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Politique Publié le vendredi 13 novembre 2009 | L’expression

Listing électoral

Il existe un débat relatif aux deux millions et demi de personnes qui seraient absentes des fichiers historiques utilisés pour croiser la liste des personnes enrôlées pour l’établissement du fichier électoral post-crise. Plus d’un million d’entre elles auraient été « repêchées » suite au relâchement des paramètres informatiques. Il en reste environ un million. Certains les considèrent comme étrangers donc ne devant pas figurer sur le fichier. D’autres comme ivoiriens. Notre point de vue est qu’il faut simplement permettre à ce million de personnes de figurer sur la liste électorale provisoire, donc qu’il faut considérer ces personnes comme ivoiriennes, jusqu'à ce que la preuve de leur non appartenance à la nationalité ivoirienne soit donnée. L’idée est l’établissement d’un listing électoral représentatif de la Côte d’Ivoire nouvelle et d’une paix durable. 


Cette approche se base sur trois raisons principales :



1) La première c’est qu’aux élections de l’an 2000, nous avons eu à peu près 5.000.000 d’électeurs pour une population estimée à 16.000.000 d’habitants. On ne peut aujourd’hui avoir moins de 5.000.000 d’électeurs alors que la population est passée à près de 20.500.000 personnes. C’est anachronique car dans aucun pays du monde la population ne va en s’accroissant tandis que la population électorale va en décroissant. En outre, comment serait crédible une élection avec moins de 20% seulement des personnes aptes au vote ? Ne serait-ce pas là entacher (de nouveau) la légitimité de la victoire du candidat Laurent Gbagbo ?



2) La deuxième raison c’est qu’on ne peut pas préjuger d’emblée que ces personnes soient des étrangers. Il ne faut pas oublier que dans les années passées, notamment en 1998, le recensement général de la population et de l’habitat (Rgph-98) qui avait été fait fut superficiel. Il y a des milliers de personnes qui étaient dans les forêts classées qui n’ont pas été prises en compte, il y a celles qui étaient en voyage qui n’ont pas été prises en compte et il y a des gens qui étaient là qui ont été pris en compte mais pas sous leur véritable identité car vivant sous le toit d’un chef de famille au nom différent du leur. Le recensement estimait les nombres, et ne dressait pas véritablement un listing nominatif complet. Enfin, beaucoup de personnes, en situation d’exode rural ou vivant en campements n’ont jamais jugé utile de se faire recenser ou d’avoir des papiers. Aujourd’hui, pour la première fois, nous avons l’occasion de ramener tous ces gens dans la légalité républicaine, dans le jeu politique normal, il ne faut pas les exclure une seconde fois, en préjugeant (sur quelle base ?) qu’ils seraient des étrangers. Il nous semble que dans l’optique d’une paix durable, le doute doit leur être favorable. Sinon, ni Ivoiriens ni étrangers, qui sont-elles alors ?

Enfin, la troisième raison tient de ce que le moteur interne du conflit ivoirien a tourné autour de la question identitaire. Voici une opportunité d’attaquer cette question dans la bonne direction. Il s’agit de montrer que le gouvernement ivoirien a décidé de bâtir la Côte d’Ivoire de demain sur le mode de l’inclusion et non pas sur celui de l’exclusion. Il faut donc permettre à ces gens de rentrer dans le jeu électoral normal afin que l’élection, les résultats de l’élection et le jeu électoral dans son ensemble puissent se faire sans contestation. Les solutions que nous trouvons aux différents problèmes doivent s’inscrire dans cette philosophie et doivent être des solutions durables. En conclusion, on ne peut pas prétendre détenir une majorité, et en même temps empêcher l’expression démocratique de cette majorité. Le risque démocratique est le seul à même de légitimer la victoire électorale, et de renforcer l’attachement du peuple, dans sa diversité, aux institutions et au citoyen élu. Ne l’oublions pas, la personne humaine est la plus précieuse des richesses, et il vaut mieux une paix boiteuse qu’une guerre sérieuse.

Michel Gbagbo, Enseignant



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