Une rencontre stratégique autour des enjeux du partage et de la gouvernance des données, à l’initiative de Digital Africa s'est tenue le jeudi 05 février 2026 à Abidjan-Plateau. Cet événement organisé dans le cadre du programme AI for Startups, s'inscrit dans l’initiative européenne Data Governance in Africa.
Placée sous le thème « Data Without Borders » (Data sans frontières), cette journée d’échanges a réuni des startups, des décideurs publics et des acteurs du secteur privé, avec un objectif clair, celui de créer un espace d’intelligence collective autour de l’accès, du partage et de l’exploitation des données au service de l’innovation en Afrique, et particulièrement en Côte d’Ivoire.
Pour Jeanne Deghilage, Project Manager chez Digital Africa pour le programme AI for Startups, l’enjeu est fondamental. « On est convaincu qu’énormément d’innovation et de création de valeur peut passer par l’exploitation des données. Mais aujourd’hui, l’un des principaux obstacles reste l’accès à des données suffisamment exploitables, notamment pour des usages en intelligence artificielle », a-t-elle expliqué. Elle souligne également la fragmentation actuelle des données, marquée par l’absence d’harmonisation dans les méthodes de collecte et de partage. D’où la nécessité de réunir les différents acteurs de l’écosystème afin de faire émerger des cas d’usage concrets, capables de démontrer la valeur réelle de la data pour le développement des startups.
Au cœur des discussions, la question sensible de la protection des données à caractère personnel. Un sujet qui, selon Jeanne de Guilla, a un impact direct sur la structuration des startups.« La régulation peut sembler contraignante, surtout pour de jeunes entreprises, mais elle peut aussi devenir un véritable cadre favorable à l’innovation, à condition d’être bien comprise et accompagnée », a-t-elle insisté. Elle a également tenu à rappeler que toutes les données utilisées dans l’innovation ne sont pas nécessairement personnelles. Dans des secteurs comme l’agri-tech, la climate-tech, l’energy-tech ou encore la food-tech, de nombreuses innovations reposent sur des données géospatiales, climatiques, satellitaires ou issues de capteurs, offrant ainsi de larges opportunités sans porter atteinte à la vie privée des individus.
De son côté, Philippe Moh, Directeur général de Data 354 Côte d’Ivoire, a mis l’accent sur la nécessité d’un cadre réglementaire clair et fiable. « Pour partager les données et permettre aux startups d’y accéder, il faut avant tout instaurer un cadre de confiance, avec une gouvernance précise sur l’usage, le type de données, les modes de partage et les responsabilités des différents acteurs », a-t-il affirmé.
Selon lui, la donnée est transversale et essentielle à tous les secteurs. Le focus mis sur l’agri-tech lors de cette rencontre s’explique par son rôle stratégique dans la sécurité alimentaire, la nutrition et le développement économique. « Les données sur les sols, les pluies, les vents ou la qualité des terres permettent de développer des modèles prédictifs pour une agriculture plus efficiente et mieux adaptée aux réalités locales », a-t-il ajouté.
Les échanges ont également mis en lumière les défis majeurs auxquels font face les startups, notamment le coût élevé de la collecte, de la structuration et de l’exploitation des données. Un obstacle de taille pour de jeunes entreprises souvent limitées en ressources.
Pour Philippe Moh, l’intelligence artificielle représente pourtant une opportunité transversale majeure. « La donnée est l’essence même de l’intelligence artificielle. Santé, agriculture, industrie, climat, environnement… tous ces secteurs peuvent bénéficier de modèles prédictifs et d’outils d’aide à la décision basés sur l’IA », soutient-il.
Cette rencontre a été rythmée par des panels, des partages d’expériences et des discussions interactives, renforçant la dynamique de collaboration entre acteurs publics, privés et startups.
Cyprien K.

