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Présidentielle 2020 / Frédéric Tanoh-Niangoin, Ong ALERTE CONFLIT : “Voici les 5 choses que le président Ouattara doit faire après l’annonce de sa candidature”

Publié le mardi 25 aout 2020  |  L’intelligent d’Abidjan


Dans un entretien accordé à l'IA, le président de l'Ong ALERTE CONFLIT Frédéric Tanoh-Niangoin estime que la peur des élections en Afrique tire son origine dans la gestion autocratique du pouvoir et fait des propositions pour que la Côte d'Ivoire redevienne un havre de paix.

Depuis une trentaine d'années, la Côte d'Ivoire connaît des conflits politiques récurrents liés aux différentes élections présidentielles. Les derniers en date ont même entraîné en 2010 une guerre post-électorale de triste mémoire. Les ivoiriens, les habitants de Côte d'Ivoire et ceux qui y ont des intérêts retiennent leur souffle à l'approche de l'échéance électorale de 2020.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi les élections présidentielles en Côte d'Ivoire soulèvent tant de passion et font même peur?

Leader de tous les scrutins démocratiques, les élections présidentielles font peur dans la plupart des pays africains du fait de la gestion autocratique du pouvoir dont découle l'absence d'Etat de droit qui a pour corollaires la mauvaise gouvernance, le népotisme, l’égocentrisme, le clientélisme, le communautarisme, la célébration de faux talents et surtout le culte de la personnalité. La Côte d'Ivoire qui a une tradition électorale depuis les Assemblées Constituantes de 1945 qui mettaient en compétition à cette époque déjà plusieurs partis politiques dont les socialistes, des communistes et des démocrates, va malheureusement réaliser l'exploit de figurer, à partir de 1995 au tableau des pays africains dont les pratiques électorales jurent avec les principes démocratiques tels que le respect des Droits de l'Homme, la tolérance politique, interethnique, inter communautaires et religieuse, en un mot l'Etat de Droit. Ainsi le boycott actif de l'élection présidentielle de 1995, la guerre électorale de 2010 en passant par l'élection calamiteuse de 2000 organisée après le coup d'Etat de 1999 et surtout la conduite égocentrique des affaires de l'Etat vont révéler que le motif réel de toutes ces vives tensions et des affrontements inter communautaires en période électorale est le positionnement à tout prix du "fils" de la région, de la Tribu, de la communauté ou du clan au cœur de l'appareil de l'Etat en vue de le contrôler et de bénéficier des faveurs et privilèges. C'est dans cette logique clanique et égocentrique que sont prononcés des propos tels que: " c'est notre tour et nous sommes là pour 40 ans aussi.", " si je tombe, vous tombez.", "Si on perd le pouvoir on ira en exil.", " Si le pouvoir nous échappe, ils vont se venger." etc...Ce sont toutes ces considérations qui conduisent aux modifications de la Constitution, aux tentatives de contrôle absolu du processus électoral, à l'armement démesuré pour intimider les opposants, aux emprisonnements sous des prétextes souvent discutables, et aux velléités de tripatouillage des élections en vue de conserver le pouvoir qui entraînent les violences que le pays connait depuis une trentaine d'années. Si l'on peut toutefois comprendre que l'élection présidentielle soulève des passions en raison de l'influence du président de la République sur la vie de la Nation au regard de la détention de tous les pouvoirs dans le contexte africain et notamment le fait qu'elle fasse peur en Côte d'Ivoire montre l'échec de la politique du vivre ensemble et surtout celui de la cohésion sociale qui est essentielle à la réalisation des trois valeurs fondamentales que sont les Droits de l'Homme, la démocratie et l'Etat de droit.

