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Necrologie Publié le lundi 2 décembre 2013 | Le Nouveau Réveil

7 décembre 1993 – 7 décembre 2013 / Félix Houphouët-Boigny : 20 ans déjà !

© Le Nouveau Réveil Par dr
Félix Houphouet Boigny, lors d`une cérémonie officielle en 1990
Le 7 décembre 1993, le père de la nation ivoirienne, s’en est allé. La Côte d’Ivoire était orpheline titrait l’organe de référence gouvernemental Fraternité Matin. Vingt ans après, c’est presque une génération.

Comment en ce jour anniversaire, ne pas avoir aussi une pensée respectueuse et pieuse pour ses fidèles et loyaux compagnons de route : YACE Philippe, homme de terrain hors pair, Mamadou Coulibaly, dont les discours bien ciselés avaient une pureté de cristal, Mockey J. Baptiste, EKRA Vangah Mathieu, Marcel Laubhouet, Anoma Joseph, Auguste Denise, DADIE Gabriel, Djibo Sounkalo, des hommes de devoir, aux autres plus jeunes et à son entourage immédiat : le gouverneur Guy NAIRAY, Alain BELKIRI, tous issus de l’Ecole de la France d’Outre-mer (l’ENFOM) et rompus à la gestion des affaires de l’Etat.
Vingt ans déjà, lorsqu’on sait que la vie d’un pays dans sa globalité n’est pas un fleuve tranquille, il paraît opportun de poser le doigt sur le curseur de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire.
De 1993 à 1999, la Côte d’Ivoire, dirigée par Henri Konan BEDIE, ancien Président de l’Assemblée Nationale avait déjà donné le ton lors d’une remise du prix Houphouët-Boigny pour la Paix à l’UNESCO : « on ne remplace pas Félix Houphouët-Boigny, on lui succède ». Dès lors le nouveau Président de la Côte d’Ivoire, pressentait-il les soubresauts qu’allait connaître notre pays ? Toujours est-il que le Sphinx de Daoukro, avait la ferme volonté de traduire dans les faits son slogan de campagne, « Le progrès pour tous et le bonheur pour chacun ».

En décembre 1999, un coup d’Etat arrête la marche harmonieuse de la Côte d’Ivoire. La suite, on la connaît. Inutile de discuter du sexe des anges. Un général en treillis, s’empare du pouvoir, accompagné des généraux et des hommes du rang. Coup d’Etat contre coup d’Etat, complot du cheval blanc, absence d’état, rumeurs par-ci, arrestations et interrogations brutales, et chasse aux sorcières, par-là. Toute la panoplie d’une descente aux enfers était en route. Le pauvre général était plongé de plain-pied dans le marigot politique boueux et nauséabond qu’était devenue la Côte d’Ivoire.

La folie humaine aidant, le général trouva la mort, une mort non encore élucidée, en compagnie de son épouse et de ses camarades d’armes. Deuxième traumatisme de ce pays stable et béni des dieux, le ver était dans le fruit. La Côte d’Ivoire est exclue de l’OUA que le Président Félix Houphouët-Boigny avait largement contribué à créer en s’appuyant sur le Groupe de Monrovia, faisaient les frais de la décision d’Alger sur les changements anticonstitutionnels de gouvernement, adoptée en 1999, et la déclaration de Lomé, adoptée en 2000, sur une réaction face aux changements anticonstitutionnels de gouvernement.

