Le président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP), Charles Blé Goudé, a appelé les Africains à transformer la mémoire des injustices historiques en un levier de développement et de souveraineté dans une note partagée à Abidjan.net ce lundi 21 septembre 2026. Invité à intervenir sur le thème « L’Afrique face à son histoire », dans le cadre du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples, il a défendu une conception des réparations fondée sur la justice, la responsabilité et la construction de l’avenir.
Pour Charles Blé Goudé, l’Afrique se trouve à un moment de son histoire où elle ne doit plus seulement se souvenir, mais également « parler », « nommer », « comprendre » et surtout « agir ». Selon lui, le continent doit désormais transformer son histoire en force et inscrire la question des réparations dans une perspective de construction de l’avenir.
Dans son intervention, le président du COJEP établit une distinction entre la plainte et la revendication de justice. Réclamer réparation ne signifie pas, selon lui, rester enfermé dans le passé ou cultiver une posture victimaire.
« L’Afrique ne demande donc pas qu’on pleure avec elle », affirme Charles Blé Goudé, qui appelle plutôt à reconnaître les faits historiques, à en assumer les conséquences et à créer les conditions d’un avenir plus juste.
Le dirigeant politique rappelle à cet effet l’ampleur de la traite transatlantique. Citant la base de données historique Slave Voyages, il évoque environ 12,5 millions d’Africains embarqués de force vers les Amériques, dont environ 10,7 millions auraient survécu à la traversée.
Pour Charles Blé Goudé, la question des réparations ne peut cependant être limitée à une compensation financière. Elle doit également englober les dimensions historique, mémorielle, culturelle, éducative, institutionnelle, économique et sociale.
Il cite notamment la reconnaissance officielle des faits, la conservation de la mémoire, la restitution des biens culturels, l’accès aux archives, une meilleure représentation de l’Afrique dans les institutions internationales et, lorsque cela est envisagé, des mécanismes financiers destinés à corriger certaines conséquences des injustices historiques. « La réparation n'est pas un retour vers le passé. Elle est une politique de transformation du présent », soutient-il.
Dans son intervention, Charles Blé Goudé inscrit également cette revendication dans la dynamique de l’Union africaine. Il rappelle que l’organisation continentale a consacré 2025 à la « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par les réparations ».
Il souligne par ailleurs le rôle joué par le Togo dans le portage diplomatique de cette question, notamment à travers l’action du président togolais et du ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey. Une conférence consacrée au panafricanisme et aux réparations avait notamment été organisée à Londres en avril 2025 avec l’Union africaine.
Le président du COJEP met toutefois en garde contre une lecture de l’histoire qui conduirait l’Afrique à justifier son immobilisme par les injustices du passé. Pour lui, les Africains doivent être capables de porter simultanément une revendication de justice et une exigence de responsabilité. « Nous exigeons justice pour ce qui nous a été fait » mais « nous prenons nous-mêmes la responsabilité de ce que nous allons faire de notre avenir », résume-t-il.
Dans cette perspective, d’éventuels mécanismes de réparation devraient contribuer à financer des secteurs stratégiques : écoles, universités, centres de recherche, hôpitaux, infrastructures ferroviaires, ports, réseaux énergétiques et numériques. Charles Blé Goudé insiste également sur la nécessité de transformer localement les matières premières africaines afin de sortir de la dépendance à l’exportation de produits bruts.
Le plaidoyer du président du COJEP comporte également une dimension institutionnelle. Il établit un lien entre réparation historique et représentation de l’Afrique dans les grandes institutions internationales.
La réforme du Conseil de sécurité des Nations unies et l’obtention d’une représentation africaine permanente sont notamment citées comme des éléments de cette bataille pour une nouvelle justice internationale.
Sur le terrain de la mémoire, Charles Blé Goudé plaide pour l’enseignement d’une histoire africaine complète, qui rende compte des grandes civilisations, des empires, des royaumes, des savants, des penseurs et des résistants africains, sans pour autant occulter les responsabilités africaines lorsqu’elles ont existé dans les mécanismes de traite.
Au terme de son intervention, Charles Blé Goudé pose la question de l’utilisation qui pourrait être faite des réparations obtenues.
L’enjeu, selon lui, n’est donc pas uniquement de savoir « combien l’Afrique peut-elle obtenir ? », mais surtout de déterminer ce qu’elle peut devenir si elle transforme cette revendication en projet de civilisation.
Le président du COJEP appelle ainsi à passer « de la complainte à l’exigence », « de la mémoire à l’action », « de la victimisation à la responsabilité », « de la dépendance à la souveraineté » et « de la revendication à la construction ».
Pour Charles Blé Goudé, l’Afrique doit utiliser tous les leviers à sa disposition à savoir justice, diplomatie, coopération, savoir, ressources, intégration régionale et réparations pour construire elle-même son avenir. « C'est demander justice pour pouvoir construire. C'est transformer la mémoire en puissance. C'est transformer la réparation en développement. C'est transformer l'histoire en avenir », conclut-il.
Cyprien K.

