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Société Publié le vendredi 3 juillet 2026 | Abidjan.net

96% des Ivoiriens estiment que l’homme doit seul nourrir sa famille (rapport OCDE/UNESCO)

 96% des Ivoiriens estiment que l’homme doit seul nourrir sa famille (rapport OCDE/UNESCO)
© Abidjan.net Par DR
96% des Ivoiriens estiment que l’homme doit seul nourrir sa famille (rapport OCDE/UNESCO)
En Côte d’Ivoire, pays pourtant champion africain de l’égalité juridique entre les sexes, les mentalités peinent à suivre l’évolution des lois.

En Côte d’Ivoire, pays pourtant champion africain de l’égalité juridique entre les sexes, les mentalités peinent à suivre l’évolution des lois. Selon un rapport inédit de l'OCDE et de la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » (CUEFPOD) publié le 30 juin 2026, 96 % des Ivoiriens estiment qu’un homme doit subvenir seul aux besoins financiers de sa famille. Une pression sociale écrasante qui engendre un stress chronique chez 90 % d’entre eux.

 Intitulée « Masculinité et égalité femmes-hommes : Perspectives de la Côte d'Ivoire et du Sénégal », cette étude s'appuie sur une enquête nationale représentative de 1 530 ménages ivoiriens, une première mondiale pour ce cadre de mesure de l'OCDE.

 L'apport majeur du rapport réside dans la mise en lumière d'un décalage, baptisé « écart silencieux », pouvant atteindre 30 points entre les convictions personnelles réelles des individus et ce qu’ils s'imaginent être la norme attendue par leur entourage. En Côte d'Ivoire, les sondés surestiment systématiquement le conservatisme des hommes et sous-estiment le progressisme des femmes.

 Pour les auteurs, corriger ces erreurs de perception offre un espace d'action publique majeur pour enclencher un basculement collectif, la majorité étant déjà plus égalitaire qu'elle ne le croit.

 L'indice des normes de masculinité du pays s'établit à 57 sur 100, masquant de fortes disparités. Le Nord d'un côté, plus conservateur (score d'environ 65), s'oppose à Abidjan et au Sud (53).

 Plus préoccupante, une fracture générationnelle émerge : les jeunes hommes (15-24 ans) affichent les niveaux d'adhésion aux normes restrictives les plus élevés, alors que les jeunes femmes du même âge se révèlent les plus progressistes. Une polarisation qui laisse présager des tensions intragénérationnelles dans les deux prochaines décennies.

 Le rapport établit par ailleurs un lien direct entre l'adhésion à ces normes rigides et les Violences Basées sur le Genre (VBG). En Côte d’Ivoire, environ 30 % des femmes et 20 % des hommes ont subi des violences conjugales au moins une fois, plus des deux tiers des survivants signalant des incidents répétés.

 Cette pression se traduit également sur la santé des hommes, dont l'espérance de vie est inférieure de près de BIEN cinq ans à celle des femmes (61,4 ans contre 66 ans), avec un taux de suicide 4,6 fois supérieur.

 « Nous devons passer d'une logique centrée sur la marginalisation des hommes à une logique de transformation relationnelle où femmes et hommes deviennent ensemble des acteurs du changement », a souligné Euphrasie Kouassi Yao, titulaire de la CUEFPOD et Conseillère Spéciale du Premier Ministre chargée du Genre.

 Selon l'indice SIGI 2023 de l'OCDE, la Côte d'Ivoire affiche le niveau de discrimination de genre le plus bas du continent africain, devançant le Rwanda, l'Afrique du Sud, mais aussi des économies avancées comme le Canada ou les États-Unis.

 « L'étude révèle l'autre face de ce bilan : les lois ont avancé plus vite que les mentalités », note le rapport, précisant que le pays est le premier au monde à disposer de telles données quantitatives représentatives au niveau national sur les normes de masculinité.


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