L’alternance a lieu dans des conditions « calamiteuses ». La Côte d’Ivoire va connaître des années de braises. La mécanique infernale et l’habileté autodestructrice des refondateurs étaient en marche. Le Président des refondateurs, adepte des manœuvres politiciennes, des reniements pensait en homme politique à sa réélection plutôt qu’en homme d’Etat aux futures générations. La rupture fut totale avec la période du père de l’indépendance. Du coup, la dégringolade du pays dans les tréfonds du sous-développement s’accentuait. Les infrastructures et la cohésion sociale se détérioraient sans compter les scandales financiers notamment dans la filière cacao. Mieux, les écoles, les universités qui faisaient la fierté de notre pays se dégradaient. Avec des apprenants nourris au lait du populisme et de la démagogie comme le miel qui attire les mouches. Nombreux étaient des étudiants bénéficiant du parapluie atomique et des années académiques se chevauchant, se retrouvaient parfois en deuxième année de dixième année d’université. Qu’importe, l’essentiel était d’être du côté du pouvoir. Et pourtant on nous avait promis la construction de plusieurs universités par an, on nous sérinait à longueur de journée qu’on était de gauche et socialiste. On avait oublié que les idéologies étaient mortes. On avait surtout oublié le contexte mondial. Que dans toute l’Europe plus proche de nous, les gouvernements socialistes et même le parlement européen étaient aux abonnés absents. L’Europe, dans sa grande majorité, était dirigée par des gouvernements conservateurs et libéraux. On s’était allié à des centristes. C’était sans oublier que, dans les démocraties, on gagne les élections avec le centre mais on ne gouverne pas avec le centre. Sur le plan diplomatique, c’était l’isolement total. Aucune visite officielle, qui permet d’approfondir les relations bilatérales entre deux pays et surtout de tisser des alliances. La Côte d’Ivoire avait tout simplement disparu des écrans radars diplomatiques. Sans alliance internationale, le jusqu’ auboutisme et les ultimatums lancés par les refondateurs n’ont pas payé dans ce monde multipolaire. Le pouvoir apparaissait tétanisé, impuissant, immobile, inaudible aussi. La majorité des Ivoiriens ne croyaient plus aux promesses des refondateurs. Point de frémissement de reprise économique encore moins d’inversion de la courbe du chômage. Destruction aussi des classes moyennes, véritables consommateurs et piliers de la croissance. Le pouvoir était nu. Le Chef des refondateurs était le pilote d’un avion dont les manettes ne répondaient plus. Sa parole s’était démonétisée. .
Au début du mandat du régime FPI, tout était encore a peu près « bien mal fait », pour reprendre une formule de l’historien Jacques BAINVILLE. Mais après ? L’atmosphère était lourde marquée par les trois I : incertitudes, insécurité, instabilité. L’orage était prêt à éclater. Plus le chef des refondateurs parlait, plus le malaise grandissait. Plus il remettait à demain le traitement des urgences, plus l’impatience montait. Les élections eurent lieu cahin-caha en octobre 2010. La messe était dite par l’arrestation du Chef du FPI, pour confiscation du pouvoir. La coupe était pleine. Seul contre tous, contre les partis d’opposition, la communauté internationale, les bailleurs de fonds. Cela faisait beaucoup. En politique, les rapports de force ont un rôle majeur. Un régime peut ne faire aucun effort mais qu’il ne travaille pas, lui-même, à sa ruine. Malheureusement l’honneur de la politique, c’est d’agir et cela s’accompagne de beaucoup de gravité, d’un sens du tragique aussi.

Aux dernières élections présidentielles et législatives, le FPI, lance le mot d’ordre de boycott. Erreur, même faute fatale. Rappelons que l’opposition parlementaire en France est née le 28 août 1789, lorsque les partisans du droit de veto royal aux lois votées par la Constituante décident de s’asseoir à la droite du président de séance, scellant ainsi les notions de droite et de gauche. La reconnaissance institutionnelle de l’opposition s’inscrit dans un processus de revalorisation de la fonction parlementaire. Aujourd’hui, que vaut le FPI, lorsqu’il n’a pas le pouvoir d’opposition sur l’élaboration de la loi? Dans l’opposition au parlement, le FPI doté de nouveaux droits, serait devenu une opposition responsable, au sens strict, c’est-à-dire qui exerce des responsabilités notamment dans sa fonction de contrôle de l’application des lois, de l’action du gouvernement et du pouvoir administratif, bref, la démocratie consiste à accepter de gérer pacifiquement par le suffrage, les différends entre majorité et minorité

