À travers une journée de sensibilisation organisée ce mercredi 15 avril 2026, à Abobo, l’ONG Eva Liberty, dirigée par sa présidente fondatrice Kouakan Estelle, a non seulement interpellé élèves et encadreurs, mais surtout lancé un appel clair en faveur d’un accompagnement institutionnel pour étendre ses actions.
Face à un auditoire attentif, Kouakan Estelle a donné le ton dès l’entame de son intervention : « Je ne suis pas venue seulement pour parler, mais pour dire une vérité qui dérange ». Une réalité qui, selon elle, continue de briser des parcours scolaires dans le silence. Pour la fondatrice, le combat dépasse la simple sensibilisation : il s’agit d’un engagement personnel transformé en mission sociale.
Ancienne victime, elle n’a pas hésité à partager une partie de son histoire, marquée par un abandon forcé de l’école suite à des faits de harcèlement. Un vécu qui fonde aujourd’hui l’ADN de l’ONG. « Eva Liberty est un cri de mon âme. Ce que j’ai vécu, je veux éviter que d’autres enfants le subissent », confie-t-elle avec gravité.
Depuis sa création en 2016 et son déploiement effectif en 2019, l’ONG multiplie les actions de terrain, essentiellement sur fonds propres. Conférences, échanges directs avec les élèves, formations sur les droits et devoirs : les initiatives se veulent concrètes et adaptées aux réalités du milieu scolaire ivoirien. Mais cette dynamique reste freinée par un manque de moyens.
« Nous avons la volonté et l’expérience du terrain, mais pas les ressources suffisantes pour couvrir un plus grand nombre d’établissements », regrette la présidente, qui appelle l’État, notamment le ministère de l’Éducation nationale, ainsi que les partenaires techniques et financiers, à soutenir durablement l’organisation.
Sur le terrain, les résultats sont pourtant perceptibles. Au groupe scolaire Les Pingouins, la direction salue déjà l’impact de cette collaboration. « Cette initiative arrive à point nommé. Elle renforce notre dispositif interne et facilite le fonctionnement du bureau d’écoute », souligne Kouamé Edith, directrice des études du secteur technique. Elle note également une libération progressive de la parole chez les élèves.
Dans une logique de pérennisation, un club Eva Liberty a été mis en place au sein de l’établissement. Composé d’élèves engagés, ce cadre se veut un relais des actions de prévention et un espace de confiance pour les victimes. Pour N’guessan Lou Balonan, vice-présidente du club, l’objectif est clair : « Permettre aux élèves de s’exprimer et contribuer à mettre fin à ce fléau ».
Au-delà de cette activité ponctuelle, Eva Liberty ambitionne de bâtir un véritable réseau d’intervention dans les écoles ivoiriennes. Un objectif qui, selon sa fondatrice, ne pourra être atteint sans un appui structuré.
Dans un contexte où la protection des élèves devient une priorité nationale, l’ONG espère que son plaidoyer trouvera un écho favorable auprès des autorités et des partenaires. Car, comme le rappelle Kouakan Estelle, « le plus grand danger reste le silence ».
JB

