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Politique Publié le lundi 29 octobre 2012 | Le Nouveau Réveil

Madeleine Oulaï, députée de Bloléquin: “Le peuple Wê va se remettre en cause”

Madeleine Oulaï, la députée de Bloléquin, région du Cavally, fait le bilan de deux mois de mobilisation de son peuple et d’une audience avec le chef de l’Etat, lundi.


Que répondrez-vous d’emblée si l’on vous disait : «Les Wê ont enfin rencontré le président de la République, et après ? »
Je dirais que nos devanciers ont proposé de nous faire asseoir en vue d’en tirer les conclusions. Nous avons dit que nos cases sacrées ont été profanées. Cela veut dire que le président de la République n’est pas qu’un chef de l’Etat. Il est un sage qui respecte les us et coutumes de chaque région. Il a indiqué les moyens pour que ce qu’il y a à faire soit fait. Pour que les rancœurs se taisent afin que des bénédictions soient faites.

C’est là le sens du don de deux cent millions F Cfa?
Oui, il n’est pas à distribuer. C’est pour que les quatre vents –comme on le dit dans la Bible- qui soufflent puissent permettre aux sages de parler aux enfants. S’il y a encore des ressentiments, cela veut dire que quelque chose ne va pas. Car, on ne peut pas comprendre que l’Ouest soit la première région qu’a visitée le chef de l’Etat et c’est de là-bas que commence le mal. Donc il faut demander pardon réciproquement. C’est sa façon à lui de nous dire : «Allez-y parler aux ancêtres».

Le don est aussi destiné à d’autres « urgences » comme l’a indiqué le président. Quelles sont les priorités parmi ces urgences ?
Nous avons dit au président de la République que les maisons ont été saccagées. On ne peut certes pas les reconstruire toutes mais quand dans une communauté la maison du chef est réparée et que l’on se reconnaît en lui, on se tait puisqu’on le reconnaît. Nous allons commencer à prendre des dispositions en vue d’engager la reconstruction des maisons des chefs.

Combien de chefs sont concernés en tout ?
La somme de cent millions ne peut tout réparer mais il faut déjà commencer à reconstruire. Quand le soleil se lève, on ne le voit pas totalement. Alors, considérons que le geste est la lumière du soleil qui se lève. Donc il commence à apparaître…

Apparemment l’offre vous a émue vous et vos parents au point qu’ils ont applaudit fortement…
Si vous étiez dans la salle, vous auriez vu tout le monde se lever. Excusez-moi, je voudrais plutôt relever la particularité de ce président. Nos parents nous ont dit : «Que nous soyons du Pdci ou du Fpi, une chose est indéniable, le président nous a bien reçus. C’est du jamais vu». Qui a fait une fois comme ce président ?

En allant rencontrer le président de la République était-ce une façon pour l’Ouest de se remettre en cause par rapport à la violence qui se déroule dans cette partie du pays ?
Ce n’est pas seulement en allant le rencontrer, c’est la conclusion de notre action. Avant d’aller à sa rencontre, les élus que nous sommes avions dit que notre union est régulièrement sur le terrain. Nous irons concrétiser ce que nous disons toujours à nos parents. Nous leur disons : «L’eau, les écoles, les hôpitaux que nous voyons, vous les avez grâce à Alassane Ouattara. Est-ce que vous avez eu ces infrastructures pendant les dix années passées ?»

Ce discours est-il passé auprès des jeunes vu qu’il y en avait très peu au Palais ?
Tout commence par les devanciers. C’est pourquoi commencer par la construction de leurs enclos est important. Je leur ai demandé de se lever pour dire « amen » s’ils acceptaient de faire la paix avec l’allié, le président de la République. C’était une façon pour moi de demander de respecter l’engagement que nous avons pris.

La présence des jeunes n’aurait-elle pas donné un signal plus fort ?
C’est juste ce que vous dites mais je répète que tout part des anciens. Parce que ce sont eux qui montrent le chemin à suivre. Alors, c’est sciemment que nous avons fait venir ces anciens-là. Il leur appartient de propager la nouvelle et non d’envenimer les choses.

Avec le problème d’autorité parentale qui se pose dans la région de l’Ouest, n’est-ce pas une mission impossible que le président confie aux parents en demandant de parler à leurs enfants ?
Elle est à la fois difficile et délicate mais elle est possible. Vous ne pouvez pas vous imaginer combien de coups de fil par jour nos frères qui sont au Ghana nous donnent. Pourtant, personne n’est parti, renvoyé de la Côte d’Ivoire. Comme on dit chez moi à Bloléquin, ils ont fait la différence entre sécher le marché de Gbagbo et celui du président Ouattara. Mais ce sont eux qui nous appellent et disent : «Nous sommes fatigués, que pouvez-vous faire pour que nous puissions revenir ?» Il faut bien que ceux qui vont les recevoir comprennent le message d’apaisement avant les jeunes.

Que dites-vous concrètement à ces jeunes pour les convaincre d’épouser votre vision de la réconciliation ?
Le document de la réinsertion des ex-combattants a été remis aux députés. Moi, par exemple, quand je vois un jeune homme, je le lui présente. Et, je lui dis : «Tu vois, tu es Lmp (ex-majorité présidentielle, ndlr). Ton nom est écrit dans ce document. J’avais la possibilité de te dire que ton nom y est inscrit mais comme hier tu m’as traitée de tous les noms je ne t’informe pas». Ensuite, je le rassure en lui disant qu’il bénéficiera de la réinsertion. Le président Ouattara a demandé que tous les jeunes - quels que soient les actes qu’ils ont posés - soient réinsérés. A Bloléquin, si plus de deux mille jeunes ont compris ce message, ils vont le relayer. D’autres jeunes comprendront. Est-ce qu’ils prendront encore des armes dans ce cas ? Les départements de Toulepleu et Bangolo nous ont suivi et – sans vouloir jeter le discrédit – Duékoué va nous suivre.

Est-ce à dire qu’il y aurait quelques réticences à Duékoué ?
Oui, si le camp de Nahibly a été attaqué, c’est qu’il y a quelque chose, il ne faut pas se le cacher. Il faut sensibiliser progressivement, c’est cela qui est important.

Le peuple Wê a demandé le retour de ses fils exilés, Marcel Gossio, Eric Kahé… Et le président a répondu oui mais ils devront se préparer à se présenter à la justice. Vous vous attendiez à cette réaction…
Je vais plus loin pour dire que je partage l’avis du président. Pour des cas aussi graves, il ne faut pas permettre à l’impunité de prospérer, sinon nous n’allons pas reconnaître la personne de droit que nous avons élue.

Quelle leçon peut-on tirer du déplacement des Wê au palais présidentiel ?
Nous sommes partis tous satisfaits. La leçon à tirer c’est que le peuple Wê va se remettre en cause. A-t-on une fois vu quelqu’un à qui on fait du tort dire c’est moi le chef, ce qui est passé est passé alors je vous tends la main ? Non ! Nous ne sommes pas sourds, laissez l’avenir nous dire la suite. Le peuple Wê est content et la guerre ne viendra plus de notre côté.

Entretien réalisé par Bidi Ignace
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