La troisième Journée scientifique du Centre de Recherche en Communication (CERCOM) s’est tenue le mercredi 21 janvier 2026 à l'Université Félix Houphouët-Boigny réunissant universitaires, hommes de médias et intellectuels autour d’un thème sensible et d’actualité à savoir "Journalisme et élection en Côte d'Ivoire : entre fabrication de l’opinion publique et perturbation du cycle électoral".
Une rencontre de haut niveau intellectuel, marquée par des échanges francs sur les responsabilités des acteurs de l’information dans un contexte politique souvent tendu.
L' activité a été officiellement ouverte par le Professeur Kamaté Banhouman André, Directeur de l’UFR Information, Communication et Arts (UFRICA) de l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB). Dans son allocution, il a salué la pertinence du thème, qu’il a présenté comme un point d’équilibre entre mémoire et projection.
« C’est un thème qui nous permet de regarder le passé, tout en nous invitant à nous pencher vers l’avenir. Il nous positionne dans un entre-deux », a-t-il expliqué.
Le Professeur Kamaté André a rappelé que depuis l’avènement du multipartisme dans les années 1990, l’histoire électorale ivoirienne reste marquée par des violences et des perturbations récurrentes. Il a surtout insisté sur la responsabilité des médias et des journalistes, souvent accusés d’alimenter les tensions.
« Entre information et désinformation, il existe un décalage dangereux qui peut conduire à des périls pourtant évitables, si l’on restait fidèle à la déontologie du métier », a-t-il souligné, appelant à des échanges fraternels et cordiaux, au-delà des clivages politiques sous-jacents.
Pour lui, le débat démocratique doit reposer non sur l’argument de la force, mais sur la force des idées.
Prenant ensuite la parole, Bamba Sidibé, Directeur du Centre d'Étude et de Recherches en Communication (CERCOM) et Président du Comité d'Organisation, a replacé cette troisième journée dans la continuité des précédentes rencontres scientifiques organisées par le centre. Il a rappelé que ces journées visent à offrir un cadre de réflexion critique sur les grandes questions sociopolitiques contemporaines.
« Nous sommes tous enfants de ce pays et nous savons que nos élections sont toujours des moments chauds », a-t-il souligné, évoquant les crises électorales successives de 1995, 2000, 2010 et leurs conséquences sur la cohésion nationale. Selon lui, la persistance des tensions électorales impose une analyse lucide du rôle de la communication dans la fabrication de l’opinion publique.
Moment fort de cette journée scientifique, l’intervention de Georges Aboké, ancien Directeur général de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI), a profondément marqué l’auditoire. Pour lui, les élections sont devenues des périodes où les ambitions personnelles se déchaînent, générant des tensions parfois meurtrières.
« Nos élections ont malheureusement été des moments de vive tension, avec de nombreux morts », a-t-il déploré.
Très critique à l’égard des médias, Georges Aboké a dénoncé leur rôle parfois néfaste, estimant que certains organes de presse « mettent de l’huile sur le feu » en se comportant comme des extensions de partis politiques. Une dérive qui, selon lui, nuit gravement à la démocratie.
« Il est temps que les élections retrouvent leur sincérité et deviennent crédibles », a-t-il lancé, appelant à un sursaut éthique des professionnels des médias.
Au total, vingt communications, ont enrichi les débats, croisant analyses universitaires et regards professionnels sur les enjeux médiatiques et politiques.
R-SEKONGO

