La mobilisation des financements, le renforcement des ressources des collectivités territoriales et le développement de partenariats avec le secteur privé se sont imposés au cœur de la 4e édition du Salon des collectivités territoriales tenue ce jeudi 15 octobre 2026 .
Placée sous le thème « Transfert de compétences et de ressources pour une décentralisation renforcée et accélérée, gage de territoires plus efficaces et autonomes », cette rencontre met en lumière les conditions nécessaires pour transformer les responsabilités des collectivités en projets concrets, capables de stimuler l’investissement et d’améliorer les conditions de vie des populations.
Au-delà du principe de décentralisation, les allocutions prononcées à l’ouverture ont mis en évidence un enjeu central , permettre aux communes, aux régions et aux districts d’assumer pleinement leurs responsabilités, sans décalage entre les missions qui leur sont confiées et les ressources nécessaires à leur réalisation.
Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général de corps d’armée Vagondo Diomandé, a rappelé que la loi n° 2003-208 du 7 juillet 2003 portant transfert et répartition de compétences de l’État aux collectivités territoriales a consacré le transfert de compétences dans 16 domaines d’intervention. Plus de vingt ans après l’adoption de ce texte, la question des moyens demeure déterminante pour assurer l’efficacité de l’action publique locale.
Pour le ministre, le transfert de compétences ne saurait se limiter à une répartition juridique des responsabilités. Il doit s’accompagner de ressources humaines, financières et matérielles permettant aux collectivités d’améliorer concrètement les services publics et les conditions de vie des populations. L’urbanisation, le changement climatique, la transformation numérique et les défis liés à l’emploi des jeunes renforcent la nécessité d’adapter les politiques locales aux réalités des territoires.
La présidente du Sénat, Kandia Camara, a également insisté sur la nécessité d’assurer une cohérence entre les compétences confiées aux collectivités et les moyens mis à leur disposition. Elle a relevé que la décentralisation a contribué à rapprocher l’administration des citoyens, à responsabiliser les élus et à faire émerger des pôles de développement, tout en soulignant que les acquis doivent être consolidés.
La construction et l’entretien des écoles, l’amélioration des services de santé ou encore l’entretien de la voirie nécessitent des financements suffisants, des compétences techniques et des outils de gestion adaptés. Pour la présidente du Sénat, l’accélération de la décentralisation repose notamment sur trois leviers : l’adéquation entre les compétences transférées et les ressources, le renforcement de la mobilisation des recettes propres grâce à une fiscalité locale plus performante et le développement des capacités humaines et techniques des administrations territoriales.
Cette autonomie accrue doit toutefois s’accompagner d’exigences en matière de gouvernance. Kandia Camara a rappelé que l’augmentation des moyens doit aller de pair avec davantage de transparence, de redevabilité et un contrôle plus rigoureux de l’action publique.
Dans cette perspective, elle a annoncé que le rapport de la mission d’évaluation de la mise en œuvre de la loi de 2003, conduite du 6 février au 28 mars 2025 par la Commission d’évaluation des politiques publiques du Sénat, serait débattu en séance publique dans les prochaines semaines. Les recommandations issues du Salon international des collectivités territoriales organisé par le Sénat en mars 2026 doivent également faire l’objet d’un examen en séance publique.
Du côté des maires, l’accent est également mis sur la nécessité de traduire les engagements en mesures concrètes. Le président de l’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire (UVICOCI), Amadou Koné, a salué les efforts financiers consentis par le gouvernement en faveur des collectivités territoriales, faisant état d’une augmentation importante des ressources mises à leur disposition cette année.
Il a par ailleurs indiqué que près de 14 textes, notamment des décrets relatifs au statut des élus locaux et des maires, avaient été finalisés. Il a exprimé le souhait de voir ces textes signés avant la fin de l’année afin de permettre aux élus d’exercer pleinement les compétences qui leur ont été transférées.
Pour les collectivités, l’enjeu est de disposer d’un cadre réglementaire et de ressources qui leur permettent de mieux planifier leurs investissements et de répondre aux besoins des populations. Les infrastructures, le logement, les équipements culturels et sportifs ainsi que les initiatives liées au climat figurent parmi les domaines dans lesquels des partenariats peuvent être développés.
Le président de l’Assemblée des régions et districts de Côte d’Ivoire (ARDCI), Eugène Aka Aouélé, a, pour sa part, souligné l’importance de poursuivre le dialogue entre l’État et les collectivités territoriales. Il a appelé les participants à formuler des recommandations réalistes, à identifier les obstacles à l’efficacité de l’action locale et à proposer des solutions adaptées aux réalités des territoires.
Au-delà du financement public, le Salon des collectivités territoriales entend favoriser les partenariats entre les administrations locales, le secteur privé, la société civile et les partenaires internationaux.
La commissaire générale, Penda Dramera, a rappelé que le développement territorial ne peut se construire durablement sans une mobilisation de l’ensemble de ces acteurs. Les collectivités ont besoin de partenaires financiers, d’entreprises innovantes et de la coopération internationale pour partager les expériences, concevoir des projets et mobiliser les investissements nécessaires à leur réalisation.
L’objectif est de faire de ce rendez-vous un espace de dialogue débouchant sur des projets concrets, tout en renforçant le positionnement d’Abidjan comme un carrefour de la coopération décentralisée.
Le maire de Port-Bouët, Sylvestre Emmou, a également plaidé pour une clarification des compétences transférées et une application rigoureuse des textes. Il a estimé que chaque collectivité doit connaître précisément l’étendue de ses responsabilités, tandis que les relations entre l’État, le Parlement, les districts autonomes et les collectivités doivent reposer sur le dialogue, la concertation et le respect des prérogatives de chaque institution.
En ouvrant officiellement cette quatrième édition, Kandia Camara a ainsi placé les enjeux de financement, de gouvernance et de responsabilité au centre des réflexions sur l’avenir de la décentralisation ivoirienne. Les recommandations attendues des travaux devront contribuer à rapprocher les moyens disponibles des besoins des territoires, avec pour objectif une action publique locale plus efficace, une meilleure mobilisation des investissements et des populations mieux servies.
JB

