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Région Publié le lundi 14 juin 2010 | Le Mandat

Occupation illégale de la forêt classée de Songan/Aboisso - Les autochtones et les allogènes au bord de l’affrontement - Le sous-préfet de Bianouan au centre du conflit

L’occupation illégale et l’exploitation abusive de la forêt classé de Songan, dans la sous-préfecture de Bianouan, située dans le département d’Aboisso a provoqué une véritable colère au sein de la population autochtone. Celle-ci se plaint du fait que cette forêt classée, devenue patrimoine de l’Etat depuis le 1er mai 1935 par l’arrêté N°1422/SF, est occupée et exploitée par des allogènes et étrangers Lobi, groupe ethnique vivant au nord-est de la Côte d’Ivoire et au Burkina Faso.

Le peuple Agni de Bianouan, groupe ethnique originaire du département d’Aboisso, la capitale du Sanwi, située au sud de la Côte d’Ivoire est gonflé à bloc, à cause de l’occupation et de l’exploitation de la forêt classée de Songan par les Lobi. Pour prévenir un éventuel conflit qui pouvait éclater entre les Agni et les Lobi, principaux occupent de cette forêt classée, les autochtones ont fait appel à l’Inspecteur d’Etat, Koffi Koffi Lazare pour constater les faits et être témoin oculaire des réactions des uns et des autres. C’est au cours de cette mission que notre équipe de reportage s’est rendu compte de la réalité sur le terrain.

L’Etat des lieux de la forêt classée de Songan
C’est du 26 au 28 mai dernier, qu’en compagnie de l’Inspecteur d’Etat, Koffi Koffi Lazare, fils de la région que nous nous sommes rendus dans le département d’Aboisso. C’est le commandant Appia, chef de cantonnement forestier d’Aboisso, qui a reçu la délégation. Voulant comprendre ce qui se passait réellement à Bianouan, elle a fait savoir que ce sont les agents de la Sodefor de Béttié qui gèrent cette forêt classée. Mais, elle a souligné que c’est la situation de crise qui a aggravé les choses car les allogènes, qui ont été chassés de leur zone, se sont refugiés massivement dans cette forêt. Elle a aussi fait remarquer à notre grande surprise, que les agents des Eaux et Forêts d’Aboisso ne disposaient ni de cartes, ni d’archives sur la situation de toutes les forêts classées ou pas dans la région du Sanwi. Cependant, un document reçu présente clairement la situation juridique de la forêt classée de Songan. C’est par arrêté N°1422/SF du 1er mai 1935 que la forêt de Songan a été décrétée classée par l’Etat de Côte d’Ivoire sur une superficie de 51.000 hectares. Le 14 juin 1985, 12.000 hectares ont été déclassés par le décret N°85-489. La contenance actuelle est de 38189 hectares. Concernant la situation des occupations agricoles, le nombre de chef d’exploitation est de 985 avec 453 campements. La superficie occupée est de 14.000 hectares soient 36,6%. La Sodefor a procédé au reboisement de 25.000 hectares. Malheureusement, tous ces chiffres sont fortement contestés par la population autochtone, qui estime qu’il n’existe pratiquement plus de terre dans cette forêt. Le jeudi 27 mai, nous nous sommes rendus dans cette forêt classée située à 12 km de Bianouan. La délégation de l’Inspecteur d’Etat, Koffi Koffi Lazare était accompagnée du sous-préfet, Lebouath Jacques, des agents de la Sodefor de Bettié, avec à leur tête le Commandant N’Da Aké Augustin, chef d’unité de gestion forestière de Songon, M. Ahissan, représentant du roi du Sanwi, des notables de Bianouan et plus d’une trentaine de jeunes de ladite localité. Le constat fait de la situation de la forêt classée de Songon est triste, amer et désolant. Des campements, des villages et des jeunes plantations de cacao, d’ignames, de légumes… y étaient ainsi que des traces d’arbres nouvellement abattus. Il était quasiment impossible de parcourir un kilomètre sans apercevoir une plantation. Et pourtant, à l’entrée de cette forêt, une pancarte indique bien : forêt classée de Songan, accès strictement interdit.

