Il le voulait pour consolider les acquis de la modernisation de l’Algérie. Le troisième mandat d’Abdelaziz Bouteflika est une invite à maintenir le sens de l’effort. Mais les Algériens savent qu’en franchissant le Rubicond, ils n’offrent désormais que de maigres chances à l’alternance au sommet de l’Etat.
«Une démocratie ne saurait s`établir véritablement et s`ancrer sans donner une chance à l`alternance au pouvoir. L`heure est venue pour concrétiser l`alternance au pouvoir en Algérie pour réaliser un saut qualitatif sur le plan de la morale politique, d`autant plus que je ne crois pas au mythe de l`homme providentiel». Ainsi parlait Lamine Zéroual, 67 ans, le mardi 13 janvier. Ces propos de l’ancien général qui a dirigé l`Algérie entre 1994 et 1999, n’ont pas empêché les Algériens d’élire Abdelaziz Bouteflika à 90,23 % des voix, le 9 avril. L’histoire politique algérienne retiendra sans doute ce 9 avril comme une date subsidiaire, car c’est la date du 12 novembre 2008 qui est principalement évoquée comme le jour de l’escalade politique de Bouteflika. C’est ce jour que sa majorité parlementaire, «au nom du respect de la souveraineté populaire», lui a ouvert la porte d’une présidence à vie, en adoptant une série d`amendements dont le plus important a été l`abrogation de la limitation des mandats, fixés à deux de cinq ans chacun, dans la constitution de 1996. De ce fait, la présidentielle du 9 avril se présentait comme un référendum déguisé. Bouteflika et ses partisans avaient appréhendé la chose et avaient tout mis en œuvre pour que le taux de participation soit honorable. Pour plusieurs observateurs, le chiffre de 64% annoncé à Alger gonfle la réalité et si l’on devait tenir compte des élections de 2007, il ne devrait pas dépasser les 35%.
Même certains candidats considérés comme «compagnons» du président algérien n’ont pas eu leur langue dans la poche. Djahid Younsi, candidat du mouvement islamiste El-Islah, avec ses 2,04 % de voix exprimées, a déclaré que «le taux de 75% annoncé officiellement est à diviser par trois». C’est au score obtenu par Bouteflika que Mme Louisa Hanoune, la chef du petit Parti des travailleurs (4,50% des suffrages), arrivée seconde lors du scrutin, s’en prend, estimant qu’il est «digne des républiques bananières» et qu`aucune des 48 wilayas (départements) n`avait échappé à la fraude.
Avec ses 26 députés au parlement, son refus de participer à la prestation de serment du 19 avril sonne comme le début d’une fracture politique entre ceux qui s’en tiennent aux bons résultats du régime Bouteflika et les autres, convaincus que la possible présidence à vie de Bouteflika précipitera la démocratie algérienne dans l’impasse.
Le président algérien ne fait aucun effort pour corriger la fracture et rassurer ses concitoyens. Sa réélection était déjà le symbole d’un certain immobilisme politique de l’Algérie d’aujourd’hui. En décidant de reconduire le gouvernement Ouyahia dans son entièreté, il confirme l`immobilisme. Bouteflika appelle cela «stabilité» et «continuité». Et le plan d’action pour les cinq prochaines années présenté par le Premier ministre ne mentionne rien de nouveau : consolidation de la paix, réconciliation nationale, raffermissement de l’unité nationale, promotion des libertés démocratiques, des droits de l’homme, de la liberté de la presse, ainsi que de l’égalité constitutionnelle entre les hommes et les femmes. Pour renforcer l’Etat de droit et la bonne gouvernance, le gouvernement algérien veut poursuivre la réforme de la justice, la modernisation de l’administration publique, la réforme des collectivités locales, ainsi que l’amélioration de la gestion du territoire, du cadre urbain et de l’environnement.
L’Algérie de demain
En l’absence d’alternatives possibles, le peuple est obligé de faire confiance. Et les quelques résultats engrangés par Bouteflika, ces dix dernières années, ne le laissent pas non plus indifférent : le spectre de la guerre civile s’éloigne, l’islamisme rampant des années 1990 s’est tassé d’un cran après avoir occasionné quelque 200.000 morts entre 1992 et 1999. Désormais, l’Algérie rentre dans un cycle de modernisation et de prospérité qui lui permet de payer par exemple la plupart de ses dettes par anticipation et de pouvoir prêter de l’argent à la grande Amérique, en proie à la crise.
