Les bastions politiques ivoiriens sont-ils aussi immuables qu’ils le paraissent ? Depuis 2010, les comportements électoraux observés dans plusieurs territoires montrent des évolutions que la sénatrice Karidia Soukoule épouse Koné tente de mettre en perspective avec les transformations économiques et sociales du pays. Cette réflexion est au cœur de son ouvrage intitulé « Influence de la politique de la Grande Côte d’Ivoire ambitieuse et solidaire sur les bastions politiques ivoiriens », présenté le jeudi 24 septembre 2026 au siège du RHDP, à la rue Lepic, à Abidjan-Cocody.
À travers cette publication, l’auteure établit un lien entre l’action publique, les perceptions des populations et les évolutions des comportements électoraux. Son analyse repose notamment sur une enquête menée auprès de 507 citoyens inscrits sur les listes électorales et sur l’examen de plusieurs séquences électorales depuis 2010.
L’étude s’intéresse particulièrement à l’impact que peuvent avoir les transformations du cadre de vie sur la perception de l’action publique. Routes, ponts, échangeurs, accès à l’eau et à l’électricité, logements, infrastructures sociales et projets numériques figurent parmi les principaux indicateurs examinés.
Les résultats présentés font apparaître des niveaux de satisfaction différents selon les secteurs. L’accès à l’eau affiche ainsi 97 % de satisfaction, contre 89 % pour l’électricité. Pour les routes, ponts et échangeurs, le niveau de satisfaction présenté s’établit à 48 %. Concernant le logement, 70 % des personnes interrogées se déclarent satisfaites et 27 % assez satisfaites.
L’enquête prend également en compte plusieurs projets structurants ou récents, notamment le métro d’Abidjan, la ligne Abidjan-Yamoussoukro, la 5G et le déploiement du Wi-Fi dans les établissements scolaires. Selon les données communiquées lors de la présentation, 80 % des personnes interrogées ont une appréciation positive de ces initiatives.
Pour Karidia Soukoule, ces données permettent d’interroger la relation entre développement et comportement politique. L’enjeu n’est donc pas uniquement de mesurer la satisfaction des populations, mais de déterminer dans quelle mesure les changements économiques, sociaux et démographiques peuvent progressivement modifier les perceptions dans des territoires historiquement associés à certaines formations politiques.
Depuis 2010, relève l’analyse présentée dans l’ouvrage, les équilibres électoraux peuvent être influencés par plusieurs facteurs, notamment le renouvellement générationnel, l’évolution des attentes des citoyens et leur perception de l’action publique.
Présent à la cérémonie au nom de Gilbert Koné Kafana, président du Directoire du RHDP, Yao Séraphin a insisté sur l’importance de l’approche fondée sur les données.
« Il ne s’agit pas simplement d’affirmer ; il s’agit de mesurer, de comparer et d’analyser », a-t-il déclaré, estimant que les territoires politiques ne sont pas figés et peuvent évoluer sous l’effet des transformations sociales, économiques et démographiques.
Le ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement, Amadou Coulibaly, a, pour sa part, salué la démarche de la sénatrice. Il a notamment relevé l’intérêt de mettre en perspective les engagements pris par le Président Alassane Ouattara en 2010 avec les réalisations enregistrées depuis cette période.
Universités, routes, centres de santé, collèges de proximité et autres infrastructures ont ainsi été évoqués comme des éléments permettant de mesurer les transformations intervenues dans plusieurs territoires. Le ministre a toutefois reconnu que des défis restent à relever, notamment en matière de logement.
La cérémonie a également permis aux Éditions Balafon de réaffirmer leur volonté de contribuer à la documentation de la vie politique et de la gouvernance en Côte d’Ivoire à travers la publication d’ouvrages consacrés aux transformations du pays.
À travers son ouvrage, Karidia Soukoule ouvre ainsi le débat sur la capacité des mutations économiques et sociales à faire évoluer les perceptions citoyennes dans les territoires électoraux. Une question qui place les bastions politiques ivoiriens au croisement de l’histoire électorale, des transformations démographiques et de l’évaluation de l’action publique.
Cyprien K.

