x Télécharger l'application mobile Abidjan.net Abidjan.net partout avec vous
Télécharger l'application
INSTALLER
PUBLICITÉ

Société Publié le mercredi 19 mars 2014 | L’intelligent d’Abidjan

Eglise catholique / 14 ans après Jean Paul II : le Pape François viendra-t-il en Côte d’Ivoire ?

© L’intelligent d’Abidjan Par DR
Le pape François
Le pape Jean-Paul II qui s’était épris d’amitié pour la Côte d’Ivoire et de Félix Houphouët-Boigny son premier Chef d’Etat, avait foulé trois fois le sol ivoirien. Au cours des mémorables visites de 1980, 1985 et 1990, il y avait séjourné au total sept jours et posé des gestes pastoraux, ecclésiaux et étatiques de grande importance. Mais depuis quatorze ans et quatre présidents successifs, le pays, qui a toujours été convaincu d’être un partenaire et son église catholique, une fille aimée du Vatican, n’ont plus eu l’honneur et le bonheur d’accueillir les pontifes suivants. Et ce n’est pas faute d’en avoir exprimé le désir.

Le premier successeur de Jean-Paul II, le pape Benoit XVI, a régné sur le siège pétrinien pendant presque huit ans. De 2005 à 2013, sa visite en Côte d’Ivoire a été espérée par les Ivoiriens. L’espoir s’est mué en sollicitation lorsque l’actuel Chef de l’Etat et la conférence des évêques catholiques l’ont formellement invité. Le Président Alassane Ouattara l’a fait verbalement d’abord au cours de la visite qu’il lui a rendue le 17 novembre 2012 puis il a ensuite formalisé par écrit cette invitation.

L’épiscopat a fait de même. Le pape Benoit XVI a été sensible à cette double démarche d’Etat et d’Eglise et il ne s’y est pas montré défavorable. Dès lors, la Secrétairerie d’Etat (la Primature du Vatican) et la section pour les Relations avec les Etats se sont mis discrètement à traiter un projet de visite papale en Côte d’ivoire comprenant un programme d’activités religieuses et diplomatiques. La partie officielle ivoirienne avait en point de mire l’inauguration et la bénédiction de l’hôpital catholique Saint Joseph Moscati, œuvre sociale, inspirée et demandée par le pape Jean-Paul II au cours de sa visite de 1990. Et pourquoi pas la signature du Concordat par la Côte d’Ivoire et le Vatican, un accord-cadre préparé depuis le milieu des années 90. Sans oublier le programme des célébrations eucharistiques avec le clergé et pour les fidèles ainsi que les opportunités d’entretiens avec les dignitaires religieux et civils.

Les préparatifs de la visite espérée de Benoit XVI en étaient à ce point, lorsque deux événements affectèrent le Vatican. D’abord la mort inattendue du représentant du pape en Côte d’Ivoire. Le Nonce apostolique avait été tué le 8 décembre 2012 dans un tragique accident de la route, à moins de dix kilomètres de la ville de Man. Venant d’Odienné (dans le Nord) où il avait présidé une cérémonie d’ordination sacerdotale, il s’apprêtait à entrer dans le diocèse de Man (dans l’Ouest) où il prévoyait de passer la nuit et formuler des vœux de bon anniversaire à Mgr Joseph Niamgoran Teky l’évêque émérite. Avant de rejoindre le lendemain la ville de Duékoué où il célébrerait une messe pour la paix. Hélas, Mgr Madtha a été fauché à un virage et il est décédé sur le coup, des suites du choc entre les deux véhicules. Sa disparition entrainait de ce fait un deuil pour le Saint-Siège dont il était l’ambassadeur et pour l’Etat de Côte d’Ivoire où il était le Doyen du Corps diplomatique, ainsi que pour l’Eglise catholique à l’endroit de laquelle il assumait la fonction de Nonce apostolique. Le pape Benoit XVI pouvait-il alors venir en Côte d’Ivoire dans ces circonstances et sitôt après les obsèques ? Que non !

