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Politique Publié le mardi 24 janvier 2017 | Pôle Afrique

Lignes de front / Philippe Di Nacera

Le gouvernement s’est enfin avancé cette semaine sur plusieurs lignes de front -militaires, fonctionnaires- et c’est heureux. Il tente de reprendre la main en lançant des négociations tous azimuts.

Sur le front militaire, comme il se doit avec la « grande muette », on ne sait rien sur le fond. Sauf trois choses : la première, que le Ministre délégué à la défense et la nouvelle haute hiérarchie militaire ont été instruits par le chef de l’Etat de consulter tout le monde, quels que soient les statuts, les dates d’entrée dans le corps militaire et les revendications exprimées (ou pas) ; la deuxième, c’est que les militaires mutins continuent ici ou là d’organiser des sorties sporadiques, tirs à l’appui, histoire de terroriser les populations, et, depuis récemment, de les exaspérer, afin que la pression sur le gouvernement soit maximum. On comprend que de nouvelles exigences émergent au fur et à mesure que de nouvelles catégories de corps habillés se font bruyamment connaître. La troisième, que le gouvernement semble avoir manifestement actionné ses réseaux et services d’information, les unités spéciales de sécurités, afin d’anticiper et contenir les initiatives dangereuses des militaires.

Sur le front social, on en sait plus. Mais on ne comprend pas tout. La négociation avec les syndicats de la Fonction publique est ouverte. Après le déblocage des salaires décrété le 1er mai dernier par le Président de la République (la mesure la plus attendue par les fonctionnaires depuis des années), les discussions sur les actuelles revendications vont bon train. Huit membres du gouvernement sont mobilisés et le Premier Ministre a reçu, lui aussi, l’ensemble des syndicats. Les concessions accordées par le pouvoir sont conséquentes. Les ministres ont donné satisfaction à quatre points sur les six de la liste des exigences syndicales. Notamment sur le problème des retraites qui était, avait-on compris, à l’origine de cette grève. Pourtant, celle-ci a été reconduite lors d’une Assemblée Générale ce samedi pour une semaine supplémentaire. Mais dimanche soir, vers 23 heures, coup de théâtre, les syndicats n’ont pas eu besoin d’une AG pour suspendre la grève, donner un mot d’ordre de reprise du travail dès ce lundi matin, et poursuivre la négociation sur les deux points restants. Obtenir satisfaction à 100% et rien d’autre, voilà toujours la ligne affichée.

Pour négocier, il faut être deux. Pour conclure un accord, il faut faire des compromis. Mais une ligne de front peut en cacher une autre. En l’occurrence, ceux qui refusent tout compromis, malgré les concessions obtenues, commencent à laisser entrevoir leur jeu. Pousser son avantage dans une négociation est de bonne guerre. Refuser tout compromis laisse peser le soupçon d’un « jusqu’au-boutisme » qui cache mal d’autres objectifs, moins avouables, ceux-là. Et s’ils ne voulaient tout simplement pas qu’un accord intervienne? Et si, comme un mirage au milieu du désert, un accord syndicats/gouvernement reculait, à coup d’intransigeance, chaque fois qu’une nouvelle concession était faite?

Et c’est ici qu’il convient d’évoquer clairement les questions que soulèvent certains faits, constatés ces derniers jours, qui, mis bout à bout, interrogent tout citoyen. Pourquoi la FESCI est-elle en alerte depuis le 14 janvier pour se mobiliser si un accord n’est pas trouvé avec les fonctionnaires? Pourquoi les élèves du public se sont-ils soulevés le 16 janvier, simultanément un peu partout dans le pays, pour empêcher ceux du privé de « prendre de l’avance sur eux »? Pourquoi se sont-ils arrêtés subitement alors que la grève des enseignants continue? Pourquoi certains syndicats parlent-ils depuis quelques jours d’organiser une « année blanche », alors que les négociations sont en cours? Pourquoi l’intersyndicale des fonctionnaires parle -t-elle, dans certaines correspondances internes, d’une rencontre avec « M. GON du RDR » et non avec le Premier Ministre? Pourquoi des comptes Facebook, probables avatars de personnes qui refusent de mettre à bat leur masque, parlent-ils avec insistance de « rendre le pays ingouvernable »? Pourquoi chaque semaine une nouvelle catégorie de militaires sort du bois avec une revendication nouvelle (encore une fois ce lundi matin au corridor Gesco à Yopougon)? Pourquoi chaque veille de week-end font-ils monter la pression sans véritablement passer à l’acte?

Toutes ces questions finissent par se confondre en une seule : veut-« on » vraiment un retour au calme dans le pays? En d’autres termes, y a -t- il une ou des « mains noires » qui cousent ce scénario avec du fil blanc et n’ont d’autre but que d’empêcher tout retour à la normale pour déstabiliser -jusqu’à quel point?- le pouvoir légitimement élu? A chacun de se faire son opinion.

En guise de conclusion (provisoire) rappelons ceci aux syndicats. Souvenez-vous que les fonctionnaires sont aussi des usagers des services publics, pères et mères d’enfants scolarisés, parents de personnes hospitalisées. Dans la vie, rien n’est noir ou blanc. Tout est gris.

Philippe Di Nacera
Directeur de la publication
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