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Société Publié le vendredi 24 mai 2019 |

Les investissements privilégiés par la REDD+ pour atteindre les objectifs fixés

© Par DR
La forêt au cœur des préoccupations nationales : Le financement du mécanisme REDD+ en Côte d’Ivoire
La Côte d’Ivoire est actuellement confrontée à une importante crise environnementale liée à la disparition progressive de ses forêts. Au regard de la richesse de sa biodiversité, de la dépendance de la population vis-à-vis des ressources naturelles et des conséquences du changement climatique sur le territoire, il est urgent d’inverser cette tendance à l’aide de démarches innovantes, performantes et participatives.
Afin de s’attaquer aux causes directes et indirectes responsables de la déforestation et de la dégradation des forêts, la Stratégie Nationale REDD+ propose d’agir selon 8 axes stratégiques. Ces axes sont l’agriculture zéro déforestation, le développement d’une stratégie énergétique durable, le processus d’Application des Réglementations Forestières, Gouvernance et Echanges Commerciaux (FLEGT), la gestion durable des forêts, le reboisement et restauration des terres dégradées, l’exploitation minière respectueuse de l’environnement, la promotion des PSE qui est le système de paiement des services environnementaux, l’aménagement du territoire et sécurisation foncière, la planification nationale et réformes structurelles pour une économie verte.
Des initiatives articulées autour de ces axes sont mises en œuvre sur le territoire national. Il s’agit entre autres, du Programme d’Investissement Forestier (PIF), le Projet REDD+ de la Mé, le Paiement des Services Environnementaux (PSE) de la Nawa, le Projet de réduction des Emissions (PRE), l’initiative Cacao Forêt qui devrait permettre aux acteurs de la filière cacao de développer des programmes de durabilité dans les bassins d’approvisionnement.
Pour assurer une mise en œuvre efficace de ces initiatives, un Cadre National d’Investissement (CNI), a été élaboré. Il est une déclinaison opérationnelle de la Stratégie Nationale et a pour but de répondre à la question « Quels investissements faut-il privilégier au vu des objectifs fixés par la SN REDD+ et des contraintes liées au contexte national ? ». Le CNI entend ainsi planifier les investissements pour répondre aux besoins du pays et trouver un équilibre entre les dépenses immédiates (budgets des projets/programmes mis en œuvre) et les recettes espérées qui seraient générées par la REDD+ suite à la réduction des émissions de gaz à effet de serre par la Côte d’Ivoire.
L’objectif final visé est que le pays soit le plus rapidement autonome dans la mise en œuvre du processus.
A cet effet, un budget a été développé sur douze ans et des recommandations sur dix ans pour une mise en œuvre de la REDD+ dans le pays jusqu’en 2040 telle que mentionnée dans la stratégie nationale et rappelé dans la Vision 2040.

Ainsi, le coût de mise en œuvre de la stratégie nationale est évalué sur la période 2018–2040 à l’échelle nationale puis pour les 33 régions et districts autonomes.
Sur cette base, 300 actions ont été identifiées pour un coût total de mise en œuvre de 5,37 milliards USD, soit plus de 2 500 milliards de F CFA, pour les 8 composantes de la stratégie au niveau national. Les activités liées à la gestion, la conservation des forêts, les reboisements et la restauration vont coûter plus chères tandis que les réformes structurelles et les activités de planification nationale des politiques publiques sont les moins onéreuses. Cela s’explique par exemple par le besoin de mettre en place des centres de semences (comme le Centre National de Semences Forestières), des pépinières, pour sécuriser les futurs 700.000 ha de reboisements villageois (procédé qui coûte cher) ou encore de créer des cellules dédiées au suivi.

Le coût global de la stratégie nationale est aussi reparti sur chaque région avec une priorité aux régions de San Pédro (126 902 612 500‬FCFA), du Tchologo (137 135 552 500‬ FCFA ), du Haut-Sassandra (137 135 552 500‬US dollars), Bounkani (154 135 552 500 FCFA) et du Hambol (174 014 615 500 FCFA).

La mise en œuvre de la Stratégie Nationale REDD+ va reposer sur le Fonds national REDD+. Il sera alimenté par les recettes en réductions d’émissions issues des projets tels que le Projet de Réduction des Emissions (PRE) et le PIF, et permettrait d’amorcer la phase d’investissement sur fonds propres en totalité ou partiellement. Une auto alimentation du fonds est attendue par le biais de la pérennisation des acquis issus des investissements de la première phase et des acquis progressifs qui seront mis en œuvre lors de la seconde phase prévue jusqu’en 2030.

