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Politique Publié le vendredi 16 janvier 2009 | Le Quotidien d’Abidjan

Les témoignages - Laurent Gbagbo : “Pourquoi j’ai choisi l’exil”

On m`a traité de traité de jeunes bourgeois qui veut fuir le lieu de combat. Là aussi, je savais que c`était le chemin. Donc, premièrement, j`avais convaincu les camarades qu`il fallait mener le combat pour la démocratie. Deuxièmement, je les convaincs qu`il faut que l`un d`entre nous aille en exil. Après quelques heures de discussion, ils ont accepté et c`est moi qui a été naturellement désigné. Je pars donc de la gare de Treichville en train, en wagon couchette. Je suis accompagné d`un camarade qui s`appelle André Kouassi alias Lokossoué, parce qu`il avait déjà fait un an à Ouagadougou. Nous sommes allés à UTA pour acheter un billet d`avion. Heureusement pour moi, j`ai rencontré quelqu`un que je connaissais et qui travaillait comme surveillant au cours Grand Jean, au Plateau chez Mme Dosso, au moment où je donnais des cours dans cette école-là. Je lui ai expliqué la situation qu`il connaissait parce qu`il écoutait la radio. Il m`a délivré le billet, sans y mettre mon nom. Nous avions peur que le siège d`Air Afrique étant à Abidjan, le terminal ordinateur ne montre que j`étais entrain de partir. Il est venu donc le lendemain m`accompagner à l`aéroport pour superviser le départ de l`avion. Je suis allé dans un petit hôtel dans le 16ème, un tout petit hôtel que je connaissais. Je suis resté là deux jours. J`ai appelé Ouraga Obou qui était à l`époque à Paris entrain de rédiger sa thèse. Il m`a rejoint et ensemble nous sommes allés chez une de mes amis …..Rodriguez qui m`a prêté une chambre. C`est de chez elle que j`ai commencé les démarches pour avoir le statut de réfugié politique. La lettre manuscrite que j`ai écrite, je l`ai publié dans un ouvrage que j`ai intitulé « Agir pour les libertés » en 1991. J`ai trouvé ce moment là très important dans ma vie. Et les choix, je ne parle pas de choix politique parce que le choix politique était déjà fait. C`est parce que le choix politique était déjà fait que je suis parti. « Gbagbo s`est sauvé De la Côte d`Ivoire. Il est allé à Paris pour demander le droit d`exil politique » « Me voici engagé dans la demande d`un droit d`asile. J`ai donc écrit cette demande en avril 1982. On m`a répondu en juillet pour me dire qu`elle m`était refusée».
« Tous les trois mois, j`allais à la police et on me délivrait un papier provisoire. Cela servait pour vérifier que je suis physiquement là. Cela servait aussi à avoir l`œil sur moi. Ça a duré jusqu`en 1985. Mais là encore, c`est Houphouët qui m`a aidé indirectement. Parce qu`en 1983, il a fait un discours qui a été très mal reçu en Franc» « Dès ce jour, ceux qui avaient mon dossier m`ont appelé pour me dire monsieur Gbagbo vous aurez votre papier d`exilé.
« Pendant l`été 1985, j`ai quitté le domicile de mon amie Jocelyne et je suis allé faire un mois chez un autre enseignant. Après, j`ai été reçu à la rue des écouffes par une dame qui a mis gracieusement à ma disposition un appartement qu`elle n`occupait pas. C`est dans cet appartement, dans le quartier des marais, que j`ai rédigé «Pour une alternative démocratique». C`était pendant l`hiver. L`ouvrage est sorti en septembre 1983. Je suis très heureux qu`il ait eu un très grand écho en Côte d`Ivoire, même s`il était échangé sous les manteaux. C`était notre première grande victoire (LG). «Outre cette publication, il a réalisé un dossier assez important dans la revue de Mongo Béty, «Peuples noirs, peuples africains». «Faut pas oublier que le ministre de l`Intérieur, à cette époque là en France, c`était Gaston Defferre qui est un ami de très longue date du président Houphouët-Boigny. Après, j`ai fait beaucoup de conférences. Mais, je me suis donné un instrument important de combat, c`est le Mouvement ivoirien pour les droits démocratiques (MIDD). C`est à l`intérieur du MIDD que j`ai recruté Don Mello en 1984 et N`Dri Marius. En 1986, c`est peut-être une coïncidence, mais il y a les élections législatives en France et la droite gagne et le président RPR Jacques Chirac devient Premier ministre. Peu de temps après Gaston Deferre meurt. C`est à ce moment-là que je reçois un coup de fil d`un commissaire qui veut qu`on parle de la Côte d`Ivoire. Alors, je me fais accompagner de mon ami Guy Labertit chez qui j`habitais déjà en ce moment-là». «Alors, je lui ai dit que mon désir le plus ardent était de rentrer dans mon pays. Mais je travaille pour y instaurer un régime démocratique»
«J`ai fait un certain nombre d`articles et d`interviews dans les journaux. Et puis, nous avons décidé de proposer un programme de gouvernement aux Ivoiriens. Les camarades en Côte d`Ivoire travaillaient dessus et on m`envoyait les articles pour faire la coordination. C`est ainsi qu`est sorti «Propositions pour gouverner la Côte d`Ivoire, dont le tome 2 ne sortira jamais». A partir de ce moment-là, j`estime que ma mission était terminée. Dans «Alternative pour une nouvelle Côte d`Ivoire», nous avions montré la voie du renouveau. La voie de l`alternance et de la démocratie. J`ai tissé des relations entre mon propre parti et le parti socialiste français. Dans le 2ème ouvrage, nous avons expliqué concrètement ce que nous voulons faire dans chaque secteur d`activité. Il ne restait plus qu`à venir en Côte d`Ivoire pour faire la révolution. Finalement, nous avons décidé que je rentre. On m`a donc envoyé un cousin Djédjé Pierre. J`ai
donc accepté de rencontrer Abdoulaye Diallo qui m`a offert un billet d`avion en 2ème classe».
