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Art et Culture Publié le lundi 31 janvier 2011 | Le Temps

Jah Prince (artiste-musicien) : «Les Présidents occidentaux doivent laisser en paix les Présidents africains»

Jah Prince est un artiste ivoirien Rasta. De fait, il épouse les aspirations de cette idéologie qui le
met dans une situation d’artiste engagé. Depuis 35 ans, il fait de la musique. Son combat actuel,
c’est contre l’injustice des Occidentaux sur la terre de ses ancêtres, l’Afrique. Pour ce faire, l’artiste vient de sortir un album intitulé Prisonnier de Babylone. Le Temps l’a rencontré. Entretien.
Comment s’est fait votre mariage avec la musique ?

C’est une longue histoire. J’ai connu la musique, tout jeune. C’était en France. A l’âge de 12 ans, mon père jouait dans un groupe de gospel et je sortais souvent avec lui. En outre, à l’école à Paris, dans les années 1970. J’ai donc commencé la musique en 1977 mais c’est en 1981 que mon engagement musical a pris forme.

Et après, vous êtes revenu à Abidjan…

Effectivement. Je suis rentré au pays en 1985. On a voulu m’enlever l’identité que j’avais puisque
je suis rasta. Ainsi, il fallait donc couper les cheveux parce que je faisais comme les artistes reggae.
Comme Alpha Blondy. C’était le Président Houphouët lui-même qui me le demandait. Cela n’a pas
été facile. Donc, j’ai dû payer le prix de ma rébellion qui m’a valu la prison. Où on m’a coupé les
cheveux à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca).

Pourquoi le Président réagissait-il ainsi ?
Parce qu’il n’aimait pas le rasta .Et il voulait que je me conforme à sa pensée. Qui était que dans
la Constitution ivoirienne, il ne fallait pas avoir des « dread » avec la barbe. Car pour lui, ce genre
d’homme était des révolutionnaires et donc il ne fallait pas les laisser libres. Donc, j’ai commencé
à vivre une galère. Le Directeur de la police à l’époque, M. Gondo avait cette mission de régler ce
problème de rasta. Mais aujourd’hui, je suis content que le Rastafarisme commence à venir dans
l’esprit des Ivoiriens. Parce que au temps d’Houphouët, c’était mal vu. Moi je ne comprends pas
l’attitude d’ Houphouët car il avait connu Hailé Sélassié. Avec qui il a travaillé au Rda et à l’Oua. En
fait, je ne pensais pas qu’il serait aussi très dur avec le Rastafarisme. Il disait qu’il ne voulait pas que Bob Marley vienne en Côte d’Ivoire. Et tous ceux qui étaient comme lui.

Qu’est-ce qui vous a vraiment attiré vers cette musique reggae ?

J’aime le reggae parce que c’est une musique qui amène à réfléchir. Dans la mesure où elle véhicule le message très prophétique et pacifique. C’est une musique qui parle de ce qu’on vit et qui est très engagée (rire).


Donc après cette étape de votre vie, vous voilà encore à Abidjan mais cette foi-ci avec un album.
Alors pourquoi cet album ?

Oui avec un album qui s’appelle «Prisonnier de Babylon»
Parce qu’il y a des gens qui ont dans ce monde le pouvoir d’oppression, de trafic de mentalité,
d’influence de toute sorte de choses. Ce qui amène le monde à la violence, à la brutalité et à
l’agression. Et Babylone domine les faibles par le pouvoir. Cela dit, la Côte d’Ivoire, mon pays et
toute l’Afrique sont en prison.


De quelle prison parlez-vous concernant la Côte d’Ivoire ?

La prison par rapport à la puissance occidentale qui est très négative en Afrique en général, et en
particulier en Côte d’Ivoire. C’est-à-dire l’Occident qui s’invite dans le débat africain négativement.


Vous voulez parler d’ingérence ?

Bien sûr. L’ingérence de certains pays qui font ce qu’ils veulent. Pourtant chacun est libre chez lui. En Europe où nous sommes, nous n’avons jamais vécu cela. C’est juste quand je viens en Afrique que je vois tout ça. Où on dit à telle personne donne ta place à l’autre comme si la personne elle-même accepterait de donner sa place à quelqu’un.


Soyez un peu concret. Vous parlez de l’actuelle crise ivoirienne ?

Je dis cela par rapport à ce que Tiken Jah a dit récemment. Il demande au Président Gbagbo de
donner sa place à Alassane Ouattara. J’ai trouvé cela un peu aberrant. Comme si, lui-même, il
accepterait de donner sa place à quelqu’un d’autre. Partant, c’est une réponse que je fais à Tiken
Jah, au sujet de la politique ivoirienne entre Alassane et Gbagbo. Je respecte beaucoup Alassane.
Le Conseil constitutionnel a proclamé les résultats de l’élection présidentielle. Et il y a des gens qui
refusent de respecter la loi. En demandant aux Occidentaux, en l’occurrence Obama, Sarkozy de
s’ingérer dans notre pays. C’était donc une réponse à Tiken Jah. Maintenant moi en tant qu’être
humain, je suis libre. Ça ne sert à rien d’armer les populations pour faire la guerre.

