La Banque mondiale entend moderniser le parcours de soins et améliorer la prise en charge des patients sur l’ensemble du territoire ivoirien à travers le Dossier Patient Informatisé (DPI) porté par le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture Maladie Universelle.
Le dispositif a été présenté en marge des Journées Portes Ouvertes (JPO) 2026 du Groupe de la Banque mondiale, ce lundi 21 septembre 2026 à la Patinoire du Sofitel Hôtel Ivoire, autour du thème : « Emplois et opportunités : Construire ensemble pour une croissance inclusive ».
Selon le sous-directeur en charge de la Santé digitale au ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture Maladie Universelle, Kouakou Alain, le DPI vise à systématiser le parcours du patient, qui reposait traditionnellement sur des dossiers et registres papier. « Lorsqu’un patient arrive dans un centre de santé, il est enregistré dans la plateforme. Il effectue les paiements nécessaires avant d’être orienté vers les soins », a-t-il expliqué.
Le système permet également de retrouver le dossier d’un patient lorsqu’il revient dans le même établissement ou lorsqu’il se rend dans un autre centre équipé. Les informations relatives à son parcours peuvent ainsi être consultées afin d’assurer la continuité de sa prise en charge.
Le déploiement du DPI a démarré par une phase pilote en 2018 avant de s’étendre progressivement à partir de 2021. À ce jour, plus de 265 établissements de santé, tous niveaux confondus, sont concernés par le dispositif.
À Boundiali, le DPI est opérationnel depuis juin 2026. Pour le Dr Kmaon Landry, médecin de santé publique au Centre de santé urbain de Boundiali, son arrivée a déjà produit des effets sur l'organisation du travail.
Le patient reçu à l'accueil dispose notamment d'un ticket imprimé et d'un identifiant qui permet de retrouver ses informations lors de ses consultations ultérieures.
Le dispositif facilite également la production des statistiques sanitaires. Alors que les agents de santé devaient auparavant consulter différents registres pour établir les rapports mensuels, les données sont désormais accessibles directement à partir de la plateforme.
« Il suffit d’un ou deux clics et tous les rapports sont disponibles », a expliqué le praticien, soulignant le gain de temps réalisé par les équipes.
La digitalisation contribue également à réduire la manipulation des archives physiques et à faciliter l'accès aux informations relatives aux patients. À Boundiali comme dans les centres situés dans les zones plus éloignées, les premiers retours recueillis auprès des agents de santé sont globalement favorables.
Au-delà du DPI, la Banque mondiale accompagne également la Côte d’Ivoire dans le renforcement de la couverture sanitaire et de la protection financière des populations.
Dr Ouattara Mariam, économiste de la Santé à la Banque mondiale, a rappelé que l’objectif est notamment de permettre aux populations vivant en Côte d’Ivoire d'accéder aux services de santé sans être exposées à des dépenses trop importantes.
Le programme actuellement financé par la Banque mondiale est doté de 800 millions de FCFA et a débuté en 2023. Sa première phase, prévue sur la période 2023-2028, vise notamment à renforcer la demande de services de santé et l’adhésion des populations aux mécanismes de protection financière.
Parmi ces mécanismes figure la Couverture maladie universelle (CMU), présentée comme un instrument de solidarité nationale permettant de mutualiser les contributions afin de faciliter l'accès aux soins.
Selon Dr Ouattara Mariam, les actions menées dans ce cadre ont contribué à l'augmentation du nombre de personnes enrôlées. La Côte d’Ivoire compte désormais plus de 26 millions d’enrôlés à la CMU, a-t-elle indiqué.
La transformation numérique et l’amélioration de l'accès aux soins ne concernent pas uniquement les grandes agglomérations.
Dr Ouattara Mariam a notamment cité l'expérience de See Your Baby, un projet expérimenté dans certaines zones rurales afin de faciliter le suivi des grossesses et l'accès à certains services essentiels.
Elle a souligné que des populations vivant dans des villages éloignés peuvent être confrontées à d'importantes distances avant d'accéder à un établissement sanitaire. Dans ces zones, l'objectif est donc de rapprocher les services essentiels des populations.
La démarche repose sur une logique d'expérimentation : les projets sont d'abord testés sur certains territoires avant une éventuelle mise à l'échelle. La décision finale appartient au gouvernement ivoirien, qui demeure le principal responsable de la définition des priorités et de la conduite des interventions.
Malgré les avancées enregistrées, le déploiement du DPI reste confronté à certains défis, notamment dans les zones où la connectivité internet peut être insuffisante.
À Boundiali, le Dr Kmaon Landry reconnaît que des problèmes de réseau peuvent occasionnellement ralentir le fonctionnement de la plateforme. Il estime toutefois que ces difficultés ne remettent pas en cause l'intérêt du dispositif.
Pour lui, la poursuite de l'accompagnement technique et la consolidation du système permettront de renforcer progressivement son efficacité.
Cyprien K.