Raison d’une visite
Selon des informations recueillis de part et d’autre, la forêt classée de Songan, patrimoine de l’Etat serait occupée depuis 1984 par des allogènes Lobi qui au fur et à mesure, auraient fait venir leurs frères du Burkina voisin. Ce serait à la grande surprise des autochtones, que le nombre des occupants aurait augmenté de manière vertigineuse. Des convois de plus de 2000 individus, tous Lobi en direction de la forêt classée, auraient été aperçus par des planteurs autochtones. Or, depuis un certain temps, pour qu’un autochtone y mette les pieds, il devait demander la permission aux Lobis. Pis encore, il lui faut verser une somme d’argent aux Lobi pour avoir une portion sinon c’est sous la menace de fusil de marque calibre 12 que l’autochtone est prié de quitter les lieux. Ce fait a mis toute la population de Bianouan dans tous ses états. Elle accuse les agents des Eaux et Forêts et de la Sodefor de la région de favoriser ce fait. Car pour la population, il est inadmissible que ces agents s’opposent aux autochtones qui se plaignent de cette situation. La population de Bianouan avait donc décidé de détruire toute la forêt en affrontant les occupants. C’est donc à cause de la gravité de la situation et vu la détermination des autochtones à affronter les Lobi avec les armes, que l’Inspecteur d’Etat Koffi Koffi Lazare n’a pas hésité à se rendre à Bianouan pour assurer la médiation à la demande de la population.

Les explications du chef de Bianouan
De retour de l’expédition, et après avoir constaté les faits, nous nous sommes rendus chez le chef du village de Bianouan pour avoir sa réaction. C’est un chef abattu que nous avons trouvé. Nanan Ano Bely Etienne n’ y est pas allé du dos de la cuillère pour accuser le préfet Lebouath Jacques et les agents de la Sodefor de Bettié de favoriser la destruction de la forêt classée de Songan par les Lobi. Pour lui, ce sont eux qui délivrent les permis d’exploitation aux étrangers. Car, il est inadmissible que les autorités ne lèvent pas le petit doigt pour décrier le fait malgré qu’elles soient plusieurs fois interpellées par la population. Pour le chef Ano Bely Etienne, cette forêt n’appartient pas à Bettié car il y a une limite. Les étrangers préfèrent entrer du côté de Bianouan où il n’y a pas d’agents de la Sodefor pour assurer la surveillance. Le chef souhaite qu’il y ait un déclassement pour que les autochtones en bénéficient. Dans le cas contraire, que l’Etat chasse tous ceux qui sont entrés clandestinement dans cette forêt. Si cela ne se fait, il risque d’avoir un affrontement, a-t-il averti. Comme doléances, le chef Nanan Ano Bely Etienne demande : un détachement de la Sodefor à Bianouan, de chasser tous ceux qui sont dans cette forêt, car ils ne sont pas tous des cultivateurs ou planteurs. Cela parce que les urnes qu’ils possèdent peuvent être servies à d’autres fins. Le chef qualifie cette situation de démission du gouvernement, surtout du ministère de l’Environnement et des Eaux et Forêts. ‘’Comment la loi peut interdire les autochtones de rentrer dans cette forêt et permettre les étrangers de s’y installer’’ s’est-il interrogé.

Des témoignages émouvants
Cette mission s’est achevée, le vendredi 28 mai dernier, par une grande réunion sur la place publique du village. Le sous-préfet, Lebouath Jacques invité par l’Inspecteur d’Etat Koffi Koffi Lazare et la chefferie traditionnelle, a brillé par son absence. Le Commandant N’Da Aké Augustin et ses éléments étaient présents pour écouter les témoignages. M. Tanoh, habitant de Ketasso, a soutenu avoir été condamné à payer cinq millions de Fcfa pour avoir pénétré dans cette forêt. Il a même été écroué pendant plusieurs semaines à la prison d’Abengourou. C’était en 1988. M Effoué Ndjè Tché a rétorqué que la Sodefor est bien informé de ce qui se passe dans cette forêt. Ces agents chassent dans cette forêt et délivrent les permis d’exploitation. En retour, les allogènes et étrangers leur versent une redevance. Pour M. N’Guessan Ebi Emile, ces étrangers travaillent pour des cadres, qui ne sont pas pour la plupart originaires d’Aboisso. C’est la raison pour laquelle, les agents de la Sodefor, impuissants sont obligés de composer et protéger les étrangers en réprimant les autochtones. L’Etat doit donc agir a-t-il conclu. Blédou Iréné a fait savoir qu’à ce jour, il y a 421 enfants qui travaillent dans cette forêt. Ceux-ci versent chaque mois, une somme aux agents de la Sodefor. Alors, il faut détruire tout ce qui a été planté sur ce site pour que l’environnement retrouve ses droits. Essoh Abi a soutenu avoir payé un million de Fcfa pour avoir détruit trois arbres plantés dans sa plantation située dans la partie déclassée. Or, les étrangers détruisent tous les jours les arbres plantés par les agents de la Sodefor dans leur plantation située dans la zone classée sans qu’ils soient inquiétés. Il faut noter que pendant notre séjour à Bianouan et dans la forêt classée, nous n’avons pas pu interroger un occupant car ils s’enfuyaient dans la forêt lorsqu’ils attendaient les nombreuses voix en leur direction.

