Côte d’Ivoire : les radiologues formés au nouveau lexique BI-RADS 2025 pour améliorer le dépistage du cancer du sein
Les radiologues, médecins en spécialisation et professionnels de l’imagerie médicale ont été formés aux nouvelles recommandations du lexique BI-RADS v2025, lors d’une session de formation médicale continue consacrée à l’imagerie mammaire. Cette mise à niveau vise à harmoniser les pratiques diagnostiques et à renforcer la qualité des comptes rendus afin de favoriser une prise en charge plus précoce et plus efficace du cancer du sein.
Organisée à l'amphithéâtre de l'hôpital mère-enfant de Bingerville , cette formation a réuni 121 participants, dont 45 médecins radiologues, 17 internes des hôpitaux, 45 médecins en Diplôme d’études spécialisées (DES) d’imagerie médicale, cinq ingénieurs en imagerie médicale et neuf techniciens supérieurs en imagerie médicale.
La session a été animée par la Pr GUI-BILE Lynda, Professeur titulaire de radiodiagnostic et d’imagerie médicale à l’Université Félix Houphouët-Boigny, spécialiste de l’imagerie de la femme et de l’imagerie oncologique. Elle avait pour objectif de présenter les principales évolutions introduites par la nouvelle édition du manuel BI-RADS, notamment en mammographie, tomosynthèse et échographie mammaire.
Selon les explications de la Pr Bilé, cette actualisation intervient dans un contexte où le cancer du sein demeure un enjeu majeur de santé publique. Elle a souligné le rôle central des radiologues, présents tout au long du parcours de prise en charge, depuis le dépistage et la détection d’une anomalie jusqu’au suivi thérapeutique.
« Il nous faut utiliser les mêmes termes quel que soit la région du monde dans laquelle nous sommes », a-t-elle expliqué, insistant sur la nécessité d’harmoniser les comptes rendus afin d’améliorer la communication entre radiologues, oncologues, chirurgiens et autres spécialistes impliqués dans la prise en charge des patientes.
La nouvelle version du BI-RADS apporte plusieurs changements dans la description des anomalies mammaires. Elle introduit notamment de nouvelles formulations, supprime certains descripteurs devenus obsolètes et réorganise plusieurs critères afin de faciliter une interprétation plus homogène des images.
En mammographie, la formation a notamment porté sur la densité mammaire, la tomosynthèse, la description des masses, des calcifications, des asymétries et des distorsions architecturales. Les participants ont également été sensibilisés à l’importance de la localisation précise des lésions et de la comparaison avec les examens antérieurs.
Une attention particulière a été accordée à la classification des calcifications, à la hiérarchisation des anomalies et à la distinction entre résultats principaux, résultats secondaires et caractéristiques associées. L’objectif est notamment d’éviter les ambiguïtés susceptibles de retarder ou de compliquer la prise en charge.
L’échographie mammaire a également fait l’objet d’importantes mises à jour. Les participants ont été formés à la description de la composition tissulaire, des masses et des ganglions lymphatiques, mais aussi à une nouvelle catégorie consacrée aux lésions non-masses échographiques.
Pour les formateurs, cette évolution doit permettre aux praticiens de mieux décrire certaines anomalies qui ne répondent pas aux critères classiques d’une masse et qui pouvaient auparavant être difficiles à caractériser dans les comptes rendus.
La formation a aussi insisté sur l’évaluation morphologique des ganglions, notamment axillaires, ainsi que sur la nécessité de rechercher certains signes susceptibles d’orienter vers une atteinte ganglionnaire.
Au-delà de la terminologie, la session a rappelé l’importance d’un compte rendu structuré. Les participants ont été invités à préciser les indications de l’examen, la technique utilisée, la densité mammaire, les anomalies observées, leur localisation et, lorsque cela est nécessaire, la conduite à tenir.
Le Pr Adoubi Innocent, directeur-coordonnateur du Programme national de lutte contre le cancer, a pour sa part souligné l’importance de la collaboration entre cliniciens et radiologues. Il a estimé que l’harmonisation des pratiques permettrait notamment de réduire les biopsies inutiles et d’améliorer l’orientation des patientes vers les examens et traitements appropriés.
Il a également appelé à une meilleure répartition des radiologues sur le territoire national, relevant que la concentration des spécialistes dans les grandes villes contribue à créer des zones de faible couverture médicale. Pour lui, le renforcement des capacités et le déploiement des équipements adaptés doivent accompagner les efforts de lutte contre le cancer du sein.
La rencontre a enfin permis aux participants de discuter de plusieurs cas cliniques et de confronter leurs pratiques autour de la rédaction des comptes rendus normaux et pathologiques. Cette approche interactive devait favoriser l’appropriation des nouvelles recommandations et leur application dans les structures sanitaires.
À l’approche d’Octobre Rose, mois consacré à la sensibilisation et à la lutte contre le cancer du sein, les organisateurs entendent ainsi contribuer au renforcement des compétences des professionnels de l’imagerie médicale. Une démarche qui s’inscrit dans l’objectif d’améliorer le dépistage précoce et, à terme, les chances de guérison des personnes touchées par cette maladie.
JB