La Côte d'Ivoire a encore basculé dans la violence depuis l'annonce le 6 août dernier de la candidature du président Alassane Ouattara à l'élection présidentielle d'Octobre 2020. Est-ce que c'est l'échec de la réalisation de ces valeurs fondamentales qui enlisent la Côte-d'Ivoire dans les crises politiques à répétition?
Bien sûr que oui, je rappelle que tous les conflits politiques qui minent le climat social, tout comme les crises électorales en Côte d'Ivoire depuis environ trois décennies résultent pour l'essentiel du manque de culture démocratique, du non respect des Droits de l'Homme et des libertés publiques, de l'absence de vrais dialogues politiques, de la propension à conserver le pouvoir d'Etat à tout prix par des moyens non démocratiques et surtout de la révision inappropriée de la Constitution, ainsi que de la volonté manifeste de contrôler l'Institution en charge d'organiser les élections. La candidature controversée du président Ouattara à l'élection présidentielle de 2020 et celles présagées impossibles de Gbagbo et de Soro viennent comme en 1995 poser la problématique des élections inclusives en Côte d'Ivoire et de la paix sociale qui en découle. Si la constitution de 2016 au cœur de la polémique et de la crise actuelle met à nu le manque de courage et d'objectivité de certains de nos juristes et constitutionnalistes qui jettent eux-mêmes le doute sur leur formation universitaire; leurs diplômes et leur réputation en disant et se dédisant dans un domaine qui devrait convaincre de leur expertise avérée, la démarche empreinte de flagornerie de certains de nos rois et chefs traditionnels et autres amadoueurs n'a par contre pas aidé le président Ouattara à prendre une décision salutaire dans ce climat pré-électoral délétère. Par la faute donc de ces thuriféraires, le président Ouattara vient de perdre son honneur en reniant sa parole. Or l'honneur, on ne s'en sert qu'une fois dans la vie. La Côte d'Ivoire qui malgré une Constitution en vigueur a pu déjà fonctionner sur la base de compromis politiques pouvait toujours faire un autre compromis qui nous aurait évité cette autre crise aux conséquences désastreuses. Autrement dit, si à l'issue d'un dialogue politique pour compenser une constitution insuffisamment verrouillée qui prête à interpretation, l'on avait pu s'accorder sur des candidatures ouvertes à tous, en acceptant même d'accompagner dans une élection transparente Ouattara, Bédié, et Gbagbo notamment pour le dernier round de leur combat politique afin de tourner définitivement la page de cette génération de leaders politiques qui ont pris la Côte d'Ivoire en otage depuis 1993, puisque ce sont leurs rivalités qui ont rendu le pays ingouvernable, crée la chienlit, la fracture sociale et exacerbé les rancœurs, le président Ouattara aurait pu sauver la face. Maintenant que sa candidature déclarée de façon péremptoire se présente comme un défi au peuple ivoirien qui fait face à une répression sanglante du pouvoir, il reste, à mon humble avis, cinq solutions au président Ouattara. La première est de prendre rapidement la décision d'absoudre tous les prisonniers politiques en les libérant immédiatement. La deuxième est d'annuler les poursuites contre Soro Guillaume et de le laisser revenir tranquillement en Côte d'Ivoire. La troisième est de lâcher prise sur son désir de voir Gbagbo rester hors de son pays. La quatrième est d'organiser une séance de catharsis générale pour montrer qu'aucun leader politique ivoirien, à commencer par lui-même Ouattara, n'est irréprochable dans la déchirure du tissu social. La cinquième est d'organiser un dialogue politique inclusif et sincère qui devra aboutir au compromis salutaire que je viens d'évoquer. Les ivoiriens étant de nature pacifique et conciliants, il n'y a donc pas de raison que cela ne marche pas.

À propos justement de la fracture sociale et de l'exaspération des rancoeurs, le gouvernement vient de décider d'instituer une journée du pardon et du souvenir qui devra être célébrée au mois de décembre de chaque année. N'est-ce pas déjà une initiative pour ressouder le tissu social et réconcilier les ivoiriens?
Vous me donnez là l'occasion de parler d'un sujet qui me tient à coeur au regard de la mission de l'oNG ALERTE CONFLIT qui est, entre autres, de prévenir les conflits, d'aider à les résoudre au mieux et promouvoir les Droits de l'Homme. A priori, la décision d'instituer une journée du pardon est à saluer parce qu'elle dénote d'une prise de conscience quoique tardive.
... suite de l'article sur L’intelligent d’Abidjan

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