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" Les kystes ne sont pas forcément une urgence opératoire" (Obstétricien)

Publié le vendredi 9 avril 2021  |  AIP


Abidjan – Touchant de nombreuses femmes, les kystes sont une source d’inquiétude et d’angoisse pour celles-ci. Dr Nango Ignace Assemien, gynécologue obstétricien, dans cette interview, lève le voile sur cette maladie, ses causes, ses complications. Il assure surtout que les kystes n’entraînent pas "forcément une urgence opératoire".

AIP : Les kystes ovariens, selon certaines idées répandues, seraient la cause de nombreuses fausses couches. Qu’en est-il ?

Le kyste ovarien ne touche pas que les femmes en âge de procréer. Il touche toutes les femmes de zéro à 99 ans. Les kystes ne sont pas forcément des facteurs qui provoquent des avortements ou des pertes de grossesses. Les kystes peuvent accompagner certaines grossesses mais ne provoquent pas la perte de grossesse.

AIP : Comment se présente cette maladie ?

D’abord on parle de kyste de l’ovaire. Un kyste est une formation anormale qui contient du liquide clair ou visqueux. Tout ce qui est sur le corps humain et qui contient une poche avec un contenu liquidien est appelé d’emblée Kyste. Donc sur l’ovaire ou à l’intérieur de l’ovaire, il peut se produire un kyste qui peut avoir plusieurs origines.

AIP : Quelles en sont les origines ?

D’abord, il faut définir les différents types de Kystes. Il existe deux grands groupes de Kystes dont un premier groupe est dit kyste fonctionnel et un deuxième groupe, appelé kyste organique. Les kystes fonctionnels sont folliculaires parce que l’ovaire produit les éléments qui vont aboutir à maturité lorsque l’ovule va être fécondé. Au cours de la croissance de ce follicule, il peut y avoir une hyperactivité ovarienne qui produit une formation liquidienne à l’intérieur de cet ovule. Donc c’est ce qu’on appelle un kyste folliculaire parce qu’il survient sur le follicule.

Il peut y avoir également un kyste lutéal. Toujours dans le même processus, quand le follicule arrive à maturité autour du 14ème jour sur l’ovaire. Il se produit alors une formation qu’on appelle le « corps jaune » et ce corps jaune peut présenter aussi un kyste appelé lutéal.

Ces deux kystes, folliculaire et lutéal, sont appelés kystes fonctionnels parce qu’ils sont liés au fonctionnement cyclique de l’ovaire et sont appelés à disparaître spontanément.

AIP : Et qu’en est-il du second groupe ?

A côté des kystes fonctionnels, il y a les kystes organiques qui se répartissent en quatre groupes. On recense des kystes séreux par rapport à leur contenu de liquide transparent, clair, translucide et léger. Il existe un kyste dit mucineux dont le contenu est plus lourd et visqueux. Le troisième est le kyste dermoïde. Il se développe à partir des cellules embryonnaires qui sont restées dans l’ovaire quand l’ovaire est en place vers le 3ème ou 4ème mois de l’embryogénèse de la croissance l’enfant. Ce genre de kyste apparaît surtout pendant la puberté.

La particularité des kystes dermoïdes, étant donné qu'ils sont formés à partir des cellules souches embryonnaires, peut contenir de la graisse, des dents, des cheveux... Le quatrième est le kyste endométriosique.

L’endométriose est une maladie que nous apprenons à connaître depuis quelques années. Mais l’endomètre qui est uniquement localisé à l’intérieur de l’utérus par certains phénomènes qu’on n’explique pas tout à fait encore, peut se retrouver en dehors de sa localisation normale qui est l’intérieur de l’utérus. Il peut se retrouver dans la trompe, dans l’ovaire, sur les intestins et même au niveau des poumons.

Quand il est localisé au niveau du poumon, c’est qu’il s’agit d’une dame, qui à chaque période des règles, présente une toux et crache du sang. Ce n’est pas une tuberculose, mais une endométriose pulmonaire. Et quand ce tissu endométrial se trouve à l’intérieur de l’ovaire, il se comporte également comme le tissu qui devrait se détacher et sortir sous forme de règles chaque mois. Mais étant donné qu’il est enfermé à l’intérieur de l’ovaire, ce sang qui devrait s’écouler, s’accumule et forme à la longue une grande poche. Le contenu de cette poche est un kyste lourd comme du goudron parce que c’est du vieux sang qui s’accumule chaque mois.

