation des travaux agraires et de la sexualité virile. Les esclaves noirs de La Havane en feront aussi une représentation de l’individu qui se libère de ses chaînes de ses entraves, ce qui explique son rythme rapide, la virtuosité des danseurs, qui semblent s’affronter dans une joute, et l’habilité du corps qu’elle demande. Pour de nombreux historiens, la « rumba cubaine » semble issue de cette « danse du nombril » venue d'Afrique centrale.

Le retour à l’identité africaine

La musique n’est jamais un simple divertissement coupé du réel et des réalités historiques. Elle transmet deux choses intimement liées : une réalité historique et une émotion. Dans le cas du blues et de la « Nkoumba », il s’agit d’exprimer, à l’origine, la souffrance que provoque l’esclavage.
Lorsque l’Afrique va se réapproprier la « rumba » entre les années 1940 et 1950, le lien avec les réalités historiques est évident. En 1960, lorsque le Congo belge devient le Zaïre, la musique va célébrer les indépendances. A Bruxelles, un groupe de rumba, African Jazz, compose « Independance Cha Cha », un air dont le titre symbolise le lien qui existe entre l’Histoire et la musique, puisqu’il associe l’idée d’indépendance et une danse, le cha cha cha. Devenu mythique, le morceau, qui apparaît comme l’hymne de l’indépendance, va se répandre dans de nombreux pays africains.
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