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"L’Atonvlê" ou le rituel de purification de la jeune fille chez les baoulé ( Reportage)

Publié le vendredi 25 janvier 2019  |  AIP


Chez les baoulé Sakiaré ou Landjira de la région du N’zi, la jeune fille pubère doit subir l’« Atonvlê », un rituel de purification selon les us et coutumes des peuples akan qui consacre sa féminité, période avant laquelle tout acte sexuel lui est interdit de peur d'une grossesse qui va déshonorer la famille. A Tanohakakro dans le département de Dimbokro ce rituel résiste à l'usure du temps comme il a été donné de voir à l'occasion de la fête de la Saint Sylvestre.

Le village de Tanohakakro, ce vendredi 28 décembre, en dépit d’un froid d’harmattan qui fait grincer des dents, connait une animation singulière. Le brouillard matinal, accompagné du vent sec chargé de particules de poussière ne fait pas oublier la joie qui se lit sur les visages des habitants. Dans les différents foyers, les femmes, jeunes et vieilles, réveillées de bonheur heure, s’activent dans les cuisines pour la préparation des repas. Signe des événements des grands jours. Pendant que les enfants courent et se faufilent entre les jambes de leurs mères, les nourrissons, abandonnés au fond de la case, de temps en temps, rappellent par des pleurs à leurs mères leur présence.

Dans cette ambiance matinale ou les derniers habitants endormis sont tirés dans leur sommeil par les bruits des ustensiles de cuisines, l’attoungblan, le tam-tam parleur, installé sous le grand fromager centenaire s’adresse aux habitants du village et des villages environnants. Par intermittence, dans un langage que seuls les initiés peuvent décrypter, il annonce la survenue de cet événement majeur dans le bourg.

Pendant ce temps, la notabilité qui a fait au grand complet le déplacement s’active. Le grand chef de la tribu Sakiaré, Nanan N’gahi Pindrin entouré du chef de terre Okou Koffi, du chef de village Bangoh Djê Jean-Baptiste, du chef résident Nanan Koffi Kouamé Benjamin et de certains notables, tous drapés dans de beaux pagnes kita, discutent, sirotant une boisson forte, comme pour atténuer les effets de ce vent glacial venu du nord.

« Chaque année, en période de saison sèche, à l’approche des fêtes de noël, de nouvel an ou à pâques, les jeunes filles doivent subir l’Atonvlè, une cérémonie du lavage, de purification», a confié Nanan N’gahi Pindrin, entre deux gorgées d'une boisson frelatée que lui a servie un jeune homme accroupi au milieu du cercle que forment les gardiens de la tradition pour justifier cette fièvre qui s’est emparée du petit village de Tanohakakro.

Cette année plusieurs jeunes filles du village dont la jeune Aya Marina, élève en classe de 4ème dans un collège de la place doivent subir L’Atonvlè, ce test des anciens. Une pratique coutumière qui caractérise le peuple baoulé. Il a fait remarquer que dans certaines localités, les parents, lorsqu’ils veulent procéder à cet rituel consultent les oracles pour savoir s’il faut verser de l’eau ou jeter un morceau de pagne sur la jeune fille. « C’est après cette étape que les parents avisent le chef du village pour l’organisation de la cérémonie. Le jour décidé, la dame chargée du rituel se rend très tôt chez les parents de la jeune fille », a-t-il indiqué..

Au premier chant du coq, les jeunes filles ont été réveillées par des vieilles femmes qui les aspergent d’eau initialement conservée pour la circonstance, tout en prononçant les paroles suivantes. « Tes parents te donnent l’autorisation dès aujourd’hui pour aller avec l’homme de ton choix ». Elles sont ensuite conduites, de gré ou de force, dans la douche par une de ces vielles femmes, mère de nombreux enfants pour un bain, a expliqué le chef coutumier, précisant qu’au temps ancien la jeune fille devait pleurer lorsqu’on lui jette l’eau sinon elle était battue jusqu’aux larmes.

Après cette toilette, les jeunes filles sont parées de pagnes de valeur, pour être célébrées par le village et les amies. Chants et danses sont organisés en l’honneur de ces jeunes personnes qui viennent ainsi d’obtenir leur passeport pour avoir des rapports sexuels, sans risque d’être bannie. A plusieurs reprises, durant la cérémonie, elle font la pédicure, la manucure, le maquillage des jeunes filles et les habillent.

Sans avoir accompli ce rituel, une fille ne doit pas avoir de rapports sexuels au risque de tomber enceinte et engendrer un enfant qui ne sera jamais admis dans le village, a précisé la laveuse du jour, qui a procédé au baptême d’Aya Marina, la vieille Kouassi N’goran, mère de 8 enfants.

« Une fille qui tombe en grossesse sans avoir été lavée, ne peut rentrer dans le village. Ni elle ni son enfant. Pire, cet enfant ne sera jamais reconnu dans le village » a-t-elle dit, l’air grave.

Selon les anciens, autrefois, le fruit d’un tel comportement était tué, pour éviter d’attirer le malheur dans le village. Et la fille « indigne » était obligée de subir la cérémonie de lavage avant de rentrer dans le village après réparation par les familles de la fille et de l’amant, auteur de la grossesse.

Le chef de tribu qui a dénoncé le comportement des jeunes filles actuelles qui, selon lui, s’adonnent à la légèreté en prenant des grossesses précoces, a affirmé que les auteurs de ce crime contre la tradition doivent s’acquitter d’une amende composée d’un mouton, d’un cabri, de 20 litres de vin de palme, de deux poulets, d’un casier de vin et d’une bouteille de Gin.

« Le corps de la jeune fille doit être préservé et comprenez que ce rituel qui fait partie de nos us et coutume permettait de lutter contre les grossesses précoces et dénotait de la bonne éducation des parents », a relevé le vieil homme.

La vieille Kouassi N’goran, tout en approuvant le dire du gardien de la tradition, a regretté que « de nos jours, des gamines de 11, 12 ou 13 ans portent des grossesses, estimant que cela constitue une véritable abomination.

Nanan Pindrin a insisté pour dire que la femme, racine de tous les peuples, doit être sécurisée et protégée. « C’est pourquoi, elle doit préserver son corps et ne pas enfanter alors qu’elle n’a pas atteint l’âge de la majorité requise », a-t-il conseillé, ajoutant que le respect du rituel de l’Atonvlè est important pour une jeune fille qui veut éviter la honte à sa famille et être la risée des habitants.

Cette abomination, Marina et sa famille ne connaîtront pas. La jeune fille vient de passer haut les mains son test de passage dans le cercle des femmes. Le torse nu, enduit de kaolin en signe de pureté, montrant des seins pointus, elle s’expose avec fierté à la convoitise des jeunes et même des adultes qui, de temps à autre, lui jettent, du coin de l’œil, un regard rapide. Juste à ses côtés, un enfant est assis pour attirer la fécondité.

La jeune fille est la première à déguster les arachides et le maïs grillés pour la cérémonie. Un poulet lui est offert et du vin de palme sont donnés à la dame qui a procédé au rituel.

Marina remercie ces géniteurs de lui avoir permis d’avoir son quitus sexuel avec honneur. Car désormais femme avec les rondeurs à faire pâlir plus d’un, elle est l’objet de toutes les convoitises. Toute la nuit, a tonné le tambour parleur pour rendre hommage à la charmante Marina et ses camarades qui ont entamé la nouvelle année, auréolées de tous les honneurs et entourées des populations qui sont à leurs petits soins.


ik/ask
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