Comme une ribambelle de brasiers devient un incendie, la guirlande des mécontentements a abouti à un vote de protestation et de sanction contre le régime et le système FPI. Les mécontentements s’additionnant, les vignes du labeur étaient lourdes des raisins de la colère. A force de trahisons, d’un patriotisme et d’un nationalisme hideux, le rêve des refondateurs se transforment en cauchemar.
A partir de 2011, la Côte d’Ivoire est présidée par Son Excellence Monsieur Alassane OUATTARA. Le pays est en faillite, pas de réserves d’échanges à la BCEAO, la Côte d’Ivoire est trouée de partout, tout est urgent et prioritaire. Il faut repositionner la Côte d’Ivoire sur le plan diplomatique, changer de logiciel politique et diplomatique. Ce qui est fait avec brio, dans les arènes internationales aux quatre coins du monde. Le cap et la vision d’une Côte d’Ivoire sont en route. Surtout à l’Union européenne (UE) à Bruxelles, où il faut trouver des appuis budgétaires. Mais le nec plus ultra de cette période qui se déroule sous nos yeux, c’est l’alliance des Houphouétistes (RHDP). Convaincus qu’aucun parti quelle que soit son implantation ne peut gagner seul les élections, le Président Alassane OUATTARA, Président du RDR et le Président Henri Konan BEDIE, Président du PDCI ont eu l’idée géniale et lumineuse d’enterrer la hache de guerre et de créer, ce grand rassemblement sans recourir au forceps. Ils ont laissé les basses choses mourir de leur propre poison. Ils ont compris qu’en histoire, il faut se résoudre à beaucoup ignorer. Ils ont surtout compris que notre pays post crise électorale a besoin d’entreprises performantes et plus encore de lucidité que de leçons de morale. Bien sûr, ce rassemblement comme une bouffée d’air frais risque de voir se succéder des phases d’idylle et celles de tension. La route est droite, mais la pente sera forte. Bossuet qui connaissait le cœur des hommes, parle quelque part d’un « mouvement alternatif de l’appétit au dégoût ». Qu’importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse. En politique, l’unanimité n’existe pas. C’est exactement ça. Mais c’est un rassemblement d’espoir, d’espérance, parce que le destin de notre pays s’y joue. Il fallait que le soleil se lève de nouveau sur notre pays.

Un matin de décembre 1993, le 7 exactement, un matin bousculé par le vent, un baobab s’est abattu dans un bruit épouvantable, un baobab vénérable, le plus grand de la patrie. Un homme qui avait traversé presque le siècle, a tiré sa révérence. Un grand homme, un homme ordinaire qui a fait des choses extraordinaires. Le Président Félix Houphouet-Boigny, cerveau politique de premier ordre disait de lui le Général De GAULLE, c’était d’abord un style, une composition très étudiée, de l’humour, du calme et un optimisme affichés. Ce style était d’abord au service d’une politique « progressiste » à l’intérieur, attachée à contenir les forces négatives à l’extérieur. Surtout pendant la période de la guerre froide qui prit fin avec la chute du mur de Berlin en 1989. Le Président FHB, était un libéral en économie, mais un libéralisme encadré, et ferme sur le régalien.

Vingt ans après sa mort, nous n’allons pas refaire l’histoire de la vie politique pleine du Président FHB qui se confond avec celle de l’histoire contemporaine de notre pays. FHB, c’était la diplomatie chevillée au corps avec des principes : « non ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats, la Côte d’Ivoire, amie de tout le monde, ennemie de personne , paix à l’intérieur et à l’extérieur de son pays ». Une diplomatie de courage, secrète, une diplomatie d’influence et de petites attentions. Quelques exemples : lors du 16ème Sommet des chefs d’Etat d’Afrique et de France, le 20 juin 1990 à La Baule, le Président François MITTERRAND, dans son mémorable discours sur la démocratie inspiré par son sherpa, l’académicien Eric ORSENA, des pouvoirs africains allaient être tétanisés, d’autres vacillés, par la nouvelle trouvaille du premier responsable français : la prime à la démocratie. Conférences nationales, gouvernements de transition se succèdent en Afrique, le Président FHB, très prévoyant et visionnaire, ne fera qu’actionner un article de la loi fondamentale pour autoriser la création des partis politiques. Effervescence dans la vie politique en Côte d’Ivoire, le parti unique, le PDCI-RDA, parti de masse avec des structures solides, allait dorénavant concourir avec d’autres partis, regroupés au sein du Front de gauche qui aura fait son temps.

