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Politique Publié le lundi 2 juillet 2012 | L’intelligent d’Abidjan

Attentat du 29 juin 2007 / 5 ans après... : Guillaume Soro raconte le miracle

© L’intelligent d’Abidjan Par Guy Lasme
Images d`archives : des images inédites de l’attentat contre l`avion du Premier ministre Soro Guillaume
Vendredi 29 juin 2007. Bouaké. Des inconnus ouvrent le feu sur l`avion du Premier ministre Soro Guillaume au moment ou il se pose sur le tarmac.
Cinq ans après l’attentat manqué du 29 juin 2007 contre sa personne sur le tarmac de l’aéroport de Bouaké, Guillaume Kigbafori Soro se souvient et, raconte les faits comme si c’était hier.

Cinq ans après l’attentat dont vous avez été victime, quels sont les sentiments qui vous reviennent immédiatement quand vous pensez à cette tentative d’assassinat ?
Pour un tel évènement, je pense à la vie. Je revois encore les faits comme si c’était hier. Mais je vous parlerai de deux choses : la première, je suis sorti de cet attentat profondément meurtri. Meurtri surtout pour avoir perdu quatre personnes sur-le-champ. Et parmi ces quatre personnes, il y avait deux agents du protocole, que je suis venu trouver en fonction à Abidjan. C’était des gens qui étaient au service de l’État qui auraient pu ne pas partager mes convictions idéologiques et politiques, mais qui étaient au service du Premier ministre de Côte d’Ivoire. Je veux parler des protocoles Doumbia et Chérifou. Ils sont morts dans l’accomplissement de leur travail. Je me souviens également de mon chef de sécurité Drissa et du caporal Diomandé qui, eux, à la différence des deux premiers cités, ont suivi l’homme Guillaume Soro, son idéologie et sa politique. On pouvait considérer qu’ils avaient une pleine conscience de la responsabilité qui était la leur et du danger qu’ils pouvaient courir à sécuriser un homme comme moi. Il n’en demeure pas moins que je suis meurtri par la perte de ces deux valeureux gardes du corps qui, au prix de leur vie, ont tenté de protéger la mienne. Vous pouvez donc comprendre que ce sont des faits qui marquent à vie. La deuxième chose, c’est le défi qui s’imposait à moi. Quand je suis descendu de l’avion, j’ai demandé à Alain Lobognon, à Konaté Sidiki et à mes proches collaborateurs d’imaginer un peu ce qu’auraient véhiculé les mauvaises langues sur notre compte, si nous avions perdu la vie dans cet attentat ! Ils allaient dire que c’est parce qu’on avait trahi notre propre cause en s’alliant à Laurent Gbagbo, que nous étions morts pour lui avoir fait confiance. Et nos enfants allaient errer de ville en ville, de pays en pays, car on les montrerait comme des enfants de traîtres ! Mais Dieu nous a protégés parce qu’il savait que le combat que nous menions était honnête, sincère et était inscrit dans l’Accord politique de Ouaga.

Cet attentat, selon l’avis général, aurait pu signifier la fin de l’Accord politique de Ouaga et le basculement vers la guerre civile. Est-ce votre avis ?
Ce serait faire de la politique-fiction que de me projeter ainsi. L’attentat a eu lieu, et nous en sommes sortis heureusement vivants. Et ma préoccupation dès les premières secondes était de faire en sorte que la Côte d’Ivoire ne bascule pas. C’est pourquoi lorsque mon chauffeur m’a annoncé que je devais être emmené en clandestinité, j’ai tout de suite dit non ! Et j’ai exigé qu’on m’emmène à mon lieu de travail, à mon bureau. Une fois dans mes bureaux, quand j’ai pu constater que je n’étais pas atteint par une balle ou blessé par tout autre chose, j’ai demandé une réunion d’urgence de l’état-major des Forces armées des Forces nouvelles au Secrétariat général pour m’assurer qu’il n’y aurait pas de dérapage pouvant conduire à la reprise des hostilités. Ce qu’il fallait éviter à tout prix. Parce que l’objectif de ceux qui ont tiré sur l’avion était la reprise de la guerre. Et il ne fallait pas leur donner raison. J’ai donc maintenu tous les chefs militaires autour de moi au secrétariat général. Mais mieux, pour montrer à ceux qui ont tiré sur l’avion que j’étais déterminé à aller jusqu’au bout de l’Accord politique de Ouagadougou, j’ai demandé que le programme de la journée se poursuive. À savoir l’installation des magistrats. Ce qui a été fait. Je touche du bois, si nous avions été assassinés ce jour-là, je ne serais plus là pour en parler. Mais toujours est-il qu’il y avait un risque potentiel de basculement, et je me suis employé à ce que le pays ne bascule pas.

