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Editorial Publié le lundi 4 janvier 2010 | L’intelligent d’Abidjan

Seul Allah peut arrêter Gbagbo

Une nouvelle année a commencé. Nous voilà en 2010. Une année à chiffre pair. Une année ronde avec ses zéro et le chiffre 10. Déjà les mystiques et les spiritualistes sont à la manœuvre pour donner la signification et la valeur symbolique de l’année 2010. Laissons-les avec leurs talents, leurs fortunes et infortunes, avec leurs prédictions heureuses ou funestes, pour nous intéresser à l’analyse de faits moins abstraits. Ainsi donc, nous avons 14 candidats à l’élection présidentielle. Cette élection a été envisagée pour février 2010 : (Nous irons aux élections dans deux mois), selon le chef de l’Etat Laurent Gbagbo dans son message à la Nation le 31 décembre dernier. Le problème est que la parole des acteurs politiques n’a plus de poids. Les rendez-vous manqués, les promesses non tenues sont si nombreux que les Ivoiriens, comme beaucoup d’observateurs de la vie politique nationale, ne croient plus aux professions de foi des hommes politiques. Le discours des politiques ne fait plus ‘’bander’’. Cela est une situation très grave pour le moral de la Nation et le moral des Ivoiriens. Ce moral est aujourd’hui très bas, parce qu’il n’y a plus de valeur, d’éthique, ni de repères sûrs. Il n’y a plus de sages dans le village. Nous avons brûlé nos idoles, ou plutôt nos héros et nos idoles se sont eux-mêmes brûlés et fait hara kiri. Laurent Gbagbo vient d’ajouter à ce triste tableau la fin d’un autre rêve : celui d’Houphouët. En s’attaquant au mythe de l’âge d’or, de la paix, du miracle-mirage économique en Côte d’Ivoire sous Houphouët, en relançant le procès du parti unique et de l’ancien régime, en tentant aussi de briser le mythe de Neslon Mandela, Laurent Gbagbo sait bien qu’il prend de gros risques. Mais en même temps, il constate qu’en réalité, il n’a pas grand-chose à perdre. Parce que véritablement en face de lui, il n’y a rien. Oui au niveau du débat d’idées, qu’est-ce qu’il y a ? En lieu et place des idées et des propositions audacieuses, les leaders et les acteurs politiques envoient au front des journaux et des journalistes. Mais qu’est-ce que des journaux peuvent faire comme mal à Laurent Gbagbo, là où la parole de M. Bédié ou de M. Ouattara, n’a pas pu le terrasser. Laurent Gbagbo veut encore refonder la Côte d’Ivoire. Il ne s’en cache pas. Il n’a peur de rien. Il n’a surtout pas peur de brûler notre Houphouët national ! Mais peut-on lui en vouloir quand par exemple M. Ouattara se contente du minimum. Lorsque M. Ouattara se contente d’être candidat par exception et accepte de renoncer momentanément à la modification de l’article 35. Il y a des choses non négociables pour un politique. Lorsqu’il a été déclaré éligible par Yao N’dré, M. Ouattara n’aurait-il pas pu dire qu’il n’a gagné qu’un combat mais pas la bataille. Car il y a tant de millions d’Ivoiriens encore exclus par l’article 35 de la constitution et qui n’ont pas la possibilité de servir leur pays au plus haut poste. Et voici que c’est Laurent Gbagbo, qui devient le champion, le nouvel héraut de la croisade contre l’exclusion. Il soumettra au peuple, s’il est réélu, la révision de la constitution par référendum. Sont visés l’article 35, la création d’un Sénat et sans doute la suppression de la limitation des mandats présidentiels. Voilà matière à débat. Avant Laurent Gbagbo, aucun des candidats majeurs n’avait posé avec insistance et engagement, le problème de la modification d’une constitution pourtant confligène. Opportuniste politique à souhait, sachant mordre et en même temps souffler la plaie, voici encore Laurent Gbagbo en bon Samaritain volant même au secours de Ouattara et désavouant les siens (‘’J’ai vu dans certains journaux, les attaques sur la nationalité. Ce débat est dépassé », dit-il en substance). Laurent Gbagbo poursuit encore sur sa lancée, comme pour dire qu’aujourd’hui il a été toujours en phase avec Koulibaly Mamadou (‘’Bâtissons un Etat fort avec les étrangers), avec également ce rappel de la place de l’Etranger dans la tradition bété dont il est issu. Il énonce les sanctions qu’encourt celui qui montre un étranger du doigt et tente de lui nuire. Quel culot ! Pour ne pas dire, quel talent, quelle audace ? Laurent Gbagbo sait qu’il est issu d’une tribu minoritaire. Il est conscient que s’il s’en tient à son seul groupe ethnique, il ne peut être réélu. Mais qu’il ait été déjà président, est une grâce et une chance inouïes. Malgré ce fait qu’il occupe déjà le fauteuil auquel il n’aurait jamais ‘’accédé’’, ni pu rester, si la tribalisme était le principal mode de pensée et d’action des Ivoiriens, les adversaires de Laurent Gbagbo comptent sur le facteur tribal pour l’y déloger. A cause de cela, ils n’osent même pas se remettre en cause. Ils ne font rien pour accepter de mourir, s’ils veulent vraiment aller au paradis. A l’allure où il est engagé, seul Dieu arrêtera Laurent Gbagbo. Mais pendant qu’on lève les mains vers Allah, vers le Seigneur, n’oublions pas que Dieu est pour tous. N’oublions pas non plus l’adage : aide-toi et le ciel t’aidera. Enfin n’oublions pas cette vérité, vérité aussi bien en-deca des Pyrennées, qu’au-delà : ‘’Les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent’’. Quoi qu’on dise, Laurent Gbagbo n’a pas volé sa place à la tête de l’Etat ivoirien. De même que Bédié, Ouattara et les autres leaders n’ont pas usurpé leur place à la tête des partis politiques. Car le peuple ivoirien, qui a su dire non au colonisateur quand il le fallait, ce peuple de Côte d’Ivoire, qui a dit non à Houphouët-Boigny, ce peuple de Côte d’Ivoire qu’on a soulevé et mobilisé contre Bédié, contre Guéï, ce peuple qui a ‘’trahi’’ Gbagbo en février ‘’90’’, en ne mettant pas à feu et à sang, le pays après son arrestation, ce peuple-là (qu’il soit senoufo, baoulé, bété, agni, malinké, attié, chrétien, musulman, et non un seul groupe), ne saurait se coucher, vendre plat, sans honneur, ni dignité, lorsqu’il est outrageusement bafoué par un imposteur devant la soi-disant force des armes, des tenants du pouvoir, qu’ils s’appellent Laurent Gbagbo ou Guillaume Soro. Que ceux qui veulent justifier leur propre incurie et leur ‘’lâcheté’’ par le fait du règne des armes par Gbagbo, se ressaisissent et revoient leurs copies, s’ils souhaitent vraiment une alternance démocratique et pacifique à l’issue des élections à venir. Le peuple de Côte d’Ivoire ne peut pas avoir peur de Gbagbo, les Ivoiriens n’ont pas peur des refondateurs. Laurent Gbagbo ne peut forcer quiconque en Côte d’Ivoire à faire quoi que ce soit. Laurent Gbagbo n’a forcé les Ivoiriens jusqu’à ce jour à faire ce qu’ils n’aiment pas. Bonne et heureuse année 2010 à tous et à toutes.

Par Charles Kouassi
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