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Société Publié le mardi 14 septembre 2010 | L’intelligent d’Abidjan

Reportage / Yopougon Yaosséhi - Retour sur les ruines du plan ORSEC, deux mois après

13 juillet 2010 - 13 septembre 2010, deux mois jour pour jour que l’opération de déguerpissement des zones à risques a eu lieu dans les faubourgs de Yaosséhi dans la commune de Yopougon. Dans une zone réputée dangereuse à cause des glissements de terrain qui peuvent survenir à tout moment, propriétaires et anciens locataires dans une complicité tentent de redonner vie à une bande de terre, naguère, grouillante, dans l’indifférence des autorités. Reportage

Des amas de briques, des maisons décoiffées à moitié détruites, le tout dans un désordre pittoresque, sur une bande de terre jouxtant le canal d’évacuation des eaux usées qui s’étend du pont du 16e arrondissement à la lagune en passant par « Niangon continu ». Voici le décor qu’offre l’opération de démolition ordonnée par le préfet d’Abidjan dans le cadre du plan d’organisation des secours d’urgence (Plan Orsec). Cette portion du bidonville était sans vie depuis le passage des hommes de Sam Etiassé, Préfet d’Abidjan. La nature a horreur du vide, dit l’adage. Aussi, le visiteur curieux ne sera-t-il pas étonné de voir des tâcherons à l’œuvre qui, replaçant des toitures, qui affairés à des travaux de menuiserie. Lanciné est maçon, nous l’avons trouvé en compagnie de ses apprentis en train de crépir des murs. ‘’Nous sommes en train d’arranger parce que des gens de la famille vont revenir habiter ici. Nous fermons donc toutes les ouvertures pour ne pas que d’autres personnes occupent les lieux mais surtout pour ne pas que les lieux servent de fumoirs’’, nous répond-t-il à la question de savoir pourquoi ils reprennent les travaux dans une zone à risques. Parlant de fumoir, Lanciné dit avoir déjà surpris des jeunes dans ces décombres s’adonnant à la drogue. Mais ce n’est pas le seul phénomène qui gangrène ce lieu. Le témoignage d’une ex-propriétaire nous éclaire davantage. ‘’Les locataires sont partis. Mais voyez les maisons. Elles sont pleines de déchets humains. Et quand tu fais deux jours sans arriver c’est encore pire. Il y en a qui ne se contentent pas de se soulager. Ils vont jusqu’à badigeonner les murs avec leurs excréments et c’est ainsi tous les jours’’, révèle-t-elle, l’air désemparé. Entre désespoir et nostalgie, elle évoque la quiétude dans laquelle elle vivait avec ses locataires : ‘’nous avons fait des années ici et l’on n’a jamais déploré de victime d’éboulement ici. D’ailleurs quand il pleut, l’eau ne stagne pas, elle coule directement vers le canal dont le lit est très bas pour être une menace pour nous’’. ‘’Nous avons envie de retrouver nos maisons parce que ici, avec 10.000 F on arrivait à payer le loyer’’, ajoute pour sa part une ex-locataire venue s’enquérir de l’état d’avancement des travaux de réhabilitation. Les locataires sont partis et connaissent des fortunes diverses selon des témoignages recueillis sur place. Les plus préoccupés ici restent les propriétaires des maisons. Mal installées ou non, bâties avec des permis de construire ou non, ces maisons procuraient à leurs bailleurs des revenus substantiels. Les offres vont d’une à deux pièces et une cour comporte au minimum dix portes. Les loyers varient de 10 à 25 mille francs CFA. Ce sont donc d’importants intérêts qui sont en jeu pour ceux qui se voient du coup privés de leurs gains mensuels. C’est cette préoccupation que tente de dissimuler cet autre propriétaire qui a requis l’anonymat et qui surveillait ce jour-là ses ouvriers (maçons et menuisiers). Il nous fait visiter l’arrière-cour qui borde le canal et qui a été complètement détruite. ‘’Voyez-vous, c’est cette partie de la cour qui présentait un réel danger. Nous l’avons donc fait détruire nous-mêmes sur ordre du Préfet. Mais là où nous sommes, c’est bien loin du canal, on est à plus de dix mètres, la distance réglementaire’’, nous fait-il savoir comme pour justifier la réhabilitation très avancée de sa cour. Se réservant de donner plus de détails, il nous conduit chez le chef du quartier, M. Méléhi qui se trouve être la voix la plus officielle. Malheureusement le chef est absent. Nous promettons de prendre rendez-vous.

Les locataires
et l’indemnisation
Pour accompagner les différents locataires, une indemnisation de 100.000 FCFA a été versée à chacun. Les propriétaires y ont joué un rôle important. C’est à eux que revenait l’établissement des listes de locataires. Et là, c’est la voie ouverte aux règlements de comptes. Sur ce sujet, la version de notre propriétaire cité plus haut est sans appel. ‘’Ceux qui disent n’avoir rien reçu comme indemnisation sont ceux qui devaient des mois et des mois de loyers aux propriétaires. Allez-y leur demander’’, indique-t-il sans plus. Youssouf Koné et son ami Kabran Fernand, assis sous un arbre dans une cour aux maisons décoiffées, nous font cette révélation sur la gestion des cent mille francs. ‘’Les 100.000 F, certains les ont reçus. Il y en a qui ont payé des chambres d’hôtels pour quelques jours seulement avant d’aller ailleurs. Par contre, il y a d’anciens locataires qui, la nuit tombée viennent squatter leurs anciennes habitations même sans toit’’, affirment-ils l’un après l’autre. Dame B. K préfère parler, quant à elle, de sa nouvelle vie. ‘’On est obligé d’aller vivre chez des voisins ou chez les parents. Dans les premiers moments tout va bien. Mais après quelques jours, tu deviens la sorcière de la maison, celle que le pasteur avait annoncée auparavant. Tu deviens un problème pour sa femme,c’est toi qui fait que ses affaires ne prospèrent plus’’, regrette-t-elle, elle qui jusque-là, n’a pas encore trouvé un nouveau toit en raison de la caution exorbitante (3 à 6 mois) pratiquée dans les quartiers environnants. Ces témoignages sont peut-être isolés mais ils pourraient traduire l’état d’esprit de tous ceux qui ont pu se retrouver dans cette situation. Au moment où la reprise du plan Orsec s’annonce, à en croire un confrère, il importe de tirer toutes les leçons afin d’en garantir un franc succès
S.Débailly
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