«Je suis rentré le 13 septembre 1988 » (LG). « dès que j`ai mis les pieds en Côte d`Ivoire, j`ai senti qu`il y avait une grande méprise entre Houphouët et moi. Il pensait que j`étais rentré parce que j`étais fatigué de lutter. Et donc, que je venais me mettre à ses côtés. Je me trouvais sur une ligne difficile à tenir car je ne devais pas rompre avec Houphouët. Il fallait lui laisser cette initiative-là. Autour de lui, on me faisait plusieurs propositions pour être ministre. Mais, je n`étais pas venu pour ça. Je dois reconnaître que Houphouët lui-même de sa bouche ne m`a jamais proposé argent et poste. Il passait par ses collaborateurs. Pour nous, le plus important, c`était l`organisation de notre congrès pour doter notre parti de texte fondateur et de règlements intérieurs. C`était une grande affaire. Pendant mon absence, Simone Gbagbo, son épouse (ndlr) a dirigé le parti de 1982 à 1986. Il ya eu ensuite Sangaré de 86 à 88. Parce qu`à la création du parti dans la chambre de Pascal Kokora en 1982, il y avait Pascal Kokora lui-même, Aboudramane Sangaré, Simone, Boga Doudou et moi. Nous étions 5, pas plus. Celui qui prétend qu`il était là, raconte des histoires. Il nous fallait donc trouver une maison et des hommes pour être à ce congrès-là.
«Nous avons trouvé une villa dans les palmeraies de Dabou. Elle appartenait à un de nos camarades qui n`était pas membre du congrès, mais son endroit était mieux indiqué compte tenu du fait qu`il fallait se cacher. Nous avons décidé d`être 20. Nous avons essayé de choisir des étudiants, des ouvriers, des hommes d`affaires ; c`est ainsi que nous avons désigné Anaky pour représenter les hommes d`affaires. Moi-même j`étais à ce congrès, même si les rapports de police disent que je n`y étais pas. Mon épouse, ma sœur (ndlr : Jeannette Koudou), Aboudramane Sangaré, Ouraga Obou, Boga Doudou aussi y étaient» «A ce congrès, je m`appelais Santia. Ma sœur s`appelait Ibrahim. Simone s`appelait Dominique». «Nous avons travaillé samedi et dimanche pour achever le congrès par les résolutions». «C`est à partir de ce moment-là, que la sortie de la clandestinité a commencé. Avec l`arrestation d`Anaky, je n`étais plus véritablement un clandestin. J`écrivais des articles à l`AFP. J`expédiais des articles à Paris pour publication pour que notre ami ne reste pas en prison dans l`ignorance de tout le monde. Ce fût des moments pénibles. Houphouët a fait convoquer mon père, les responsables politiques bété et ceux de chez Anaky. J`ai été convoqué à une réunion, à la Présidence. J`ai dit à Abdoulaye Diallo que j`étais majeur et donc que je ne le laisserai pas manipuler mes parents. Je me suis rendu à la Présidence avec Sangaré Aboudrahamane, (ndlr) et mon épouse. C`est ce jour-là que Houphouët a sorti cette phrase terrible. Il a dit : Toi Gbagbo tu es perdu. Tu n`as rien, tu n`es rien, tu ne seras jamais rien dans ce pays. Après, on nous a envoyé à la sureté nationale où on nous a fait des photos avec des ardoises comme de vulgaires bandits. Quand j`ai été élu président, j`ai demandé qu`on m`emmène les photos. De temps en temps, je les regarde, car elle, me permettent de rester humble. Entre 1988 et 1990, on m`a mis quatre fois en résidence surveillée. Houphouët agissait par instinct. Il savait que mon arrivée ne l`arrangeait plus. Donc, quand il ne voyait pas clair dans quelque chose, il m`envoyait les policiers m`arrêter. Ça a duré longtemps. Nous étions en résidence surveillée, lorsque nous avions décidé de nous marier, de sorte que s`il arrivait quelque chose à l`un, l`autre puisse toujours poser des actes légaux au nom de la famille. Nous nous sommes mariés en janvier 1989 à la mairie de Cocody dans la plus grande discrétion.
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