Deux mois plus tard, soit en février 2013, un autre événement ressenti avec surprise, stupéfaction et douleur par l’Eglise universelle et par le monde : le renoncement du pape Benoit XVI au Souverain pontificat. Une décision que l’Eglise catholique n’avait plus connue depuis le treizième siècle quand le pape ermite Célestin V, qui avait régné pendant moins de quatre mois (20 août-13 décembre 1294), annonça lui aussi son renoncement et le consigna dans une bulle qui fit jurisprudence et devint quasiment une loi stipulant qu’un pape peut renoncer s’il ne souhaite plus assumer sa charge de pontife. L’annonce du pape Benoit XVI a donc créé non seulement une onde de choc, mais elle a également provoqué un bouleversement dans le règne pontifical et dans le monde. Les Etats et leurs Chefs s’y attendaient encore moins et ne savaient comment apprécier ce qui était plus simplement considéré également comme la démission d’un Chef d’Etat parmi les plus prestigieux, les plus respectés et les plus connus. Du coup, la Côte d’Ivoire voyait non seulement son rêve s’envoler, mais aussi son espoir déçu. Il fallait maintenant attendre de connaître le prochain pape pour refaire toute la démarche d’invitation, sans oublier le temps que cela prendrait à la curie romaine pour donner une réponse, même négative. Sous le règne du pape Benoit XVI, la Côte d’Ivoire bénéficiait d’un autre avantage : le cardinal Joseph Ratzinger qu’il était auparavant, était venu dans le pays où il était resté pendant presque trois jours ayant accompagné le pape Jean-Paul II lors de sa première visite en 1980. Cette visite restait mémorable et le cardinal allemand se souvenait de ce pays si attachant où l’église catholique était si dynamique. De plus, il avait observé l’intérêt que son pape lui accordait et la place qu’il tenait dans son cœur. Jean-Paul II n’avait-il pas « donné » à la Côte d’Ivoire, dix neuf évêques et archevêques de même que deux cardinaux pendant son pontificat ?
N’avait-il pas posé la première pierre et béni l’immense cathédrale Saint Paul d’Abidjan et la basilique Notre Dame de la Paix de Yamoussoukro, unique en Afrique ? Démontrant par ces actes, une sollicitude particulière envers ce pays et son église catholique.

Benoit XVI qui avait vu et savait tout cela, n’excluait donc pas d’y revenir une seconde fois, même trente ans après. Hélas, l’homme avait proposé et Dieu avait disposé.Lorsque la nouvelle élection faite, le cardinal Jorge Mario Bergoglio monte le 13 mars 2013 sur le siège apostolique resté vacant pendant un mois et prend le nom de règne de François, tout est donc à recommencer pour la Côte d’Ivoire. Cinq mois et demi après sa prise de fonction officielle le 19 mars, le nouveau pape a nommé un nouveau Secrétaire d’Etat. Le cardinal Tarcissio Bertone qui, à 79 ans était toujours le titulaire du poste de Premier ministre, devait donc le céder le 31 août à Mgr Pietro Parolin, 58 ans à cette date-là. Il devait assumer cette fonction alors il n’avait pas la qualité de cardinal, ce qui est habituellement la règle. Le dossier « Voyage du pape en Côte d’Ivoire » passait ainsi dans de nouvelles mains. Quant au nouveau Secrétaire d’Etat, il a été finalement créé cardinal le 22 février dernier, comme pour régulariser sa situation, cinq mois après sa prise de fonction.

L’invitation de la Côte d’Ivoire a été récemment relancée par l’Etat et par l’Eglise catholique. Les mêmes raisons de la précédente, demeurent. L’hôpital n’a toujours pas été béni (les travaux ne s’étant d’ailleurs pas achevé dans les premiers délais déclarés) et l’accord-cadre, évidemment pas paraphé. Le nouveau pape n’a pas encore donné de réponse épistolaire, mais il a donné, quelques signes dont l’interprétation incline au retour de l’espoir.

