Vingt-cinq professionnels des musées ouest-africains ont participé à un atelier de renforcément de leurs compétences en matière d’inventaire, de documentation et de protection des collections muséales en période de crise du 1er au 3 octobre 2026 à Grand-Bassam.
Organisé autour du thème « Protection des collections en temps de crise : documentation et inventaire muséal comme outils de résilience », cet atelier international visait à répondre à un enjeu majeur pour les institutions muséales de la sous-région à savoir disposer de données fiables et actualisées permettant d’identifier, de tracer et de sécuriser les collections patrimoniales, notamment en cas de sinistre, de pillage ou de toute autre situation d’urgence.
Dans de nombreux musées ouest-africains, les inventaires demeurent en effet incomplets, obsolètes ou insuffisamment standardisés. Une situation qui peut compliquer l’identification des biens culturels, leur sécurisation, leur conservation, voire leur restitution lorsqu’ils sont déplacés ou soustraits illicitement.
La formation a ainsi porté sur les normes et méthodes d’inventaire et de documentation des collections, l’identification des risques majeurs auxquels sont exposés les biens culturels en temps de crise, ainsi que la gestion de l’information documentaire dans les situations d’urgence. Elle a également mis l’accent sur l’utilisation d’outils numériques adaptés à l’inventaire et à la sauvegarde des données, ainsi que sur la nécessité pour les institutions muséales de disposer de plans d’urgence et de protocoles de protection des collections.
À l’ouverture des travaux, la préfète de Grand-Bassam, Traoré Imelda, a souligné l’importance de cette rencontre pour les professionnels du secteur.
Selon elle, cette session organisée dans la ville historique de Grand-Bassam doit permettre aux institutions et professionnels des musées ouest-africains de « mieux anticiper les situations de crise » et de disposer de méthodes et d’outils nécessaires pour assurer la continuité de l’inventaire et de la documentation des collections. « Protéger ces collections en temps de crise, c’est donc bien plus que protéger des objets. C’est protéger la mémoire collective des peuples », a-t-elle déclaré, insistant sur le rôle des musées dans la préservation de l’histoire, de l’identité et de la mémoire des sociétés.
La préfète a également rappelé que l’inventaire permet de connaître les collections détenues par les institutions, tandis que la documentation permet d’en comprendre la nature, l’histoire et la valeur. « Préserver nos collections, c’est préserver notre mémoire. Documenter notre patrimoine, c’est protéger son histoire. Renforcer les compétences de nos professionnels, c’est investir dans l’avenir de nos musées », a-t-elle ajouté.
Pour Ernest Kpan, président du Comité national ivoirien du Conseil international des musées (ICOM), cette initiative s’inscrit dans les actions engagées par l’organisation en faveur du renforcement des capacités des professionnels du secteur muséal.
Créé en 1946, l’ICOM est un organe consultatif de l’UNESCO sur les questions relatives au patrimoine culturel et aux musées. L’organisation constitue également un forum d’échanges professionnels pour la promotion du patrimoine, des musées et de la profession muséale. Elle dispose notamment de comités nationaux dans plusieurs pays africains, dont la Côte d’Ivoire.
Dans le cadre de son programme de « Solidarité en temps de crise », l’ICOM Côte d’Ivoire a mobilisé, avec l’appui du Secrétariat de l’ICOM à Paris et du SAREC, cette formation destinée aux professionnels des musées ouest-africains.
Pour Ernest Kpan, l’atelier s’inscrit dans la continuité des formations organisées ces dernières années par l’ICOM Côte d’Ivoire au bénéfice des professionnels de la culture.
Tenue à Grand-Bassam, ville historique inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, la rencontre ambitionne notamment d’améliorer les pratiques professionnelles en matière de gestion, d’identification et de conservation des collections, conformément aux normes internationales d’inventaire et de documentation.
L’initiative a réuni des conservateurs, régisseurs de collections, chargés d’inventaire et de documentation ainsi que des responsables de musées nationaux, régionaux et communautaires.
Au-delà des bénéficiaires directs, les résultats attendus concernent également les institutions muséales participantes, les communautés locales et les réseaux professionnels des musées en Afrique de l’Ouest.
L’atelier a par ailleurs bénéficié d’une dynamique de coopération entre plusieurs comités nationaux de l’ICOM, notamment ceux de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Sénégal, ainsi que de l’Alliance régionale ICOM Afrique.
Cette approche collégiale traduit, selon les organisateurs, la volonté de renforcer la coopération sud-sud autour de la protection du patrimoine culturel et de l’amélioration des pratiques muséales.
À travers cette initiative, les acteurs du secteur entendent ainsi faire de l’inventaire et de la documentation non seulement des outils de gestion des collections, mais également des instruments de résilience face aux crises susceptibles de menacer le patrimoine culturel ouest-africain.
Cyprien K.