«Prisonnier de Babylone » comporte combien de titres ?

«Prisonnier de Babylone » compte 10 titres sur lesquels je reviens sur les plaies, les maux qui font
pleurer l’Afrique. Ce sont ces maux qui m’interpellent. L’esclavage dans lequel on l’enfonce alors
qu’elle n’en a pas besoin. Et on lui impose un esclavage mental et physique d’une façon qui n’est
pas normale. C’est aussi une façon de faire attention au néocolonialisme et au néofascisme qui font l’apologie d’inégalité. Au temps de Samory, il y a eu des tueries. Disons que c’est son propre fils qui l’a vendue. L’Afrique doit se développer mais il ne faudrait pas qu’il y ait des gens pour stopper cet élan. Tous ceux qui veulent être Africains, il faut leur donner le droit de l’être. Parce que la liberté de l’Afrique commence par son unité. Donc je mène ce combat de l’unité de l’Afrique dans la liberté.

Quel rythme faites-vous sur cet album ?

Dans la musique, je joue plusieurs rythmes. Parce qu’il y a longtemps que je joue de la guitare. Plus
de 35 ans. Cela fait quand même beaucoup d’expérience au niveau de la musique pratique. Donc
c’est du Ziglibity, du Blues disons c’est un mélange de rythmes.


Depuis quand l’album est-il sorti ?

L’album vient de sortir en Côte d’Ivoire dans la maison Jah Production. Cela dit, la sortie officielle
ne va plus tarder. Parce que tout est dans un container au port ici. Et nous sommes en train de nous battre pour qu’il sorte. Parce qu’il y a 10000 instruments et plein de choses. Pour permettre aux gens qui n’arrêtent pas de m’appeler tous les jours de se les procurer.

Quelles sont les perspectives de Jah Prince ?

Nous avons prévu beaucoup de choses. Donc, il y aura des concerts pour la paix afin d’appeler
Gbagbo et Alassane à la paix et à la réconciliation. Parce que la guerre qui s’est instaurée entre eux ne vaut même pas la peine. Il faut quitter dans le « nouchia system ». Dans lequel on ne parle que de la violence par la violence. Pour parler du développement de la Côte d’Ivoire.

Pourquoi avec tant d’années dans la musique, c’est maintenant que vous sortez un album ?
Mais moi, je ne me presse jamais pour faire quelque chose. J’ai tout un studio d’enregistrement
qui arrive aussi. Mais il faut dire que j’ai essayé de faire un album, il y a quelques années mais
chaque fois il y a eu des problèmes. C’était à Akwaba Studio avec Dr Bill qui a initié en Côte d’Ivoire le Rocking Marlboro avec des musiciens de la place. C’était dans les années 1990. Il a fait une production avec moi en 1994 – 1995. Au niveau de la production du mixage et du son. Mais son studio a brûlé ce qui a fait que cet album n’est jamais sorti. Il y a eu un autre que je voulais faire «mystique révélation », ça été toute une complication. Mais moi, je ne me compte pas parmi le
nombre d’albums mais la capacité.

Partagez-vous votre vision avec l’Occident ?

Ah oui, je fais mon travail depuis que je suis en Europe. Ma femme est une Occidentale. Mais on
ne fait pas de différence. Je parle de l’esprit et non de la couleur parce que l’esprit chez nous, c’est le contraire. Mais au niveau de la couleur, il n ‘y a pas de problème entre nous. On est tranquille.

En revanche, je fais un travail de l’autre côté, en Europe. Pour leur faire comprendre que s’ils sont
en avance, il ne faudrait pas qu’ils oublient que l’Afrique est le berceau de l’humanité. Cela dit,
l’Occident doit être un peu souple. Il ne faudrait pas qu’ils soient agressifs parce que les Africains
ont trop supporté la souffrance de l’Occident depuis le début du monde jusqu’aujourd’hui. Ils n’ont
jamais été réhabilités de l’esclavage ni de rien du tout. Quand on a vu au temps d’Hitler, la Gestapo
amener les Juifs dans les crématoires, franchement ce n’était pas bien à voir. Et ça, sincèrement
l’humanité regrette ces faits. En fait l’« Humanité » doit réhabiliter l’Israël et les Juifs. Et je pense que l’Afrique doit être réhabilitée. L’Europe doit demander pardon à l’Afrique. Les Présidents occidentaux doivent laisser en paix les Présidents africains. Ils doivent trop à l’Afrique pour faire en sorte que les enfants d’Afrique se révoltent entre eux. Il ne faut pas que l’Occident instaure la haine dans l’esprit des Africains. C’est fini le temps où les Africains disaient oui, oui. En Europe, il y a des penseurs, partout. Parce que ce sont eux qui créent les bombes, les armes pour les vendre en Afrique pour que les Africains s’entre-tuent.

Interview réalisée par Renaud Djatchi
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