L’audience relative à l’affaire de tentative de meurtre de sa Majesté Assemien Nogbou s’est tenue le jeudi 27 février 2026 au Tribunal de première instance (Tpi) de Bingerville. À l’issue des débats, le parquet a ordonné le renvoi du dossier au 11 mars prochain afin de permettre l’achèvement des formalités judiciaires et la poursuite de la procédure devant la juridiction criminelle compétente.
Selon Me Assamoi, avocat de la partie civile, la durée de la procédure s’explique par les différentes voies de recours exercées par la défense. La procédure avait été clôturée par un arrêt de la Cour d’appel en matière d’instruction criminelle, avant qu’un pourvoi en cassation ne soit introduit. Ce recours ayant été rejeté par la Cour de cassation, l’arrêt de renvoi devant le tribunal criminel est désormais définitif. L’avocat a par ailleurs tenu à préciser que la comparution des accusés n’était pas spontanée, mais faisait suite à des convocations émises par la brigade de gendarmerie, avec l’assistance logistique de la partie civile.
Présent à cette audience, M. Tchobgê Jean, doyen de la famille royale, a livré un témoignage circonstancié sur les événements survenus en 2019 au village d’Ebrah. Il a décrit une attaque d’une rare violence visant directement le souverain et sa famille, marquée par des tirs à l’arme à feu, des agressions à l’arme blanche et des tentatives répétées d’incendie de la résidence royale alors que le roi, la reine-mère et plusieurs membres de la famille se trouvaient à l’intérieur. Il a affirmé avoir entendu des coups de feu et vu des blessés, dont certains portent encore des balles attestées par des certificats médicaux.
Le témoin a également évoqué l’incendie volontaire du véhicule de sa Majesté Assemien Nogbou, entièrement consumé après que des assaillants ont utilisé des bidons d’essence, ainsi que la destruction du robinet d’arrivée d’eau afin d’empêcher toute extinction des flammes. Pour la famille royale, ces actes traduisent une volonté manifeste d’ôter la vie au souverain, bien au-delà d’un simple trouble à l’ordre public.
Selon les déclarations faites à l’audience, l’origine de l’affaire serait liée à un conflit foncier. Des accusations de vente illégale de terres avaient été portées contre sa Majesté Assemien Nogbou, sans qu’aucune preuve n’ait pu être apportée. Les autorités administratives de l’époque, saisies du dossier, avaient demandé des éléments probants qui n’ont jamais été fournis. Face à l’échec des tentatives de destitution par des voies administratives ou coutumières, les opposants auraient alors opté pour une action violente afin d’écarter le souverain, perçu comme un obstacle à l’appropriation et à la vente des terres du village.
Un autre membre de la famille royale a pour sa part dénoncé ce qu’il qualifie de cabale organisée. Pour lui, les événements constituent un véritable coup de force visant à imposer une nouvelle autorité afin de faciliter « la spoliation des terres villageoises. »
Du côté des accusés, peu de déclarations ont été enregistrées. L’un d’eux, Kouassi Kouassi Jacques, a déclaré avoir servi Sa Majesté Assemien Nogbou pendant plus d’une décennie avant de se retrouver devant la justice. Il a été interrompu par ses coaccusés. Un autre prévenu a indiqué s’en tenir strictement aux propos du procureur, refusant toute déclaration supplémentaire.
Le renvoi de l’affaire au 11 mars prochain maintient la tension autour de ce dossier sensible, où s’entremêlent justice pénale, chefferie traditionnelle et enjeux fonciers. La prochaine audience est attendue comme une étape décisive dans la manifestation de la vérité sur des faits qui ont profondément marqué la communauté d’Ebrah.
Il est bon de noter que cinq (05) des quatorze (14) accusés étaient absents. Le président de séance a tenu à préciser que l’annonce de la nouvelle date tient lieu de convocation individuelle pour des accusés qui, la gravité des faits, ne sont pas détenus… et comparaissent libres. Une situation qui interroge.
JB