Les nouvelles promesses de Bouteflika sont toujours alléchantes. Un programme quinquennal d`investissements publics à hauteur de 150 milliards de dollars, la création de 200.000 nouvelles petites et moyennes entreprises durant les cinq prochaines années, la création de 3 millions de nouveaux emplois à l’horizon 2015 et la livraison d`un million de nouveaux logements pour la même période. Sans démagogie aucune. Puisque le président estime que «c`est là un objectif à la portée de notre pays, au regard des étapes déjà franchies dans la reconstruction nationale et des moyens dont nous disposons». L’Algérie est aujourd’hui dotée d’une solidité financière enviable avec 150 milliards de dollars de réserves de change. Mais l’argent ne suffira pas à relever tous les défis. La réussite du prochain quinquennat «exige, aux dires du président Abdelaziz Bouteflika, surtout une mobilisation et un engagement exemplaires du gouvernement ainsi que de l`ensemble des cadres et agents de l`Etat». Il interpelle particulièrement les ministres. «...J’attends du gouvernement qu’il soumette un échéancier détaillé pour la mise en oeuvre des différentes actions consignées dans le Plan d’action. Cela nous permettra de veiller à prévenir et à rectifier à temps tout retard constaté. Je tiens également à souligner que chaque membre du gouvernement devra assumer ses responsabilités et rendre compte de l’exécution du programme dans son secteur, qu’il s’agisse des actions de réformes et de modernisation, de l’amélioration du service public, de la lutte contre l’atteinte à la loi, y compris dans le champ économique, ou qu’il s’agisse de la prise en charge des différents volets du développement social. Nos délibérations futures nous permettront d’y veiller régulièrement et de près», a déclaré Abdelaziz Bouteflika, persuadé d’apporter encore quelque chose à son peuple dans le troisième round qu’il a commencé le 19 avril. Ce jour, malheureusement, tous les Algériens n’étaient pas à l’écoute de son discours d’investiture : des émeutes avaient éclaté dans l`est du pays, du côté d`Annaba ; des affrontements communautaires déchiraient le sud de la ville de Berriane et, non loin d`Alger, une mairie était occupée par des habitants mécontents.
La violence est devenue légendaire en Algérie pour diverses raisons dont sans doute cette soif désespérée de vraie démocratie.
Abdel A. Kassim
«Une démocratie ne saurait s`établir véritablement et s`ancrer sans donner une chance à l`alternance au pouvoir. L`heure est venue pour concrétiser l`alternance au pouvoir en Algérie pour réaliser un saut qualitatif sur le plan de la morale politique, d`autant plus que je ne crois pas au mythe de l`homme providentiel». Ainsi parlait Lamine Zéroual, 67 ans, le mardi 13 janvier. Ces propos de l’ancien général qui a dirigé l`Algérie entre 1994 et 1999, n’ont pas empêché les Algériens d’élire Abdelaziz Bouteflika à 90,23 % des voix, le 9 avril. L’histoire politique algérienne retiendra sans doute ce 9 avril comme une date subsidiaire, car c’est la date du 12 novembre 2008 qui est principalement évoquée comme le jour de l’escalade politique de Bouteflika. C’est ce jour que sa majorité parlementaire, «au nom du respect de la souveraineté populaire», lui a ouvert la porte d’une présidence à vie, en adoptant une série d`amendements dont le plus important a été l`abrogation de la limitation des mandats, fixés à deux de cinq ans chacun, dans la constitution de 1996. De ce fait, la présidentielle du 9 avril se présentait comme un référendum déguisé. Bouteflika et ses partisans avaient appréhendé la chose et avaient tout mis en œuvre pour que le taux de participation soit honorable. Pour plusieurs observateurs, le chiffre de 64% annoncé à Alger gonfle la réalité et si l’on devait tenir compte des élections de 2007, il ne devrait pas dépasser les 35%.
Même certains candidats considérés comme «compagnons» du président algérien n’ont pas eu leur langue dans la poche. Djahid Younsi, candidat du mouvement islamiste El-Islah, avec ses 2,04 % de voix exprimées, a déclaré que «le taux de 75% annoncé officiellement est à diviser par trois». C’est au score obtenu par Bouteflika que Mme Louisa Hanoune, la chef du petit Parti des travailleurs (4,50% des suffrages), arrivée seconde lors du scrutin, s’en prend, estimant qu’il est «digne des républiques bananières» et qu`aucune des 48 wilayas (départements) n`avait échappé à la fraude.
