x Télécharger l'application mobile Abidjan.net Abidjan.net partout avec vous
Télécharger l'application
INSTALLER
PUBLICITÉ

Société Publié le jeudi 8 octobre 2026 | Abidjan.net

Développement territorial : universitaires, préfets et chefs traditionnels accordent leurs regards

Développement territorial : universitaires, préfets et chefs traditionnels accordent leurs regards
© Abidjan.net Par CK
Développement territorial : universitaires, préfets et chefs traditionnels accordent leurs regards
La place de la chefferie traditionnelle dans le développement des territoires a été au centre des échanges entre universitaires, autorités administratives et chefs traditionnels, le mercredi 7 octobre 2026, à l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB) de Cocody.

La place de la chefferie traditionnelle dans le développement des territoires a été au centre des échanges entre universitaires, autorités administratives et chefs traditionnels, le mercredi 7 octobre 2026, à l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB) de Cocody.


La rencontre, organisée par le Domaine Lettres et Sciences Humaines (DLSH) de l’Académie des Sciences, des Arts, des Cultures d’Afrique et des Diasporas Africaines (ASCAD), s’est tenue à la salle Comoé du Centre Universitaire d’Études Françaises (CUEF) autour du thème : « Chefferie traditionnelle et développement territorial : regards croisés du scientifique, de l’autorité administrative et de l’autorité traditionnelle ». Elle était coordonnée par le Pr Konandri Affoué Virginie, Secrétaire d’Académie de l’ASCAD.


Au centre des discussions, la nécessité d’établir une meilleure articulation entre l’administration publique et les autorités traditionnelles. Représentant le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, M. Womblegnon Célestin, préfet de la région du Lôh-Djiboua et préfet du département de Divo, a rappelé que la chefferie traditionnelle bénéficie d’un ancrage constitutionnel à travers l’article 175 de la Constitution de 2016.


Il a cependant souligné que cette institution ne saurait être considérée comme une « administration parallèle ». Dans l’organisation territoriale, le préfet reste chargé de la coordination de l’action administrative, tandis que les chefs traditionnels jouent un rôle de proximité, notamment dans la médiation, la prévention des conflits et la cohésion sociale.


Cette complémentarité a été défendue par Sa Majesté Nanan Boka Yapi Julien, 5e vice-président du Directoire de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels (CNRCT). Pour lui, la chefferie doit être davantage associée aux initiatives de développement conduites au niveau local.


« Il ne s'agit pas de créer une autre administration. Au contraire, il faut renforcer cette collaboration-là pour que nos actions de développement, de règlement des conflits et de promotion de la cohésion sociale soient beaucoup plus efficaces sur le terrain. Les chefs traditionnels sont des porteurs de tout projet de développement. Ils ne font pas que mobiliser : avec toute la quintessence sociale et culturelle dont ils disposent, nous les accompagnons en termes de conseils et d'encadrement pour rendre l'action du gouvernement pleinement bénéfique à nos communautés », a-t-il indiqué.


Cette implication, selon lui, devrait commencer dès la conception des projets et se poursuivre jusqu’à leur réalisation complète. Elle permettrait de mieux intégrer les réalités socioculturelles propres aux différentes communautés.


La réflexion a également été abordée sous l’angle scientifique. Le Pr Agnissan Assi Aubin, socio-anthropologue et directeur de l’Institut des Sciences Anthropologiques de Développement (ISAD) de l’UFHB, a mis en évidence les différences entre les systèmes de référence de la chefferie traditionnelle et ceux de l’administration moderne.


« Lorsque l'on regarde "chefferie traditionnelle" et "développement local", cela nous renvoie à deux univers de rationalité différents : l'un gouverné par le droit coutumier et l'autre par le droit positif. Pour dépasser ce conflit de lecture et passer d'une situation d'antinomie à une collaboration intégrée, j'ai convoqué deux paradigmes : la rationalité historique de Max Weber et la complexité d'Edgar Morin », a-t-il expliqué.


Le socio-anthropologue a également insisté sur l’importance du capital humain et de l’organisation dans la construction du développement. « Si certains pays sont développés aujourd'hui, ce n'est pas seulement parce qu'ils détiennent un potentiel naturel, mais grâce au capital humain. Le développement implique trois choses : la gestion des hommes, la gestion du temps par la planification, et la gestion de l'espace par l'aménagement. Lorsque ces trois éléments sont organisés et fédérés, le développement apparaît comme une propriété émergente. Il n'est que le produit conjugué de l'organisation », a-t-il ajouté.


De son côté, le Pr Kouakou N’Guessan François, représentant l’ASCAD, a soutenu l’intérêt d’une analyse critique des modèles de développement. Il a notamment mis en avant les savoirs endogènes et les valeurs culturelles comme des éléments pouvant contribuer à un développement humain durable.


Les travaux, modérés par le Pr Kouadio Jérémie, ont débouché sur plusieurs propositions. Les participants ont recommandé la clarification des domaines d’intervention de chaque acteur à travers un référentiel formel associant préfets, collectivités territoriales et autorités traditionnelles.


La création de cadres permanents de concertation, notamment au sein des Conseils de sous-préfecture, a également été proposée pour faciliter la gestion des conflits fonciers et communautaires. Les participants ont enfin insisté sur la nécessité de renforcer la formation des différents acteurs, avec une meilleure connaissance des réalités socioculturelles locales par le corps préfectoral et une appropriation du cadre juridique moderne par les autorités traditionnelles.


Cyprien K. 

PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Playlist Société

Toutes les vidéos Société à ne pas rater, spécialement sélectionnées pour vous

PUBLICITÉ