Le président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a officiellement ouvert, ce vendredi 10 juillet 2026 à Abidjan-Port-Bouët, le Forum ministériel sur les minéraux critiques, les chaînes de valeur et la valorisation. Cette rencontre de haut niveau réunit des responsables gouvernementaux africains, des partenaires au développement et des investisseurs autour d’un objectif commun : faire des ressources minières africaines un véritable levier de transformation économique.
Dans son allocution d’ouverture, Sidi Ould Tah a appelé les pays africains à bâtir un nouveau partenariat fondé sur la valorisation locale des ressources naturelles plutôt que sur leur simple exportation à l’état brut. « L’objectif de cette conférence est d’opérer un changement de paradigme afin que le continent africain puisse mieux gérer ses ressources et en tirer tous les bénéfices nécessaires pour ses populations », a-t-il déclaré.
Le président de la BAD a articulé son analyse autour de quatre grands paradoxes qui freinent le développement du continent. Le premier concerne les ressources naturelles. Bien que l’Afrique concentre plus de 30 % des ressources minérales mondiales et plus de 60 % des terres arables non cultivées, sa contribution au PIB mondial demeure limitée à environ 3 %.
Le deuxième paradoxe porte sur le financement. Selon lui, le continent fait face à un déficit annuel de financement estimé à 400 milliards de dollars soit plus de 229, 558 milliards de Francs CFA, alors même que plus de 4 000 milliards de dollars soit plus de 2. 295, 582 milliards de Francs CFA d’épargne africaine restent immobilisés dans les banques centrales, les fonds souverains, les compagnies d’assurance et les fonds de pension.
Le troisième paradoxe est celui de l’investissement. Malgré d’importantes opportunités dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’agriculture et des minéraux critiques, l’Afrique ne capte qu’environ 6 % des investissements directs étrangers mondiaux.
Enfin, il a dénoncé le faible niveau d’intégration économique du continent. Alors que l’Afrique représente un marché de 1,4 milliard d’habitants appelé à atteindre 2,5 milliards en 2050, le commerce intra-africain plafonne à seulement 16 %, loin derrière l’Asie (60 %) et l’Europe (70 %).
Pour répondre à ces défis, Sidi Ould Tah a présenté la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD), lancée à Abidjan le 9 avril dernier. Cette stratégie repose notamment sur quatre instruments majeurs : une plateforme panafricaine de garantie destinée à réduire les risques des investissements, la mobilisation des capitaux africains issus des fonds de pension et des investisseurs institutionnels, un mécanisme renforcé de préparation des projets afin de les rendre bancables, ainsi que la mise en place de partenariats financiers avec les États membres et les marchés internationaux.
Le président de la BAD a assuré que son institution mettrait son expertise et sa capacité financière au service de la création de chaînes de valeur régionales capables de transformer localement les ressources minières africaines.
Prenant la parole à son tour au nom du gouvernement ivoirien, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a salué l’initiative de la BAD, estimant que les minéraux critiques constituent désormais un enjeu stratégique pour l’avenir économique du continent.
Selon lui, l’Afrique doit saisir cette opportunité pour accélérer son industrialisation, créer des emplois durables et renforcer sa souveraineté économique grâce à une meilleure valorisation de ses ressources.
Le ministre a souligné que la Côte d’Ivoire dispose d’un potentiel minier considérable. Environ 35 % de son territoire repose sur des formations birrimiennes riches en or, tandis que les trois quarts du territoire national sont considérés comme potentiellement riches en minéraux critiques.
Il a rappelé que la valorisation de ces ressources constitue un axe majeur de la vision du Président de la République, Alassane Ouattara, visant à hisser la Côte d’Ivoire au rang de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure à l’horizon 2030.
À cet effet, le gouvernement a adopté une politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie couvrant la période 2026-2040, représentant un investissement global de 38 000 milliards de francs CFA, dont 88 % devraient être financés par le secteur privé.
Pour Mamadou Sangafowa-Coulibaly, aucun pays africain ne pourra relever seul les défis liés aux minéraux critiques. Il a plaidé pour une coopération régionale afin de développer des chaînes de valeur intégrées, dans le prolongement des réflexions engagées lors du SIREXE 2024.
Le ministre ivoirien a lancé un appel aux investisseurs et aux partenaires internationaux afin qu’ils accompagnent les ambitions du continent. « L’Afrique est prête à faire des minéraux critiques un levier de transformation économique et industrielle », a-t-il affirmé, invitant les participants à envoyer depuis Abidjan un signal fort au reste du monde sur la volonté du continent de mieux valoriser ses richesses naturelles.
Cyprien K.