Avec ses 26 députés au parlement, son refus de participer à la prestation de serment du 19 avril sonne comme le début d’une fracture politique entre ceux qui s’en tiennent aux bons résultats du régime Bouteflika et les autres, convaincus que la possible présidence à vie de Bouteflika précipitera la démocratie algérienne dans l’impasse.
Le président algérien ne fait aucun effort pour corriger la fracture et rassurer ses concitoyens. Sa réélection était déjà le symbole d’un certain immobilisme politique de l’Algérie d’aujourd’hui. En décidant de reconduire le gouvernement Ouyahia dans son entièreté, il confirme l`immobilisme. Bouteflika appelle cela «stabilité» et «continuité». Et le plan d’action pour les cinq prochaines années présenté par le Premier ministre ne mentionne rien de nouveau : consolidation de la paix, réconciliation nationale, raffermissement de l’unité nationale, promotion des libertés démocratiques, des droits de l’homme, de la liberté de la presse, ainsi que de l’égalité constitutionnelle entre les hommes et les femmes. Pour renforcer l’Etat de droit et la bonne gouvernance, le gouvernement algérien veut poursuivre la réforme de la justice, la modernisation de l’administration publique, la réforme des collectivités locales, ainsi que l’amélioration de la gestion du territoire, du cadre urbain et de l’environnement.
L’Algérie de demain
En l’absence d’alternatives possibles, le peuple est obligé de faire confiance. Et les quelques résultats engrangés par Bouteflika, ces dix dernières années, ne le laissent pas non plus indifférent : le spectre de la guerre civile s’éloigne, l’islamisme rampant des années 1990 s’est tassé d’un cran après avoir occasionné quelque 200.000 morts entre 1992 et 1999. Désormais, l’Algérie rentre dans un cycle de modernisation et de prospérité qui lui permet de payer par exemple la plupart de ses dettes par anticipation et de pouvoir prêter de l’argent à la grande Amérique, en proie à la crise.
Les nouvelles promesses de Bouteflika sont toujours alléchantes. Un programme quinquennal d`investissements publics à hauteur de 150 milliards de dollars, la création de 200.000 nouvelles petites et moyennes entreprises durant les cinq prochaines années, la création de 3 millions de nouveaux emplois à l’horizon 2015 et la livraison d`un million de nouveaux logements pour la même période. Sans démagogie aucune. Puisque le président estime que «c`est là un objectif à la portée de notre pays, au regard des étapes déjà franchies dans la reconstruction nationale et des moyens dont nous disposons». L’Algérie est aujourd’hui dotée d’une solidité financière enviable avec 150 milliards de dollars de réserves de change. Mais l’argent ne suffira pas à relever tous les défis. La réussite du prochain quinquennat «exige, aux dires du président Abdelaziz Bouteflika, surtout une mobilisation et un engagement exemplaires du gouvernement ainsi que de l`ensemble des cadres et agents de l`Etat». Il interpelle particulièrement les ministres. «...J’attends du gouvernement qu’il soumette un échéancier détaillé pour la mise en oeuvre des différentes actions consignées dans le Plan d’action. Cela nous permettra de veiller à prévenir et à rectifier à temps tout retard constaté. Je tiens également à souligner que chaque membre du gouvernement devra assumer ses responsabilités et rendre compte de l’exécution du programme dans son secteur, qu’il s’agisse des actions de réformes et de modernisation, de l’amélioration du service public, de la lutte contre l’atteinte à la loi, y compris dans le champ économique, ou qu’il s’agisse de la prise en charge des différents volets du développement social. Nos délibérations futures nous permettront d’y veiller régulièrement et de près», a déclaré Abdelaziz Bouteflika, persuadé d’apporter encore quelque chose à son peuple dans le troisième round qu’il a commencé le 19 avril. Ce jour, malheureusement, tous les Algériens n’étaient pas à l’écoute de son discours d’investiture : des émeutes avaient éclaté dans l`est du pays, du côté d`Annaba ; des affrontements communautaires déchiraient le sud de la ville de Berriane et, non loin d`Alger, une mairie était occupée par des habitants mécontents.
La violence est devenue légendaire en Algérie pour diverses raisons dont sans doute cette soif désespérée de vraie démocratie.
Abdel A. Kassim
