La Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » (CUEFPOD), le Centre de développement de l’OCDE et l’Agence Nationale de la Statistique (ANStat) ont dévoilé, le 24 mars 2026, les résultats préliminaires de l’Enquête Nationale sur la Masculinité en Côte d’Ivoire (EMASCI), lors de la 3ᵉ réunion du Groupe Technique Consultatif (GTC).
Cette rencontre hybride, tenue à Cocody Angré sous la présidence de Mme Euphrasie Kouassi Yao, représentée par M. Alexis Tchiakpé, et de Mme Bathylle Missika (OCDE), a réuni des acteurs du gouvernement, de la recherche, des organisations internationales et de la société civile.
« Pour la première fois, nous disposons d’une photographie détaillée, à l’échelle infranationale, de la manière dont les normes de masculinité façonnent les opportunités économiques des femmes, alimentent les violences basées sur le genre et affectent le bien-être des hommes eux-mêmes. Ce diagnostic est un outil précieux pour orienter des politiques publiques ciblées et transformatrices », a souligné Mme Bathylle Missika, Cheffe de la Division Développement inclusif et Partenariats au Centre de développement de l’OCDE.
Menée auprès de 2 796 individus dans 1 530 ménages répartis sur les 8 zones linguistiques du pays, l’EMASCI livre trois enseignements principaux.
Des normes profondément ancrées. L’indice moyen de masculinité s’établit à 57 sur 100, avec une fracture géographique prononcée entre le Nord (65) et le Sud (53). Près de 97 % de la population considèrent que le rôle premier de l’homme est de subvenir aux besoins financiers de sa famille. L’éducation apparaît comme le déterminant le plus systématique associé à des attitudes plus égalitaires, tandis qu’une dynamique générationnelle préoccupante se dessine : les jeunes hommes expriment des attitudes plus restrictives que leurs aînés, alors que les jeunes femmes adoptent des positions plus égalitaires.
Un frein à l’autonomisation économique des femmes. Si 73 % des hommes sont en emploi contre 46 % des femmes, les normes restrictives n’affectent pas tant l’accès aubmarché du travail que l’autonomie des femmes dans la prise de décision et le contrôle des ressources : 79 % des décisions économiques du ménage restent prises par les hommes, et les femmes consacrent 7,3 heures par jour aux tâches domestiques et de soins, contre 2,2 heures pour les hommes.
Des violences basées sur le genre persistantes. 29 % des femmes et 19 % des hommes déclarent avoir subi des violences conjugales au cours de leur vie. L’adhésion aux normes restrictives est significativement associée à la perpétration de violences, tandis que près de 30 % de la population justifient le recours à la violence conjugale dans certaines situations, un chiffre en hausse chez les femmes et les jeunes.
« L’objectif de cette étude est de produire des données de qualité pour appuyer la conception de politiques publiques visant à promouvoir l’émergence d’une masculinité positive », a rappelé Mme Doria Deza, Sous-Directrice des Statistiques Sociales et des Ménages à l’ANStat, qui a conduit la collecte de terrain avec un taux de réalisation de 100 % des ménages ciblés et un taux de réponse individuel de 91,4 %.
Au terme de la session, deux décisions majeures ont été adoptées : d’une part, la transmission des résultats préliminaires à l’ensemble des membres du GTC afin de leur permettre une lecture approfondie ; d’autre part, l’organisation d’un atelier pratique destiné à analyser et enrichir collectivement ces résultats en vue de leur adoption. Cet atelier devra dégager des pistes de solutions et des propositions concrètes capables de corriger les normes restrictives identifiées par l’enquête.
« Ces résultats constituent une avancée majeure dans la compréhension des dynamiques de genre en Côte d’Ivoire. Ils nous offrent, pour la première fois, une base empirique solide pour concevoir des politiques publiques qui engagent les hommes comme partenaires du changement vers l’égalité », a déclaré M. Alexis Tchiakpé, Administrateur Général de la CUEFPOD, représentant Mme Euphrasie Kouassi Yao.
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