Les investissements prévus dans le cadre du financement de la REDD+ viendront satisfaire les besoins dans divers secteurs tel qu’exprimés dans la stratégie nationale REDD+.

Ainsi, dans le domaine agricole, des actions intégrées et transversales sont organisées autour d’un axe stratégique principal à savoir l’agriculture zéro déforestation qui est mis en œuvre dans le cadre d’un partenariat public-privé. Les financements prévus visent à développer à la fois les cultures de rente, qui créent de l’emploi et de la richesse, et les cultures vivrières nécessaires pour maintenir l’autosuffisance alimentaire. Les actions se déroulent autour de l’agriculture zéro déforestation, le développement d’une stratégie énergétique durable, le FLEGT et gestion durable des forêts, le reboisement et restauration des terres dégradées, l’exploitation minière respectueuse de l’environnement, le système de paiement pour services écosystémiques (PSE), l’aménagement du territoire et sécurisation foncière, la planification nationale et réformes structurelles pour une économie verte.
Les financements prévus vont ainsi contribuer à améliorer les performances agricoles grâce aux activités d’intensification soutenues par le secteur privé.
Au regard des enjeux économiques agricoles, le pays se doit de produire plus mais en faisant face à l’impact de son agriculture sur les forêts. La REDD+ contribuera à la mise en place d’une économie bas carbone avec des résultats et des impacts à l’échelle du pays.
L’agriculture, et plus particulièrement le binôme café-cacao, qui est le moteur de l’économie ivoirienne est au centre de la Stratégie Nationale REDD+ et concentre une part importante des financements dans le cadre de la REDD+. La Côte d’Ivoire, faut-il le rappeler, est le premier producteur mondial de cacao et un pan entier de son économie dépend de cette production.
Le secteur agricole est également la principale source de revenu des ménages, il représente 27 % du PIB et fournit 40 % des recettes d’exportation.

Les actions de la REDD+ seront fortement soutenues par le secteur privé sur les cultures de rente en particulier (transformation du secteur cacao et café mais aussi de l’huile de palme et de l’hévéa) en promouvant les cultures tolérantes à l’ombre, ainsi qu’un maillage bocager des terres agricoles qui limite les effets néfastes du vent, les maladies et les ravageurs des cultures. L’encadrement et le transfert de connaissances vont être essentiels pour y parvenir grâce à la diffusion de bonnes pratiques et des méthodes de culture intensives selon des principes compatibles avec l’agroforesterie et l’agriculture durable (exemple de l’agroécologie). Par ailleurs, le développement d’un système de traçabilité pour les différentes filières agricoles ainsi que l’évaluation des risques et opportunités liés aux forêts dans les bassins d’approvisionnement agricoles vont améliorer le suivi de la déforestation et la traçabilité des nouveaux produits. Au final c’est donc l’évolution puis la transformation du modèle agricole vivrier et de rente qui est visé.

