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Politique Publié le jeudi 27 août 2009 | Nord-Sud

A quelques mois de la présidentielle : Gbagbo verrouille toute l`armée

Après avoir cadenassé politiquement la Cour constitutionnelle avec Yao N'Dré Paul, Laurent Gbagbo s'active en silence à verrouiller fermement l'Armée avant les élections.

«En politique, le premier qui tire est un homme mort », disait Laurent Gbagbo. La campagne électorale à venir s'annonce comme la plus palpitante de l'histoire politique moderne de ce pays. Face aux enjeux cruciaux et alors que tous ses adversaires sont sur le terrain, Laurent Koudou Gbagbo, lui, fait le mort. Il n'a pas encore annoncé sa candidature. Il n'a pas désigné son directeur national de campagne. Ni lui ni les siens n'ont publié de manifeste de campagne. Tout se passe comme si, du haut des sommets de l'olympe, il contemplait blasé, l'agitation politicienne de son pays. Erreur ! Plus que d'autres, Laurent Gbagbo est en pleine manœuvre préélectorale. Dès qu'il est arrivé de son tourisme médical chérifien, le vendredi 21 août, il s'est rendu le dimanche 23 août à Gagnoa, précisément dans la modeste sous-préfecture de Kabia, dans le canton Zabia. La raison : inaugurer le temple harriste baptisé «Eglise du Christ-Mission William Wade Harris de Kabia». Précision de taille : le donateur de cette église est le contre-amiral (général) Vagba Faussignaux. Ce chef de la marine militaire ivoirienne est aussi, sur le plan religieux, le chef-apôtre de cette église.

Dans quelques jours, de source bien informée, Laurent Gbagbo se rendra dans un autre village, cette fois à Brobo. Il va prendre part au couronnement de la mère du lieutenant-colonel Konan Boniface, comme chef de village ou comme reine. Il fera bien entendu un discours.

L'air de rien, le futur candidat Gbagbo cultive méticuleusement sa proximité avec les militaires. Ainsi, le décret d'avancement des officiers, qui était sur son bureau depuis janvier 2009, et qui attendait sa signature, a été très rapidement signé ces jours-ci et affiché. Dans la foulée, l'on s'attend à une série de nominations à des postes militaires clés, suite à ces avancements. Imperceptiblement, Laurent Gbagbo déploie ses pions militaires sur le terrain, en prévision des futures élections. Les officiers jugés fidèles et loyaux sont placés aux postes stratégiques. Ainsi, le colonel Detoh Leto Firmin a été nommé commandant des forces terrestres (Comter). Il remplace à ce poste le regretté général de brigade, Adou Akaffou Julien. Le colonel Detoh était le préfet militaire de Duékoué. Il n'était pas le favori pour ce poste. Celui qui partait avec la faveur des pronostics et la préférence du chef d'état major, c'était le colonel-major Sekou Touré, actuel chef de corps de l'Efa. Le défunt Comter, Mangou et Touré sont de la même «classe». Donc Mangou voulait remplacer le défunt par sa «classe». Selon nos informations, Gbagbo a dit niet.


Des hommes-clés aux postes-clés

Il dit qu'à ce commandement, l'un des plus importants de l'Armée ivoirienne, il veut quelqu'un qui a fait la guerre. D'où sa préférence pour Detoh Letoh. Mangou n'avait plus qu'à s'exécuter. Dès que le nouveau Comter a été nommé, l'une de ses premières décisions, a été de prendre comme chef de cabinet, c'est-à-dire comme bras droit, le commandant Zadi Nadjé. Zadi Nadjé est l'ancien chef de cabinet du général Mangou. Mangou l'avait limogé, nous le savons, pour des divergences profondes avec lui. Il soupçonnait dit-on, cet officier supérieur de travailler à le saper auprès du camp présidentiel. Que Detoh une fois nommé, nomme à son tour quelqu'un que Mangou n'aime pas mais que Gbagbo aime, est un signe. Le signe d'un contrôle plus renforcé du Palais sur l'Armée avant les élections. Au-delà des forces terrestres, le contrôle s'étend à tous les autres corps. Nous avons en mémoire le fait que le commandant Toualy Williams a remplacé le lieutenant-colonel Diarrassouba Zoumana à la tête du premier Bataillon des commandos parachutistes (1er Bcp), les fameux bérets rouge. Au deuxième Bataillon, c'est le lieutenant-colonel Alphonse Gouanou, ancien commandant des forces pré-positionnées à Bondoukou, qui a pris le commandement. Le lieutenant-colonel Diarrassouba a été muté du troisième bataillon qu'il commandait, pour l'Ecole nationale des sous-officiers d'active (Ensoa). L'ancien patron de la Société omnisports de l'armée (Soa), le lieutenant-colonel Kouamé Julien a été placé aux commandes du Bataillon de commandement et de soutien (Bcs). Pour nous, cela s'apparente à un verrouillage en règle du dispositif militaire. Les choses, risquent de ne pas s'arrêter là. Dans les milieux militaires, il est de plus en plus fait état de la possibilité de voir arriver le lieutenant-colonel Konan Boniface à la tête de l'armée ivoirienne. C'est l'officier qui monte. Après avoir commandé les Fusiliers marins commandos (Fumaco), créé de toutes pièces le Détachement Mobile D'Intervention Rapide (DMIR) pour attaquer Bouaké, il est aujourd'hui le commandant du théâtre des opérations. Et le voyage du chef de l'Etat dans le village de ce dernier, s'il est confirmé, sera appréhendé comme un adoubement par le chef suprême des armées. Selon nos sources, certains jeunes officiers, misant sur la future montée en puissance du colonel Konan Boniface, commencent à se rapprocher de lui. Chacun veut déjà se positionner dans le premier cercle au cas où. Après le verrouillage de la Cour constitutionnelle avec Yao N'Dré Paul, c'est au tour du verrouillage militaire.

Touré Moussa
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