La réaction des agents de la Sodefor de Béttié
Les agents de la Sodefor de Béttié par la voix du Commandant N’Da Aké Augustin, chef d’unité de gestion forestière de Songan, contrairement au sous-préfet Lebouath Jacques, ont essayé d’apporter des précisions à l’accusation portée contre eux par la population. Le Commandant N’Da Aké Augustin a reconnu que la forêt classée de Songan est infiltrée. Mais, leur tâche est compliquée du fait que, ce sont les personnes qui doivent être expulsées de cette forêt qui les aident à traverser la rivière qui sépare Béttié de Bianouan. ‘’Effectivement, des individus arrivent dans cette forêt en grand nombre, mais nous ignorons leur provenance. Notre principale mission consiste à détruire systématiquement les nouvelles plantations’’ a-t-il dit. Ils a aussi confié que leur action consistera en outre, à décourager tout ceux qui sont à l’intérieur de la forêt et tous ceux qui ont l’intention d’y entrer. ‘’Tout ce que ces gens ont comme biens seront détruits’’ a-t-il rassuré. Le Commandant N’Da Aké Augustin demande à la population de rester sereine car la situation est difficile parce que c’est sur l’homme et la forêt que les actions seront menées et donc, ce n’est pas facile. Le Commandant N’Da Aké Augustin a rejeté en bloc l’accusation selon laquelle les agents de la Sodefor seraient complices de ceux qui sont installés dans ladite forêt. « Nous ne pouvons pas être complice de ceux-là. D’ailleurs, nous avons découvert dans nos recherches que l’infiltration se fait à partir de Bianouan. La question que nous nous posons, c’est de savoir si ces personnes pénètrent d’elles-mêmes dans cette forêt ou s’il existe un réseau » s’est-il interrogé.

Accusé, le sous-préfet refuse de parler
Extraordinaire, la réaction de la plus haute autorité de Bianouan, le sous-préfet Lebouath Jacques. Non seulement, il a refusé l’invitation de l’Inspecteur d’Etat Koffi Koffi Lazare et de la chefferie traditionnelle de Bianouan, mais également il a catégoriquement refusé de se prononcer sur cette situation conflictuelle qui se dessine dans cette région. Le sous-préfet avait pris pour prétexte qu’il se rendrait très tôt à Aboisso, le jour de la grande rencontre, c’est-à-dire le vendredi 28 mai pour une urgence. Or jusqu’à 12 heures, son véhicule avec son chauffeur à bord a été aperçu par tous à Bianouan. Bref ! Tous ceux que nous avons interrogés ont accusé le sous-préfet Lebouath Jacques de servir de couverture aux étrangers installés dans la forêt classée de Songan. Cherchant à avoir sa version des faits nous nous sommes rendus à son domicile tard dans la nuit du jeudi 27 mai. Le sous-préfet Leboite Jacques a refusé catégoriquement de se prononcer sur cette affaire malgré notre insistance. « C’est une affaire entre les villageois et leur fils Koffi Koffi Lazare. Je ne suis au courant de rien et je n’ai jamais été saisi pour un tel problème » a-t-il banalisé le problème. Et pourtant, le chef et sa notabilité ainsi que les représentants des jeunes ont fait savoir qu’à plusieurs reprises, le sous-préfet a été sollicité pour que cette affaire soit réglée le plus vite possible afin d’éviter le pire. C’est vraiment déplorable quand une autorité se comporte de la sorte. Même s’il n’a pas été saisi et qu’il y a même des rumeurs sur une telle affaire, il a le devoir d’approcher ou convoquer les autorités coutumières pour s’informer. Le sous-préfet Lebouat Jacques donne donc raison à la population de Bianouan qui soutient qu’il rançonne avec les agents de la Sodefor de Béttié, les étrangers installés dans la forêt classée. C’est pourquoi, ceux-ci sont les maîtres absolus de ladite forêt.
NEA
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