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L'intelligent d'Abidjan N° 2618 du 18/8/2012

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Les samedis de Biton : A Nice avec Aké Loba
Publié le samedi 18 aout 2012  |  L'intelligent d'Abidjan




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Dès que j’ai appris le décès de Aké Loba, écrivain ivoirien, l’auteur de «Kocoumbo, l’étudiant noir», je me suis vu en sa compagnie au cours d’un voyage à Nice, en 1978. La ville de Nice, de l’époque de Jacques Médecin, maire et ministre, grande célébrité politique française, avait invité la Côte d’Ivoire du livre a participé, en tant que seule nation africaine, à la Foire Internationale du Livre de Nice. Nous étions trois personnes et Aké Loba, notre chef de délégation. Il était le directeur des arts et lettres. Assis auprès de lui, je vais pour la première fois en France. Aké Loba était déjà une «vieille» connaissance. Etudiant, je l’avais déjà rencontré pour discuter de la création littéraire. Désireux d’écrire aussi un roman, je lui avais présenté un cahier où je collectionnais les interviews d’auteurs ou d’hommes de culture. Je lui montrai les pages que lui avaient consacrées Gaoussou Kamissoko dans Fraternité-Matin. Sous sa photo, il me fit la dédicace suivante : «Vous aimez, je pense la littérature, c'est-à-dire la pensée et son évolution. Donc dans notre monde actuel, il vous faut beaucoup d’efforts et d’humiliation». Dans l’avion, je découvris un homme plein d’humour. On passait tout notre temps à rire. J’étais si heureux, à mon âge, de partager l’intimité d’un grand homme. A Marseille, en escale, à Paris pour deux jours, et enfin à Nice, il ne cessait de louer Félix Houphouët-Boigny qui avait vraiment fait de la Côte d’Ivoire un grand pays. Pour lui, comment découvrant, pour la première fois la France, rien ne semblait me surprendre. Me voir à l’aise dans toutes les situations et tous les lieux montraient, on ne peut plus que Félix-Houphouët-Boigny avait rendu la fierté à l’Ivoirien qui était sans complexe. Mon attitude a augmenté son admiration pour moi car je ne discutais pas ce qu’il me disait. Je l’écoutais. C’était à moi d’apprendre et non de jouer au connaisseur. Une anecdote va, pendant longtemps, nous faire rire. Un soir, au repas, Aké Loba était impatient de terminer. «Je dois aller au cinéma et je ne veux pas arriver en retard. C’est un film historique sur l’enlèvement des Sabines». Effectivement, il existait un film de ce genre. Mais ce que la salle de Nice, près de notre hôtel passait, était d’un autre genre. Aké Loba avait lu le programme dans le journal, il lisait tout le temps les journaux. Mais moi, j’avais été devant le cinéma voir l’affiche et les photos. Je ne lui dis pas que je partais aussi au cinéma. Je m’assis à des rangées derrière lui pour ne pas me faire voir. Il ne resta pas plus de cinq minutes dans la salle dès que le film commença. Au déjeuner, le matin, tout nerveux, il me dit: «Biton, les Français sont gâtés maintenant. C’est de la bêtise qu’on présente maintenant aux gens. Je croyais que c’était un film historique». Je riais sous cape. La troisième personne, une dame, qui faisait partie de la délégation ne comprenait rien. Le Président Léopold Sédar Senghor passa à notre stand. Et c’est avec un grand plaisir qu’il retrouva Aké Loba. Evidemment, avec Aké Loba, on parlait beaucoup de littérature, surtout de l’art d’écrire. Tout le monde connaissait « Kocoumbo, l’étudiant noir », mais il avait écrit aussi : «Les Fils de Kouretcha», premier prix Houphouët-Boigny. Un autre roman aussi: «Les dépossédés». Aké Loba disait lui-même: «Je n’écris pas facilement et je suis sans pitié pour moi-même». Il me disait qu’il pouvait travailler des mois sur une page. C’était notre Gustave Flaubert, le Jésus-Christ de la littérature, tant il souffrait sur une page. Il ne manquait jamais de dire qu’il était difficile d’écrire en Afrique à cause de la chaleur et du bruit. A Nice, Aké Loba me parlait souvent de Félix Houphouët-Boigny surtout dans ses fonctions de diplomate à Rome. «Le Président appelle sa fille deux fois par jour et s’il n’arrivait pas à la joindre, il nous appelait à l’ambassade pour qu’on lui dise où elle se trouve». Aké Loba va se noyer dans la politique à Abobo en tant que député-maire. Je me suis souvent demandé s’il avait pu supporter des années de dénigrement, de médisance comme le lot de tous ceux qui vont à la politique. Je ne fus pas surpris de le voir quitter le pays pour toujours pour aller vivre dans le pays de sa femme. On a appris qu’il a perdu ses deux enfants au cours d’un accident. Aké Loba qui aimait rire a dû beaucoup souffrir pour son pays ses dernières années et aussi pour d’autres problèmes. «La culture, disait-il, phénomène désintéressé suscite en nous l’amour du prochain dans le sens chrétien du mot. La méditation sur la condition humaine entraine l’homme à se mesurer par rapport à la dimension historique. Or, en face de l’histoire un grain vaut plus que les êtres humains. C’est donc par la culture que l’Ivoirien cessera de mépriser son semblable». Dors en paix tonton ! Ainsi va l’Afrique. A la semaine prochaine.

Par Isaïe Biton Koulibaly

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