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Économie Publié le lundi 5 juillet 2010 |

Martin Van Dam, Coordonnateur régional de Rural Energy Foundation: "Les énergies renouvelables, un choix plus économique"

© Par Eburnews
Energies renouvelables - Martin Van Dam, Coordonnateur régional de la Fondation de l’énergie rurale
Eburnews - Pour les différents intervenants aux Workshops du World Future Council (21 au 23 juin) à Accra au Ghana, le développement de l’Afrique passe aussi par le recours aux énergies renouvelables. Martin Van Dam, le Coordonnateur régional de la Fondation de l’énergie rurale (Rural Energy Foundation), est venu du Burkina Faso pour y assister. Dans cet entretien, il passe en revue des recettes qui peuvent aider à une meilleure implantation de cette source d’énergie.

Quelle est la situation des énergies renouvelables en Afrique ?

Les énergies renouvelables en Afrique sont à leur début et je pense qu’il y a une très grande possibilité pour elles, compte tenu du fait que dans les zones sans réseau électrique, les populations utilisent les lampes à pétrole, les bougies, ou d’autres sources d’énergies coûteuses. Or, sur le long terme, les énergies renouvelables comme le solaire sont plus économiques que les énergies traditionnelles. Je pense qu’il y a un grand potentiel pour les énergies renouvelables en Afrique d’autant plus que 70% des populations africaines n’ont pas accès à l’électricité.

Quels sont les pays les plus avancés dans l’utilisation de cette forme d’énergie ? Un intervenant a cité l’exemple du Cap vert….

Je ne connais pas bien le cas du Cap vert mais sur le continent, je peux citer le Kenya et l’Afrique du Sud qui sont les plus avancés.

Pourquoi selon vous ?

Peut-être à cause de la politique mise en place par les autorités de ces deux pays. Ils ont certainement commencé tôt.

Pourquoi les énergies renouvelables représentent-elles une opportunité pour l’Afrique ?

C’est une grande opportunité dans la mesure où les stratégies traditionnelles pour électrifier l’Afrique, c’est le réseau. On peut dresser une comparaison avec le téléphone pour dire qu’à l’époque du téléphone fixe, il y avait beaucoup de gens qui n’avaient pas les moyens de communiquer car tirer les lignes de téléphones partout revenait très cher. Grâce aux téléphones mobiles, l’Afrique a sauté une étape. Avec les énergies renouvelables, le même saut va se reproduire, notamment à travers le système des énergies renouvelables décentralisées où on n’a pas besoin d’attendre l’arrivée d’un réseau. On peut payer son propre système pour avoir son énergie.

Justement le coût élevé de ce système a été évoqué à maintes reprises au cours de l’atelier…..

C’est vrai qu’à première vue, ça peut sembler cher. Mais si on prend le cas d’un villageois qui utilise deux lampes à pétrole chaque jour, il peut dépenser 200 CFA par jour. Cela peut aller jusqu’à 72.000 CFA l’année. Un système solaire pour allumer deux lampes s’élève à 150.000 CFA. Cela veut dire qu’après deux ans et demi, tu as déjà amorti ton système. Et après, c’est gratuit. Donc c’est vrai qu’à court terme, cela peut paraître cher mais sur le long terme, c’est un choix qui est très économique.

Sentez vous les gouvernants africains sensibles à cette question des énergies renouvelables ?

Il y a beaucoup de choses qui se mettent en place. Dans la plupart des pays, il y a un régime d’exonération des taxes, même si la question de sa judicieuse application peut se poser par endroits. Dans certains pays par exemple, ce sont seulement les panneaux qui sont exonérés. Les batteries, les régulateurs et les ampoules n’en font pas partie. Dans certains pays même, il y a exonération de la TVA. Ce sont des engagements qui peuvent accélérer l’utilisation des énergies renouvelables. Je pense que c’est dans une bonne voie.

Quels sont les freins qui bloquent son essor en Afrique?

Pour développer le marché des énergies renouvelables, il est très important que les entrepreneurs connaissent leur produit. Ce qu’on voit dans certains pays comme le Mali, c’est une population qui commence à connaître de plus en plus cette source d’énergie. Tu peux arriver dans une ville ou un village et rencontrer un vendeur qui ne connaît pas ce que peut faire ce système. Le client pense que s’il a payé l’énergie solaire, c’est comme le réseau national. Il croit qu’il peut brancher le réfrigérateur, la télé…. .C’est un grand risque si le vendeur lui dit qu’il n’y a pas de problème, parce que finalement, le client ne va pas être satisfait. L’image de ces énergies va alors prendre un coup. C’est donc très important d’avoir des revendeurs qualifiés pour donner de bonnes informations.

Quelles sont les stratégies que vous avez mises en place pour encourager la consommation de ces énergies dans les pays africains où vous êtes présent ?

On a mis en place un réseau de revendeurs, c’est-à-dire qu’on est parti en milieu rural identifier les personnes qui vendent le solaire ou qui sont intéressées à le vendre. Après quoi, on les forme au niveau technique et marketing, en les associant aux campagnes de sensibilisation au cours desquelles ils vendent leurs produits. On peut aller dans un village pour permettre à l’entrepreneur de faire la démonstration de son système. Comment charger son portable, regarder la télé….. On fait aussi des campagnes radios avec le vendeur. Toutes nos actions sont menées en collaboration avec ces derniers. Si un client est intéressé, il peut donc se rendre directement chez le vendeur pour acheter le système.

Combien de boutiques de vente avez-vous au Burkina Faso ?

20 à 24 boutiques qui sont dans le réseau et qui portent le nom de Solar now. Nous les soutenons et leur donnons des conseils.

Vous avez parlé d’atteindre 2 millions de consommateurs de 2011 à 2113 en Afrique. Ce projet est-il réalisable ?

Le projet est bel et bien réalisable dans la mesure où nous avons prévu d’implanter 400 boutiques de revendeurs, qui seront tous formés en technique et en marketing. Ces boutiques seront dispersées partout dans chaque pays et non dans les capitales parce que nos cibles sont d’abord en milieu rural. Ensuite, si tu cibles le public à partir des capitales, pour faire la maintenance et le service après-vente, c’est difficile parce que tu dois parcourir beaucoup de km. Donc on aura un réseau disséminé en Afrique, qui fait la promotion et la sensibilisation, qui donne les exemples, et qui est techniquement capable de faire de bonnes installations. Ces revendeurs feront des visites après-vente pour attirer d’autres personnes. On a déjà utilisé une stratégie qui a fait ses preuves et on veut maintenant l’étendre.

Qu’est ce que cet atelier de World Future Council vous a appris ?

L’atelier m’a appris que quelque soit leur société, les gens sont conscients de l’importance et du potentiel que représentent les énergies renouvelables. Je suis content d’avoir pu y participer. J’espère avoir pu montrer qu’à travers une approche basique, comme la nôtre, on peut aussi arriver quelque part. Ce que j’ai aussi bien appris, c’est le standard de qualité mis en place par le gouvernement du Ghana concernant les ampoules électriques. Ce pays a interdit toutes les ampoules qui ne respectent pas leur standard. Je crois que c’est un exemple qui mérite non seulement d’être élargi aux autres pays, mais prendre aussi en compte d’autres produits comme les panneaux solaires.

Entretien réalisé à Accra par Fortuné Bationo
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