AIP : Ce quatrième type semble plus inquiétant.

Les kystes endométriosiques occupent tout un ovaire. Ils ont tendance à être bilatéraux, c’est-à-dire qu’ils touchent à la fois les deux ovaires. Pas avec la même gravité mais en général, ils touchent les deux ovaires. Effectivement, cela peut agir sur la fertilité étant donné qu’ils occupent une bonne partie de l’ovaire, tandis que la partie saine de l’ovaire peut ne pas être suffisante ou capable de donner de bons follicules capables d’être fécondés. Donc, il faut l’enlever et privilégier la partie de l’ovaire qui va se développer et faire l’objet de production d’ovules capables d’être fécondés.

Il faut dire que le kyste peut être volumineux. En général, on parle de kyste quand on voit une formation supérieure ou égale à trois centimètres de diamètre mais on peut avoir des kystes qui sont tellement volumineux qu’ils peuvent simuler une grossesse de neuf mois, et agir sur la santé de la femme. En ce sens, ce kyste peut être considéré comme compliqué.

AIP : Quelles sont donc les complications liées aux kystes ?

Il peut y avoir une rupture du kyste donc un contenu liquidien qui se casse à l’intérieur du ventre. Et comme une hémorragie interne, le cas devient une urgence chirurgicale. Il faut opérer, sinon la personne risque de perdre la vie. Le kyste peut être en torsion, comme un ballon relié à l’ovaire par un pédicule qui peut tourner sur lui-même et la manifestation de ces torsions de kyste, c’est la douleur, une douleur vive avec des signes de fatigue. Ce qui est une indication opératoire urgente.

Au-delà de 24 heures de torsion, si on n’intervient pas, on peut perdre définitivement cet ovaire parce que quand il est tordu il n’est plus irrigué par le sang. Il finit par se nécroser et peut ne plus être fonctionnel. Cela peut tuer la femme si on ne pose pas rapidement une indication d’opération.

Il peut aussi y avoir une hémorragie intra-kystique c’est-à-dire à l’intérieur du kyste, lorsque des vaisseaux sanguins peuvent se rompre. Dans ce cas, le sang peut s’écouler mais reste enfermé à l’intérieur du kyste. Toutefois, en général, une simple surveillance du kyste peut éviter l’opération.

AIP : Avoir un kyste, est-ce forcément une urgence opératoire ?

Ce ne sont pas tous les kystes et tous les cas d’hémorragie intra-kystique qui sont susceptibles d’être opérés. Quand les kystes sont assez volumineux étant donné qu’ils entraînent des douleurs, en général, il n’y a pas de signe dans 50% des cas. Mais dans les 50% autres cas, ils sont suivis de douleurs, des douleurs situées dans le bas ventre, dans le pelvis (bassin) souvent d’un côté. Il peut y avoir une sensation de pesanteur, une certaine lourdeur au niveau du pelvis également. Le kyste peut entraîner une compression des organes de voisinage. Quand le kyste comprime la vessie, cela entraîne ce qu’on appelle une pollakiurie, c’est-à-dire une envie fréquente d’aller aux toilettes, donc chaque fois que qu’il y a un petit résidu d’urine et que vous avez envie de faire pipi.

Dans le même ordre, la compression peut être postérieure, peut être en arrière. Ce qui peut comprimer le rectum et entraîner une constipation également.

Maintenant, il y a un autre groupe de kystes qu’on appelle les ovaires micropolykystiques. Il s’agit des kystes de petites tailles, entre cinq et dix millimètres, qui sont nombreux sur chaque ovaire avec la conséquence d’une stimulation de l’ovaire chez une femme qui est à la recherche d’un enfant. Quand tu cherches un enfant, et qu’il se trouve que tu n’ovules pas bien, il existe des médicaments qu’on appelle les stimulants de l’ovulation.

