Les femmes de Taboth, une localité du sud est de la Côte d'Ivoire et appartenant au département de Jacqueville, ont exprimé, ce jeudi 09 juillet 2026 à Jacqueville, leurs préoccupations liées aux impacts de la centrale thermique d'Atinkou sur leurs conditions de vie. Face aux autorités administratives, aux représentants de la Banque africaine de développement (BAD), aux responsables du projet Atinkou, aux organisations de la société civile et aux médias, elles ont plaidé pour une meilleure prise en compte de leurs attentes dans la mise en œuvre des projets de développement.
Cette rencontre s'inscrit dans le cadre du projet '' Amplifier la voix des femmes affectées par les projets financés par la Banque africaine de développement (BAD) en Afrique de l'Ouest '', porté par la Coalition ivoirienne des défenseurs des droits humains (CIDDH), en partenariat avec Lumière Synergie pour le Développement (LSD/SynDev).
L'initiative vise à renforcer la participation citoyenne des femmes vivant dans les zones affectées par les grands projets d'infrastructures et d'énergie, où elles demeurent souvent les premières exposées aux conséquences sociales, économiques et environnementales.
Pendant plusieurs heures d'échanges, les participantes ont dressé un état des lieux des difficultés auxquelles elles restent confrontées. Elles ont notamment évoqué les attentes encore non satisfaites depuis l'installation de la centrale thermique d'Atinkou, les répercussions du projet sur leur quotidien ainsi que leur souhait d'être davantage impliquées dans les mécanismes de consultation, de suivi et de prise de décision.
À l'issue des discussions, un mémorandum rassemblant les principales préoccupations et recommandations des femmes de Taboth a été remis aux autorités administratives, aux représentants de la Banque africaine de développement, aux responsables de la centrale thermique d'Atinkou ainsi qu'aux partenaires présents. Ce document a pour ambition d'ouvrir la voie à des réponses concrètes et à un dialogue plus régulier entre toutes les parties concernées.
Représentant le préfet du département de Jacqueville, le secrétaire général de la préfecture, Ouattara Ninthia Gervais, a salué une démarche qui favorise l'écoute et la concertation entre les différents acteurs.
Il a rappelé que les projets d'infrastructures et d'énergie sont essentiels au développement économique de la Côte d'Ivoire, tout en soulignant qu'ils doivent également intégrer les réalités sociales et environnementales des communautés d'accueil.
Selon lui, la participation des femmes constitue un élément indispensable pour bâtir des solutions durables et préserver la cohésion sociale.
La coordonnatrice nationale de la Coalition ivoirienne des défenseurs des droits humains (CIDDH), Marthe Coulibaly Pédan, a expliqué que cette initiative est née du constat selon lequel les communautés affectées par les projets financés par la BAD, en particulier les femmes, peinent encore à faire entendre leurs préoccupations.
Elle a indiqué que, malgré les efforts entrepris par les promoteurs de la centrale thermique d'Atinkou, plusieurs engagements pris au début du projet sont jugés insuffisamment réalisés par les populations. Des infrastructures mises en place ne répondraient pas totalement aux attentes exprimées, tandis que certaines préoccupations liées aux droits des habitants et à leurs activités économiques demeurent d'actualité.
'' Notre objectif est de permettre aux femmes de porter elles-mêmes leurs préoccupations afin qu'elles soient prises en compte par les décideurs
...'', a-t-elle affirmé.
Pour sa part, la directrice des programmes de Lumière Synergie pour le Développement (LSD/SynDev), Ndeye Fatou, a rappelé que son organisation accompagne depuis plusieurs années les communautés concernées par ce projet.
Elle a souligné que plusieurs études ont été menées afin de documenter les impacts de la centrale thermique sur les populations et d'identifier leurs principales attentes.
Selon elle, la démarche engagée repose avant tout sur le dialogue.
'' Lorsque nous parlons de dialogue, il ne s'agit pas de critiquer les projets de développement. Il s'agit plutôt de réunir toutes les parties autour d'une même table'', a-t-elle expliqué.
Elle a insisté sur le droit des populations à être informées, consultées et associées aux projets qui influencent leur environnement et leurs moyens de subsistance, estimant que la participation des femmes demeure un facteur essentiel pour garantir le respect des engagements sociaux et environnementaux.
La réunion a également permis de faire le bilan des dix-huit mois de mise en œuvre du projet lancé en janvier 2025. Présentant les résultats obtenus, Prisca Tatiana Kouadio, membre de l'équipe du projet, a indiqué que plusieurs sessions de formation ont été organisées au profit des femmes et des jeunes filles de Taboth.
Ces formations ont porté sur les droits des femmes et des filles, le plaidoyer, le leadership, le changement climatique ainsi que la prise de parole en public. Un travail de dialogue intergénérationnel a également été conduit afin de renforcer les échanges entre les femmes et les jeunes filles de la localité.
Selon elle, ces différentes actions ont permis aux bénéficiaires de gagner en confiance et de mieux défendre leurs droits.
EA