Période aussi marquées par des grèves des casses des bâtiments publics, des marches intempestives, des floraisons de syndicats et des insanités à l’endroit du père de la nation, tout y passe. La main de l’histoire était sur la Côte d’Ivoire. Le Président Houphouet-Boigny n’a pas baissé la garde devant l’adversité.
Diplomatie d’influence aussi : au début des indépendances, pour bien faire connaître son pays, le Président Félix Houphouët Boigny entame une visite de trois mois hors de son pays, accompagné de son épouse rayonnante de beauté. La Côte d’Ivoire entrait dans le concert des Nations.

Un exemple de sa diplomatie des petites attentions : Madame Danielle MITTERRAND, qui avait créé la fondation France Liberté, l’ancienne défenseure de la cause Kurde, fut reçue par le Président ivoirien qui, très renseigné, savait le but de son voyage inopiné en Côte d’Ivoire, lui proposa de mettre à sa disposition son avion personnel pour la suite de sa tournée dans les autres pays africains.

Diplomatie secrète, diplomatie de médiation, comme l’atteste son implication par le dialogue, son arme favorite, dans l’éradication du régime ignoble qu’était l’apartheid. Ballets diplomatiques des personnalités de l’Afrique du Sud à Yamoussoukro devenue une ville internationale, Pieter Willem BOTHA, Frederik Willem De KLERK, y compris l’icône Nelson Rolihlahla MANDELA de l’ANC. Il s’est aussi essayé à exercer une certaine influence sur l’évolution du processus de paix, par exemple en prenant des initiatives visant à faire se rencontrer les Palestiniens et les Israéliens. Processus de paix bloqué depuis les accords d’Oslo en 1993.

Vingt ans après sa mort, l’ombre tutélaire du Président ivoirien plane sur notre pays.
Le sage de Yamoussoukro, qui avait les idées de son temps. Il n’a pas connu les téléphones portables, dont il aurait usé et abusé sûrement ; ni les ravages de la mondialisation et les nouveaux défis de notre continent à savoir le terrorisme, les djihadistes. Ces nouveaux missionnaires africains et la nouvelle industrie des otages.
Homme de courage, il a aimé la vie et regardé la mort d’un regard tranquille. Disparaître n’est plus exister, a-t-on coutume de dire. Le passé n’est jamais mort, il n’est même pas passé. Le jour de ses obsèques nationales, j’ai été fortement impressionné par les foules venues de partout s’incliner devant sa dépouille, par ces drapeaux et son portrait d’homme doux et grave marqué par tant d’épreuves et de combats dans les avenues de son cher pays.

Hautes personnalités, Corps constitués et Citoyens anonymes, la Côte d’Ivoire, que dis-je le monde, avait déjà panthéonisé Félix HOUPHOUET-BOIGNY.

Homme illustre, qui agissait en homme de pensée et pensait en homme d’action, il a aujourd’hui pour tombeau la terre entière parce que ses idées n’ont pas pris une ride. Félix Houphouët-Boigny, homme de la fraternité vraie, disait bellement un jour : « Ceux qui pensent aux autres ont le sens de l’éternité ».
A tous ses héritiers politiques vivants de méditer cette phrase d’Alexis de Tocqueville : « Lorsque le passé n’éclaire pas l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres ».

S.E. ZINSOU Jean-Vincent
Abidjan – Côte d’Ivoire

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