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Art et Culture Publié le jeudi 15 octobre 2026 | Abidjan.net

Culture : Abidjan célèbre les 40 ans du passage de Jean-Michel Basquiat en Côte d’Ivoire

Culture : Abidjan célèbre les 40 ans du passage de Jean-Michel Basquiat en Côte d’Ivoire
© Abidjan.net Par DR
Culture : Abidjan célèbre les 40 ans du passage de Jean-Michel Basquiat en Côte d’Ivoire

Quarante ans après le passage de Jean-Michel Basquiat en Côte d’Ivoire, artistes, chercheurs, journalistes et acteurs culturels se sont réunis, le samedi 10 octobre 2026, à l’Institut français de Côte d’Ivoire, à Abidjan, pour revisiter l’histoire de l’artiste américain et documenter les liens entre son séjour ivoirien et son parcours artistique. Cette rencontre, dénommée « Palabres pour Basquiat », marque l’ouverture de la saison culturelle internationale STEREO FETISH, consacrée à l’artiste et portée par Anna-Alix Koffi.


La date de cette rencontre coïncide avec le 40e anniversaire du vernissage de l’exposition de Jean-Michel Basquiat au Centre culturel français d’Abidjan, le 10 octobre 1986. Organisée du 10 octobre au 7 novembre de la même année, cette exposition avait réuni 23 œuvres de l’artiste. Il s’agissait de son premier et unique voyage sur le continent africain. Basquiat avait choisi la Côte d’Ivoire pour séjourner, présenter ses œuvres et effectuer des déplacements, notamment à Korhogo.


À travers ce symposium d’ouverture intitulé « Lire l’esprit du temps depuis Abidjan », les organisateurs entendent remettre cet épisode au centre de l’histoire de l’art et documenter les liens entre l’artiste et le continent africain. La journée a été conçue sous la forme d’une palabre, privilégiant les échanges entre les participants plutôt qu’une succession de communications académiques.


À l’origine de cette initiative, Anna-Alix Koffi, fondatrice de SOMETHING art space et initiatrice de STEREO FETISH, explique avoir découvert, au cours de ses recherches, le peu de traces consacrées au passage de Basquiat en Côte d’Ivoire.


« Personne n’a parlé de ce passage en Côte d’Ivoire, c’est incroyable », a-t-elle relevé lors de son intervention. Elle rappelle que l’artiste avait séjourné une dizaine de jours dans le pays et exposé à Abidjan de son vivant. Le nom STEREO FETISH fait d'ailleurs référence à deux dessins réalisés par Basquiat à Abidjan, sur lesquels il avait inscrit ces mots avant de les offrir à Monique Le Houelleur et à Kaidine. Ces œuvres ont par la suite été revendues.


Près de deux ans après le lancement de ses recherches, Anna-Alix Koffi indique que plusieurs avancées ont été réalisées. Avec la chercheuse Candice Guettey, basée à Paris, elle a notamment reconstitué la liste des 23 œuvres présentées lors de l'exposition de 1986, rassemblé des archives et des témoignages et retrouvé la trace de la vente de l'un des dessins réalisés en Côte d'Ivoire chez Sotheby's.


Les travaux ont également permis de constituer un corpus élargi de 102 œuvres. Cette recherche scientifique, conduite entre Abidjan et Paris, doit contribuer à documenter un chapitre peu exploré de la trajectoire de l'artiste.


Le projet est placé sous la direction générale et artistique d'Anna-Alix Koffi, avec Simon Njami au commissariat général et Ange-Frédéric Koffi comme commissaire invité. Le conseil scientifique comprend notamment Ugochukwu-Smooth C. Nzewi, conservateur au Museum of Modern Art (MoMA) de New York, et Odile Burluraux, conservatrice en chef au Musée d'Art moderne de Paris.


Présent à cette rencontre, Bakary Sanogo, journaliste et expert en communication pour le développement, a également apporté son témoignage. Il avait couvert l'exposition de Basquiat en octobre 1986 en qualité de journaliste et critique d'art.


Revenant sur son travail de l'époque, il a décrit l'artiste comme une figure de l'audace et de l'avant-garde. « Jean-Michel Basquiat aura été une symphonie inachevée, il est parti très tôt », a-t-il déclaré, en référence à la disparition de l'artiste en 1988, à l'âge de 27 ans.


Selon lui, les œuvres de Basquiat témoignent d'une démarche artistique qui n'était pas nécessairement admise à l'époque, notamment à travers les influences du pop art et de l'art de la rue. « Aujourd'hui, 40 ans, 50 ans après, on parle toujours de Basquiat. C'est ça la création, c'est ça l'œuvre utile en matière de création artistique, c'est de voir loin », a-t-il souligné.


Les échanges ont également permis de mettre en évidence la dimension culturelle de l'œuvre de Basquiat. Arthur Jafa, artiste et cinéaste américain, a insisté sur la contribution de l'artiste à l'histoire de l'art noir. D'origine haïtienne par son père et portoricaine par sa mère, Basquiat portait plusieurs héritages culturels qui se retrouvent dans son langage visuel.


Il a notamment relevé que l'expression artistique noire ne saurait être réduite à la musique, soulignant l'existence de traditions riches et diversifiées dans les arts visuels et matériels, particulièrement sur le continent africain.


Le symposium a également réuni plusieurs personnalités du monde de l'art et de la recherche, notamment Simon Njami, María Elena Ortiz, Henri N'Koumo, Mathilde Moreau, Christelle Mangoua et Jean-Raymond Soro. Les échanges ont porté sur les références artistiques de Basquiat, ses rapports avec les cultures visuelles noires et ses liens avec les traditions artistiques ivoiriennes, notamment celles de Korhogo et le mouvement Vohou-Vohou.


De son côté, Deborah Attolini, conseillère politique à l'ambassade de Suisse en Côte d'Ivoire, a rappelé le rôle joué par son institution dans l'exposition de 1986, avec l'implication de Claudio Caratsch, alors ambassadeur de Suisse en Côte d'Ivoire. Elle a salué la capacité de l'artiste à établir des passerelles entre différentes cultures et à transmettre des messages à travers son travail.


« Nous voyons la culture et l'art comme des créateurs de ponts entre des peuples différents, entre des réalités différentes », a-t-elle affirmé, estimant que l'art constitue un moyen de dialogue et de construction d'une vision commune pour l'avenir.


La programmation de STEREO FETISH s'est poursuivie le dimanche 11 octobre 2026 à Grand-Bassam, avec l'inauguration, à SOMETHING art space, de la première exposition personnelle d'Arthur Jafa sur le continent africain.


Lion d'or à la Biennale de Venise en 2019, l'artiste américain est notamment connu pour son travail autour des cultures visuelles et musicales noires. Selon Anna-Alix Koffi, cette exposition, conçue et produite par ses soins, s'inscrit dans la volonté de faire de la Côte d'Ivoire un espace de production et de diffusion de l'art contemporain à l'échelle internationale.


Les journées des 10 et 11 octobre ont bénéficié du concours de la Fondation École du Beau, associée à Renaud Chauvin Buthaud. Le symposium a été accueilli par l'Institut français de Côte d'Ivoire, avec le soutien du ministère de la Culture de Côte d'Ivoire et de l'ambassade de France en Côte d'Ivoire, ainsi que l'appui des ambassades de Suisse et des États-Unis en Côte d'Ivoire.


Prévue d'octobre 2026 à août 2028, la saison STEREO FETISH se poursuivra avec la publication d'un ouvrage scientifique annoncé pour 2027, trois expositions en préparation et un projet documentaire. Des prolongements internationaux sont également envisagés.


R-SEKONGO 

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