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Covid19: Un cadre analyse les conséquences possibles sur l’Economie ivoirienne

Publié le samedi 21 mars 2020  |  Abidjan.net
Bernard
© Autre presse par DR
Bernard Ehouman, cadre ivoirien, expert en Economie


Bernard Ehouman, cadre ivoirien, expert en Economie, analyse la pandémie du coronavirus et ses conséquences probables sur l'économie du pays.

Le Gouvernement vient de prendre des décisions importantes pour freiner la pandémie de la maladie à coronavirus. Quel est votre avis ?

Je ne peux que saluer les 13 décisions du gouvernement ivoirien. Mais une décision n’est efficace que si celle-ci s’éloigne du passe-droit. On prend une décision d’interdiction de tout rassemblement de plus de 50 personnes le lundi 16 mars à minuit et le lendemain 17 mars, le Gouvernement autorise la tenue de la réunion du Congrès du Parlement pour légiférer sur la constitution ivoirienne, regroupant plus de 500 personnes à la Fondation Felix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix de Yamoussoukro. Cela me paraît incompréhensible.

Selon vous, ces mesures permettront de contenir la propagation du virus Codiv19 ?

Mieux vaut ça que rien ! Ces mesures me paraissent pertinentes à l’instar de ce qui se passe dans les autres pays touchés par ce virus. Simplement, il est souhaitable que le gouvernement double de vigilance, car les cas réels pourraient être supérieurs aux cas déclarés ; et cela pour plusieurs raisons : D’abord, à cause de la grande porosité de nos frontières, surtout terrestres. Ensuite, à cause d’une certaine habitude à l’africaine qui veut que le malade ne se précipite pas à l’hôpital pour une consultation ; il va d’abord se traiter par l’automédication ou l’indigénat avant d’envisager la visite de l’hôpital en dernier ressort. Pour toutes ces raisons, je crains fort bien que les statistiques réelles soient plus importantes surtout en tenant compte de la période d’incubation. Ceci dit, je ne suis pas un médecin et je ne veux pas être un prophète de malheur des propos anxiogènes. Que Dieu ait compassion des Ivoiriens et nous éloigne de ce virus insaisissable, invisible, suspect mais dangereux.

Si la situation s’aggravait, quelles seraient les conséquences pour l’économie ivoirienne ?

Ecputez, même si le gouvernement a pris des mesures sécuritaires et sanitaires, il n’en demeure pas moins qu’il doit anticiper sur les conséquences socio-économiques et financières qui pourraient résulter de cette pandémie.



En quoi cette pandémie pourrait concerner l’économie ivoirienne ?

C’est simple à comprendre. Je tiens à rappeler que l’économie ivoirienne est essentiellement basée sur les matières premières agricoles et extractives. C’est une économie nettement extravertie. Par conséquent, notre économie reste vulnérable à des risques externes et aux chocs extérieurs.



En termes plus clairs, il s’agit de quoi ?

Certains pays européens dont la France et la Chine sont des partenaires de premier plan. Aujourd’hui, avec cette pandémie, l’économie française va entrer en récession avec un taux d’endettement qui va avoisiner 100% du Produit Intérieur Brut (Pib). Il va sans dire que les difficultés économiques et financières de ces pays vont certainement impacter négativement l’économie ivoirienne. Et comme la croissance du PIB de la Côte d’Ivoire est plus portée par le secteur public, nous sommes en droit de nous inquiéter du lendemain.

Vous parlez de la prépondérance du secteur public dans la croissance économique. Qu’en est-il du secteur privé ?

Depuis la sortie de crise en 2012, la contribution du secteur privé à la croissance ivoirienne a diminué. Or, le développement du secteur privé est déterminant pour que la Côte d’Ivoire puisse maintenir un rythme de croissance rapide et redistribuer, de façon inclusive et équitable, les fruits de cette croissance à l’ensemble de la population ivoirienne. C’est certainement là, l’une des raisons qui expliquent que la population ivoirienne ne ressent pas cette croissance tant vantée et propagandée.

Quelles sont les solutions envisageables en cas de crise accentuée ?

Les solutions existent, mais le gouvernement doit agir, ici et maintenant, car le manque d’anticipation pourrait créer des conséquences sociales insupportables tels les licenciements massifs qui viendraient augmenter le taux de chômage déjà vertigineux. Pour revenir aux solutions, le gouvernement dispose de deux instruments : le mécanisme budgétaire et le mécanisme monétaire, ce dernier dépendant essentiellement de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Pour le premier mécanisme, il faut rappeler que la situation budgétaire de la Côte d’Ivoire ne fait que se dégrader depuis 2015. En effet, le déficit budgétaire est passé de 2,9% du PIB en 2015, à 4% en 2016 et 4,5% en 2017 et dans la même proportion en 2018.

Aussi, avec la pente ascendante de la dette depuis 2012, date de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) et qui a franchi la barre de 12.000 milliards de FCFA à fin juin 2019, l’on est tenté de savoir si le gouvernement ivoirien dispose de suffisamment de marge budgétaire pour agir efficacement.

Mais, c’est le mécanisme utilisé par la France ?

Oui, mais la Côte d’Ivoire n’est pas la France. Et d’ailleurs, la France a été contrainte d’utiliser l’outil budgétaire à cause de la réticence de l’Allemagne par rapport à l’utilisation de l’outil monétaire. Contrairement aux Etats Unis d’Amérique où la Banque Centrale (La FED) a baissé le taux directeur pour permettre aux Entreprises d’emprunter à moindre coût, la Banque Centrale Européenne est hésitante à cause de l’absence de consensus au niveau des Etats membres ; notamment en raison de la forte réticence de l’Allemagne. Mais pendant ce temps, la Banque Centrale Européenne (Bce) a fini par céder en agissant et en faveur des Etats et des entreprises privées en difficulté.

Que doit donc faire le Gouvernement ivoirien ?

Le gouvernement doit savoir anticiper en mettant en place, dans les meilleurs délais, un Comité National de gestion de crise qui comprendrait les Ministères en charge de l’Economie, du Budget, de la Santé, la Chambre de Commerce et d’Industrie, le Patronat, la Fédération des Petites et Moyennes Entreprises, la Chambre des Métiers et le Tribunal de Commerce. Ce Comité devra réfléchir rapidement pour proposer au Gouvernement des solutions idoines en vue de faire face : Aux difficultés de trésorerie éventuelles des entreprises privées ; Aux licenciements économiques ; Aux financements du chômage partiel ; A la couverture des prêts bancaires contractés par les entreprises et dont les échéances pourraient ne pas être respectées ; Au paiement des charges fiscales et sociales ; etc

Est-ce que la ruée de la population dans les supers-marchés et grandes surfaces ne va pas créer une flambée des prix ?



Cela est possible si le gouvernement ne donne aucune assurance. Les ministères du Commerce et de l’Economie doivent pouvoir rassurer la population qu’il n’y a pas lieu de paniquer, parce que le stock existant est suffisant et qu’il n’y a aucun risque de pénurie en denrées alimentaires et vitales.



Est-ce que les conséquences économiques de cette situation vont se faire sentir à long terme ?

Tout dépendra de la durée de vie de ce virus . Dans tous les cas, à la fin de la crise, il faudra payer l’ardoise. Et malheureusement, ce sont les agents économiques qui payeront, avec certainement l’augmentation des taxes et impôts. Je voudrais profiter de cette opportunité que vous m’offrez pour demander au gouvernement d’accorder la même importance aux aspects socio-économiques et financiers qu’il accorde aux aspects politiques. Cette posture nous évitera des surprises désagréables.

A.N
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