Des étudiants issus de plusieurs établissements de la capitale économique ivoirienne ainsi que des passionnés de musique ont pris part ce lundi 22 Juin 2026 à la célébration de la 45e édition de la Fête de la Musique au Centre sportif culturel des TIC ivoiro-coréen Alassane Ouattara (CSCTICAO) à Cocody. Organisée en collaboration avec l'Institut national supérieur des arts et de l'action culturelle (INSAAC), cette édition était placée sous le thème : '' Création musicale et Intelligence artificielle''
Panels, prestations artistiques, battles et activités culturelles ont rythmé cette journée consacrée à la réflexion sur les mutations que connaît aujourd'hui l'industrie musicale sous l'effet des nouvelles technologies.
À l'ouverture de cette célébration, le Directeur général de l'INSAAC, Siaka Ouattara, a souligné l'importance pour les établissements de formation artistique d'intégrer les nouveaux outils numériques dans leurs programmes tout en préservant l'essence même de la création artistique.
'' Pour nous, établissements de formation artistique et culturelle, cette évolution constitue à la fois un défi et une opportunité. Le défi est de préparer nos apprenants à maîtriser ces nouveaux outils avec discernement. L'opportunité est de leur permettre d'explorer des horizons créatifs inédits, sans jamais perdre de vue que la sensibilité, l'émotion, l'inspiration et la vision artistique demeurent l'apanage de l'être humain '', a-t-il déclaré.
Selon lui, l'avenir de la création artistique repose sur une alliance harmonieuse entre innovation technologique et génie créateur. Il a également salué l'engagement des artistes, enseignants, chercheurs, producteurs, techniciens et étudiants qui contribuent quotidiennement au rayonnement de la culture ivoirienne.
''Je forme le vœu que les échanges de ce jour nourrissent une réflexion féconde sur les enjeux de la création musicale à l'ère du numérique et ouvrent la voie à de nouvelles collaborations entre nos institutions '', a-t-il souhaité.
Le Directeur général de l'INSAAC a par ailleurs rappelé le rôle fondamental de la musique dans les sociétés humaines.
''La musique est l'une des expressions les plus universelles du génie humain. Elle transcende les frontières, rapproche les peuples et porte les aspirations, les émotions et l'identité des sociétés. En la célébrant aujourd'hui, nous rendons hommage à tous ceux qui, par leur talent et leur créativité, enrichissent notre patrimoine culturel '', a-t-il affirmé.
Au cours d'un panel consacré à l'intelligence artificielle et à la création musicale, le professeur de musique Koné Donatien a insisté sur les limites de l'IA face à l'inspiration humaine.
'' L'IA est un moteur statistique et génère de la moyenne. L'IA ne se réveille pas avec l'envie de parler de résilience. Elle réagit en fonction des données qu'on lui donne parce qu'elle ne réagit pas face à un public et ne fait pas de création culturelle '', a-t-il expliqué.
Pour l'enseignant, la richesse de la musique ivoirienne réside dans sa spontanéité et son caractère profondément humain.
'' La musique ivoirienne est spontanée et expressive. Vous êtes des artistes incarnés, vous créez l'exception. Chaque musicien est une exception, une singularité, alors que l'IA produit de la moyenne '', a-t-il soutenu.
Poursuivant son analyse, il a indiqué que la qualité d'une œuvre musicale demeure avant tout liée à la qualité de son créateur.
'' Pour pouvoir produire une musique de qualité, il faut être un musicien de qualité. L'IA est une étape entre deux humains '', a-t-il ajouté.
Intervenant à son tour, le Directeur général du CSCTICAO, Patrice Remarck, a invité les participants à percevoir l'intelligence artificielle comme un nouvel instrument au service de la créativité.
'' Nous vivons un moment historique. L'intelligence artificielle peut aujourd'hui composer des mélodies, générer des voix, créer des arrangements, mixer des sons, analyser des émotions, produire des clips, suggérer des paroles et diffuser des œuvres à l'échelle mondiale. La musique entre dans une nouvelle ère. Mais cette nouvelle ère ne doit pas nous effrayer. Elle doit nous responsabiliser'', a-t-il déclaré.
Selon lui, l'intelligence artificielle doit servir à renforcer le potentiel créatif des artistes sans jamais se substituer à eux.
'' L'intelligence artificielle ne doit pas remplacer l'artiste. Elle doit augmenter l'artiste. Elle ne doit pas tuer la créativité humaine. Elle doit l'élargir. Elle ne doit pas effacer nos rythmes africains. Elle doit contribuer à les préserver, à les documenter, à les enseigner, à les transmettre et à les faire rayonner '', a-t-il affirmé.
Le Directeur général du CSCTICAO a également mis en avant les enjeux économiques liés à la transformation numérique du secteur musical. Il a exhorté les artistes à s'intéresser davantage aux questions de droits d'auteur, de propriété intellectuelle, de distribution numérique et de monétisation des œuvres afin de mieux tirer profit des opportunités offertes par les nouvelles technologies.
EA