Ces médicaments peuvent avoir pour conséquence d'entraîner de petits kystes nombreux sur les ovaires sans faire l’objet d’une opération. Il suffit de laisser les ovaires se reposer.

AIP : Le kyste dermoïde peut-il être cause de stérilité ?

Le kyste dermoïde ne peut être soigné que par une intervention chirurgicale. Il n’existe pas de traitement médical pour ce genre de kystes. Il est vrai que si le kyste n’est pas volumineux et qu’il n’entraîne pas de conséquences de voisinage, la personne peut vivre avec ce kyste le temps qu’elle veut. Mais, si un kyste persiste au-delà de trois mois avec cinq à six centimètres et qu’il persiste après trois à six autres sous surveillance, il ne sert à rien de le garder dans le ventre.

AIP : L’on affirme souvent que la plupart des kystes ovariens diminuent ou disparaissent spontanément après trois à six mois, est-ce vrai ?

Ce sont les kystes dont on a parlé mais les kystes organiques ne diminuent pas, ils restent constants.

AIP : Est-ce qu’un kyste fonctionnel peut à la longue se transformer en kyste organique ?

Non, ici nous nous trouvons dans des cas de kystes bénins. Et le kyste fonctionnel ne peut se transformer en kyste organique. La caractéristique du kyste simple ou fonctionnel est qu’il peut régresser spontanément au bout de trois à six mois même s’il atteint un 5,6 cm. S’il atteint 5,6 cm et qu’il n’a pas de complication à titre de torsion ou type d’hémorragie, cela doit faire l’objet d’une surveillance régulière. Peut-être une ou deux échographies chaque mois pour voir s’il régresse ou pas. Quelquefois aussi, la prise d’estro-progestative, la pilule, peut aider à la régression de ce kyste mais des études récentes ont prouvé que l’abstention thérapeutique, c’est-à-dire s’abstenir de prendre un traitement, est pratiquement équivalente à la même surveillance. Mais un kyste fonctionnel ne peut jamais devenir un kyste organique.

AIP : Combien de temps peut durer un kyste fonctionnel ?

En général, cela doit durer au maximum près de six mois et disparaître. Maintenant, si ce kyste fonctionnel est provoqué par une stimulation de l’ovaire parce qu’on veut des enfants, chaque fois que cette stimulation existe, le kyste peut perdurer. Mais en général c’est rare que cela parte au-delà de six mois même sans traitement.

AIP : Un kyste mal soigné peut-il aboutir à un cancer de l'ovaire ?

Un kyste par définition est une tumeur bénigne. D’abord tout kyste supposé bénin même quand il est opéré ne doit pas être jeté parce que l’échographie t’a dit que c’est un kyste bénin. Tout kyste opéré doit faire l’objet d’un examen de laboratoire. Seul un examen en "l'anapath" au microscope peut confirmer le caractère bénin ou si c’est un kyste cancéreux qu’on a pris pour un kyste bénin. Donc une fois qu’on a opéré, on envoie au laboratoire et seul le laboratoire peut confirmer que c’est un kyste bénin, et qu’il n’y a pas de raison pour que ça soit suivi de complication à titre de transformation en cancer. Si le laboratoire répond que c’est un kyste intermédiaire, cette personne doit faire l’objet d’une surveillance particulière pour voir l’évolution. Mais si le laboratoire répond carrément que vous aviez pensé que c’est un kyste bénin mais qu’on y retrouve des cellules cancéreuses, en ce moment, il faut ramener cette personne que vous avez opérée dans un service de cancérologie pour faire un traitement plus conséquent. Jusque-là, le diagnostic de kyste est basé sur l’échographie, donc c’est vrai que quelqu’un qui a une grande expérience en échographie, à partir de l’image échographique peut dire à 90% que ce kyste est bénin ou que ce kyste a des caractères douteux. Mais tant que la pièce opératoire ne fait pas l’objet d’une analyse on ne peut rien classer.

AIP : Comment éviter cette maladie ?

On ne peut pas l’éviter, il vient naturellement. En dehors des cas provoqués par des stimulations ou des personnes qui ont pris des médicaments traditionnels dans le but d’avoir des enfants.

Interview réalisée par Dro Désirée Stephyelle

dds/kkf/tm/cmas
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