L’énergie est un aspect très important pour la population d’un pays. En Côte d’Ivoire, 87 % des ménages utilisent du bois de chauffe et / ou du charbon comme énergie domestique. L’impact sur les forêts est donc considérable. Selon les prévisions, en 2040, la population aura besoin de 53,9 millions de m³ de bois de feu pour subvenir à ces besoins.
L’amélioration de la qualité et de la productivité des productions de charbon couplée à la dissémination et l’utilisation de foyers efficaces sont des éléments indispensables pour satisfaire les besoins énergétiques immédiats de la population (2018 – 2025).
A terme, le pays devra réfléchir au développement de nouvelles sources d’énergie afin de limiter l’utilisation du bois et du charbon, notamment dans les zones urbaines. Cela permettra de limiter l’exploitation du bois énergie dans les forêts, ce qui aura comme impacts immédiats de diminuer la déforestation, et de diminuer la consommation des ménages grâce aux solutions alternatives, réduisant du même coup les émissions de CO2 dans l’atmosphère. Il existe aussi une forte attente dans la promotion du genre par le développement de nouveaux emplois liés aux solutions énergétiques durables.
La gestion des forêts de production est, avec l’agriculture, une des problématiques phares du pays. Le constat est que qu’en 2015, seuls 6,79 millions USD ont été alloués à la gestion des forêts de production, au boisement et au reboisement. Cette somme représente seulement 2 % des ressources nécessaires pour atteindre l’objectif de restauration des forêts d’ici 2030. La situation des forêts classées (qui abritent les surfaces de forêts de production principales du pays) est donc très préoccupante tandis que les espaces protégés semblent mieux préservés, même s’il existe un risque de dégradation à court terme en l’absence de mesures pour limiter les prélèvements (pourtant illégaux). La présence d’une population infiltrée dans ces espaces gérés par l’Etat ajoute en plus une dimension sociale à la complexité de la situation.
Il est alors prévu, la restauration progressive de l’ensemble des espaces dégradés à travers la mise en œuvre d’une nouvelle approche de gestion et de reboisements pour accroitre les stocks de carbone et reconstituer 5 millions d’hectares de forêt. Il s’agit, d’atteindre les 20 % de couverture nationale. La gestion des forêts, de production et de conservation, est étroitement liée à l’implication des communautés locales et des autorités responsables du suivi des parcelles. Au sein des forêts classées, ces communautés sont impliquées dans le système de gouvernance.
L’ensemble des mesures adoptées, assureront une protection efficace de la nature, qui maintiendra le secteur forestier performant pour créer des emplois et qui amorcera le processus de transition en faveur des populations infiltrées pour leur permettre de quitter progressivement les forêts classées.

L’exploitation minière industrielle ou artisanale réalisée dans un cadre informel et anarchique a aussi des conséquences importantes sur les superficies forestières. L’orpaillage, qui se fait de manière illégale, a des impacts désastreux sur les sols et favorise leur érosion. Cette pratique doit donc être professionnalisée et suivie pour être régulée comme le propose l’Etat au travers du Programme National de Rationalisation de l’Orpaillage (PNRO). Quant au secteur minier à proprement dit, des études environnementales et sociales sont effectuées pour mieux encadrer les exploitations et des mesures de sauvegarde pour une meilleure prise en compte de l’environnement.

Des activités liées à l’aménagement du territoire, la sécurisation du foncier et la planification, qui constituent la première étape indissociable de la REDD+ ou de toute autre action liée au développement du pays de manière générale, sont également menées. A travers ces actions, est mise en œuvre une politique d’aménagement en délimitant et en enregistrant les villages et les terroirs avec pour finalité la réalisation d’un Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT), de Schémas Régionaux d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire (SRADDTs) et de Plans Locaux d’Urbanisme et de Développement du Territoire (PLUDT) fonctionnels.
Ce duo aménagement/foncier assurera une gestion durable et rationnelle de l’espace et de ses ressources naturelles afin de réduire les émissions liées à l’utilisation et au changement d’affectation des terres.
Des mécanismes d’incitation financière ou de régimes fiscaux particuliers seront mis en place pour assurer la durabilité des acquis. Le but recherché est d’encourager les parties prenantes dans le sens du développement durable sur la base d’un avantage concret proposé par exemple par le gouvernement.
C’est dans ce cadre qu’un projet basé sur le système de Paiement pour Services environnementaux est réalisé dans la région de la Nawa. Ce projet encourage les petits producteurs à se tourner vers l’agroforesterie en plantant des arbres dans leurs cultures et à entretenir ce nouveau couvert forestier.
L’éducation et la santé qui ne sont pas directement liées à la mise en œuvre de la REDD+, sont des aspects clés pour pérenniser les acquis et les résultats de la stratégie nationale. En effet, le renforcement de capacités de toutes les parties prenantes (femmes, hommes, communautés locales, société civile, Etat, etc.) est un gage de réussite des projets en assurant une bonne implication de l’ensemble des participants.
Les actions en cours et avenir adressent ainsi les facteurs responsables de la disparition de la forêt et proposent des mesures pour les enrayer en vue d’assurer le développement du pays.
La mise en œuvre de ces actions selon la vision du pays permettra la transition vers une économie verte respectueuse des ressources naturelles. Ces actions sont guidées par les objectifs fixés qui prennent en compte les impacts potentiels sur la forêt afin de favoriser et soutenir une économie bas carbone.
Dossier à suivre le lundi 27 mai 2019 « La plus-value de la mise en œuvre de la REDD+ ».
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