Le Groupement des Artisans Miniers de Côte d’Ivoire (GRAMCI) entend clarifier sa position sur la problématique de l’orpaillage en Côte d’Ivoire. Dans une déclaration rendue publique ce lundi 31 août 2026, l’organisation, par la voix de son premier vice-président, Eugène Malan, salue la fermeté de l’État face à l’orpaillage clandestin, tout en appelant à accélérer la formalisation de la petite mine.
Le GRAMCI se démarque toutefois de la proposition de moratoire évoquée dans le débat public, estimant qu’une suspension générale des activités ne permettrait pas, à elle seule, de résoudre durablement le problème.
Pour le Groupement des Artisans Miniers de Côte d’Ivoire, il convient de distinguer clairement l’orpaillage clandestin de l’exploitation minière artisanale exercée dans un cadre légal.
L’orpaillage clandestin, explique l’organisation, échappe à la réglementation, favorise les circuits informels et constitue une menace pour l’environnement, les terres agricoles, les ressources en eau ainsi que la sécurité des populations. Il entraîne également une perte de revenus pour l’État et les communautés.
À l’inverse, l’orpaillage légal s’inscrit dans un cadre réglementaire permettant d’identifier les opérateurs, d’assurer la traçabilité de la production et de faire bénéficier l’État et les communautés des retombées économiques de l’activité. Il permet également d’encadrer la réhabilitation des terres après exploitation. « Le GRAMCI est contre l’orpaillage clandestin », affirme l’organisation. Pour elle, la lutte contre la clandestinité ne saurait toutefois être assimilée à une condamnation de l’orpaillage dans son ensemble.
Pour étayer sa position, le GRAMCI s’appuie notamment sur le bilan présenté lors de la réunion du Conseil national de sécurité du 23 juillet 2026.
Selon les données citées par l’organisation, les opérations menées entre 2021 et le premier semestre 2026 ont permis de déguerpir plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal. Elles ont également conduit au déferrement de 4 474 individus et à la saisie de plus de 960 millions de FCFA ainsi que d’environ 136 kilogrammes d’or.
Le Groupement considère ces résultats comme la traduction de la détermination des pouvoirs publics à lutter contre une activité qui prive la collectivité nationale d’une partie de ses ressources.
Parmi les dispositifs mis en place figurent notamment la création, en 2021, du Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI), l’action de la Brigade de Répression des Infractions au Code minier (BRICM) ainsi que le renforcement des moyens de surveillance. En juillet 2025, le ministère des Mines a notamment doté les directions régionales et départementales des Mines et de la Géologie de 30 drones de dernière génération.
Lancée le 8 décembre 2023 par le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, auprès de la Chambre nationale des Rois et Chefs traditionnels (CNRCT), une campagne nationale de sensibilisation à la lutte contre l’orpaillage clandestin est progressivement déployée dans les différents districts du pays.
Quatre éditions ont déjà été organisées. La première s’est tenue dans le District autonome des Savanes, du 17 au 20 juillet 2024, notamment à Kong, Boundiali et Korhogo. La deuxième a concerné le District autonome des Lacs et la région du Moronou, du 9 au 12 juillet 2025. La troisième s’est déroulée dans le District autonome des Lagunes, à Agboville et Adzopé, les 25 et 26 septembre 2025. La quatrième a eu lieu le 25 juin 2026 à Séguéla, au profit des régions du Bafing, du Béré et du Worodougou.
À cette dynamique s’ajoute un partenariat conclu le 11 juillet 2025 entre la Côte d’Ivoire, la Banque mondiale et le Conseil mondial de l’or, à l’issue d’un atelier national consacré à la transformation structurelle des petites mines. L’objectif est de promouvoir une exploitation minière artisanale et à petite échelle durable et responsable.
Sur le terrain, le processus de formalisation semble également s’accélérer. Plus de 800 autorisations d’exploitation artisanale et semi-industrielle auraient ainsi été délivrées au cours des trois dernières années, soit davantage que durant toute la décennie précédente, selon le GRAMCI.
Le premier concerne la sécurisation des revenus des populations rurales. L’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE), réservée aux Ivoiriennes et aux Ivoiriens selon le Code minier en vigueur, permettrait, à travers sa formalisation, de maintenir une part de la richesse créée dans les territoires producteurs.
Le deuxième enjeu est la professionnalisation des acteurs. La constitution de coopératives doit notamment faciliter l’accès aux autorisations et au financement, renforcer la formation managériale et améliorer la sécurité des travailleurs ainsi que la traçabilité de l’or. Selon le GRAMCI, le secteur fait vivre directement ou indirectement près d’un demi-million de personnes.
La protection de l’environnement constitue le troisième enjeu. Les opérateurs légalement autorisés ne sont pas censés intervenir dans les forêts classées, les cours d’eau ou les zones sacrées et doivent se soumettre aux études d’impact environnemental et social.
Ces exigences figurent désormais parmi les critères du Prix national d’excellence de la meilleure structure du secteur des mines, dans la catégorie des mines semi-industrielles, qui a déjà distingué à deux reprises des entreprises ivoiriennes.
Le GRAMCI cite notamment l’exemple de la mine semi-industrielle d’Eburnie Gold Fields à Koun-Fao. Selon les données communiquées par le Groupement, l’entreprise emploie 20 salariés permanents et plus de 80 journaliers. Depuis 2022, elle aurait contribué à hauteur d’environ 300 millions de FCFA en taxes et impôts, près de 200 millions de FCFA au titre de la taxe ad valorem, quelque 375 millions de FCFA pour des projets communautaires et environ 180 millions de FCFA pour la réhabilitation progressive du site.
Dans l’objectif de favoriser la généralisation de ces pratiques, le GRAMCI indique avoir conclu un partenariat avec la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (SODEMI) afin d’accompagner une centaine de petits permis dans la recherche et l’évaluation de leurs ressources géologiques.
Le GRAMCI estime que l’expérience de la région de la Mé, où des entreprises minières avaient suspendu leurs activités en avril 2024, montre qu’une suspension des opérateurs légalement autorisés n’a pas suffi à endiguer l’orpaillage clandestin. Selon l’organisation, le phénomène aurait continué à prendre de l’ampleur malgré cette mesure.
Le Groupement privilégie donc une approche fondée sur la responsabilité, le dialogue et l’application effective de la réglementation, plutôt qu’une nouvelle suspension susceptible, selon lui, de pénaliser les opérateurs en règle sans s’attaquer aux causes profondes du phénomène.
Pour le GRAMCI, la Côte d’Ivoire doit désormais poursuivre une politique articulée autour de deux axes : une répression ferme, ciblée et continue de l’orpaillage clandestin et des réseaux qui le financent, parallèlement à une accélération de la formalisation de l’orpaillage légal et responsable.
Cette stratégie permettrait, selon l’organisation, d’éviter qu’un vide économique ne se crée après le démantèlement des sites clandestins, en offrant aux populations concernées des alternatives légales et encadrées.
« Le GRAMCI dit non à l’orpaillage clandestin. Le GRAMCI dit oui à une petite mine légale, responsable et créatrice de valeur », a insisté Eugène Malan.
Le premier vice-président du Groupement a enfin réaffirmé la disponibilité de l’organisation à accompagner le Gouvernement dans sa politique de formalisation, de professionnalisation et de responsabilisation de la petite mine en Côte d’Ivoire.
Cyprien K.