Cinq ans après les faits, les terroristes courent toujours. Personne n’a été arrêté ni interrogé bien que la justice ivoirienne ait été saisie. Croyez-vous un jour qu’on retrouve les coupables ?
D’abord, je pense que rien n’a été fait pour trouver les coupables. Même les Nations unies que nous avions saisies ont déclaré qu’ils ne disposaient pas de moyens pour faire la lumière sur cet attentat. Or au Liban, les Nations unies se sont empressées de faire la lumière sur la mort de Rafic Hariri. C’est dire que nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Ensuite, la justice ivoirienne n’a bénéficié d’aucun moyen pour faire l’enquête sur cet attentat. Il y avait peu de chance donc pour qu’elle aboutisse. J’ai personnellement essayé d’investiguer pour trouver les coupables. J’ai eu quelques éléments de précision, mais comme ce n’était pas une voie officielle d’investigation, j’ai gardé pour moi les éléments de cette enquête. En tout état de cause, ce que je peux dire, la Côte d’Ivoire étant maintenant dans la phase de la démocratie, je propose à tous ceux qui étaient avec moi, la création d’une association dénommée ‘’Les compagnons du 29 juin’’ pour nous entraider, scruter toutes les pistes susceptibles de nous donner plus d’informations complémentaires. Pour conclure sur cette question, aussi bien les Nations unies, que les États ne devraient pas laisser de tels actes impunis. À tout le moins, le minimum serait une enquête pour que plus jamais, quel qu’en soit les raisons, on ne tire sur l’avion d’un Président, d’un Premier ministre ou de tout autre citoyen dans le monde.

Vous avez perdu de très proches collaborateurs dans cet attentat. Certains sont blessés à vie. Quels mots pouvez-vous dire à leur endroit ?
C’est un poids que je porterai toute ma vie. Aux décédés, dès les premiers jours, mon devoir c’était de leur assurer des obsèques dignes. Et je pense que nous l’avons fait. J’essaie aussi d’être aux côtés de leurs familles pour leur apporter on soutien. De mon point de vue, nous avons fait ce qu’il fallait pour entourer ces familles de notre affection et de notre soutien. Quant aux blessés, nous avons pris toutes les dispositions pour qu’ils puissent avoir les meilleurs soins, sinon les soins appropriés. Évidemment, quel que soit ce que nous avons pu faire, ça ne redonnera pas la vie ni à Drissa, ni à Doumbia, encore moins à Chérif ou à Diomandé. C’est pourquoi l’association que j’appelle de tous mes vœux permettra de conserver et de perpétuer la chaîne de solidarité entre tous les membres, les familles des disparus et les blessés comme mon cameraman Palenfo, qui est handicapé à vie. Il faut que nous nous retrouvions, ainsi nous pourrions nous entraider. Je pense aussi aux différents pilotes et mécaniciens de l’avion que nous ne voyons plus. Bien entendu, il y a quelques années de cela nous ne pouvions pas mettre en place cette association car certains d’entre nous qui étaient à des postes pouvaient s’inquiéter. Mais aujourd’hui, on peut créer cette association et nous retrouver tous les 29 juin afin de partager par exemple un repas. Ce que nous ne réalisons pas, c’est le miracle qui est que nous soyions sortis vivants de cet attentat. Je m’en suis rendu compte que lorsqu’un ami au siège des Nations Unies à New York, m’a appelé et m’a dit : Guillaume, vous êtes des miraculés. Au vu de la situation dans le monde, on se rend compte qu’une seule balle de kalachnikov peut faire exploser un avion. Mais vous, vous non seulement avez reçu des balles de kalachnikov mais aussi et surtout des roquettes et, votre avion n’a pas explosé. C’est un miracle ! Bref, ladite association devrait permettre la solidarité entre tous ceux qui étaient dans cet avion et qui ont connu le même destin.

Aujourd’hui que la Côte d’Ivoire est sortie de la belligérance, pensez-vous que vous-même ou n’importe quelle autre autorité politique puisse être à l’abri d’une nouvelle tentative de ce genre ?
C’est une question bien difficile à répondre. Ce que je peux dire, c’est que le cycle de violence cesse. La Côte d’Ivoire a amorcé une nouvelle page de son histoire. C’est pourquoi il faut que nous combattions l’impunité, seule voie susceptible de ne plus voir de tels faits se reproduire. C’est pourquoi, malgré tout, l’enquête doit aboutir pour que les auteurs de cet attentat subissent la rigueur de la loi, pour ne pas en inspirer d’autres. Je pense donc, d’une manière ou d’une, que l’association qui sera créée réclamera cette affaire pour ne plus qu’il y ait d’autres tirs sur d’autres avions. Sinon, si tous les citoyens considèrent ou pensent qu’il suffit de se cacher quelque part et tirer sur un avion, c’est un risque que nous encourons tous. Mais si nous montrons de la fermeté contre de tels actes, je pense que les uns et les autres effrayés par la fermeté du gouvernement renonceront, à coup sûr, à entreprendre de telles aventures.

Source :
www.blog.guillaumesoro.com
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