Premièrement, il a nommé fin décembre 2013, un nouveau Nonce apostolique en Côte d’Ivoire, en remplacement de son prédécesseur décédé un an plus tôt. Mgr Joseph Spiteri va travailler lui aussi, à la concorde entre l’Eglise et l’Etat et à assurer de bonnes relations entre les deux pays, le Saint-Siège et la Côte d’Ivoire.

Deuxièmement, il a nommé le 12 janvier 2014, « son » premier cardinal ivoirien, soulignant encore une fois la place de l’Eglise catholique de Côte d’Ivoire dans l’Eglise universelle et transmettant par cette décision, un message plein de signification. A savoir d’une part, promouvoir un fils de ce pays à un plus haut titre ecclésiastique en l’élevant à la dignité cardinale. D’autre part, acter cette promotion dans une période où le pays, divisé par la crise postélectorale, prône la réconciliation puis cherche les voies et moyens de la réaliser. Il s’agit donc d’un geste d’amitié et de fraternité à l’égard de la Côte d’Ivoire et de son église catholique qui, avec d’autres responsable religieux et politiques s’évertuent à jouer leur partition dans le but de créer les conditions de l’apaisement, du dialogue et de la réconciliation. Rappelons que lors de son audience avec Monseigneur Dominique Mamberti, Madame la Grande Chancelière avait déclaré que le Chef de l’Etat tenait à faire savoir au Vatican que « La Côte d’Ivoire se sent honorée par la nomination d’un troisième cardinal ».

Troisièmement, le pape François recevra dans quelques mois tous les évêques ivoiriens pendant une semaine dans le cadre de leur « visite Ad Limina Apostolorum ». Cette visite de courtoisie et de travail s’effectue normalement tous les cinq ans. La dernière que l’épiscopat avait faite, s’est déroulée du 29 mars au 5 avril 2006. La suivante aurait dû avoir lieu en 2011, mais la période électorale de 2010, très chaude avec ses conséquences politiques immédiates, n’a pas été propice au voyage collégial à Rome, les évêques étant eux aussi fortement impliqués dans la recherche de la paix. C’est finalement, presque huit ans après leur dernière visite au pape Benoit XVI (avec qui c’était la première) qu’ils vont enfin retrouver la joie et le plaisir de ces séances de travail collectives et individuelles, avec son successeur. Le pape François aura donc l’opportunité de mieux connaître chaque dignitaire de l’Eglise catholique ivoirienne ainsi que les réalités pastorales de chaque territoire diocésain et d’entendre leurs attentes. Les évêques réitéreront (à n’en point douter) leur invitation au Saint Père pour une visite dans leur pays, en avançant davantage d’arguments et d’éléments actuels et futurs.
En attendant, il faut savoir que le pape François ne fera pas le voyage de la Côte d’Ivoire en 2014. Selon nos sources au Vatican en général et à la curie romaine en particulier, il a décidé de consacrer la présente année à l’Asie. Aucune visite papale ne devrait donc être effectuée en Afrique qui ne figurerait pas sur son agenda. L’hôpital catholique Saint Joseph Moscati, œuvre spirituelle et d’assistance au plus démunis, bâtie à Yamoussoukro près de la basilique, pourrait donc ouvrir et être mis en service normalement en attendant sa bénédiction éventuelle par le Pontife romain. Avec toutefois la probabilité d’une simple inauguration par le Vatican en la personne d’un cardinal légat du pape. Conférant ainsi la légitimité due par le Saint-Siège à cet établissement hospitalier destiné à soigner les corps, pendant que la basilique continue de soigner les âmes.

Le pape François quant à lui, pourrait faire la surprise de sa visite aux ivoiriens l’année prochaine en 2015. Si Dieu le veut. Et ce pourrait être alors un formidable encouragement à préserver la paix. En plaine année électorale...

Journaliste
LEBRY LEON FRANCIS
PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Playlist Société

Toutes les vidéos Société à ne pas rater, spécialement sélectionnées pour vous

PUBLICITÉ