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Chronique littéraire: prisonnier à raison
Publié le mardi 10 octobre 2017  |  L’intelligent d’Abidjan
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Anoh Ehouo Denis Camille. Je suis né le 23 décembre 1995 à Akoupé (Cote d’Ivoire). Il est étudiant en troisième année de cycle ingénieur en réseaux et télécommunication à L’institut National Félix Houphouët Boigny de Yamoussoukro (INP-HB). Né d’un père instituteur il a grandi avec les livres. C’est pour cette raison que son parcours de scientifique ne l’empêche pas de vivre sa passion : la littérature. Il adore la poésie.
Affaissé sur les rebords de la mélancolie j’inspire l’amère fragrance du désespoir. Ce nouvel ami qui distille son parfum dans ma vie de merde. L’existence d’un homme fauché par sa propre inconscience. Un bel idiot qui a troqué sa vie contre des verres de bière à 600 francs CFA. Alors qu’ils viennent, ceux qui m’ont surnommé ainsi car ils avaient raison : le fils prodigue de thomas est un raté.
Et pour moi, il est clair que le remords n’a pas sa place car ils m’avaient tous prévenu.
Quand Père a dit que je sacrifiais ma vie dans les bras de Morphée je trouvais qu’il était bavard. Et ma mère, pour moi était une conne car nuits et jours sa psalmodie était : « arrête de dilapider ton talent dans les parvis de l’orgueil ». Et voilà, je les ai tous remercié par un beau séjour en prison. Cet endroit pourri où la sodomie m’a crucifié au mur des toilettes. Et pendant deux ans je leur ai servi de serpillère. Le vilain petit canard chez qui chacun vient satisfaire sa libido. Crois-moi, tu n’as pas envie de vivre ça. En effet tu préférerais flirter avec des démons que de t’associer à une bande de scélérat au parfum de chacal. Aucune gloire ne vaut de payer un tel prix : sacrifier sa liberté. Peut-être celle d’être martyre mais moi au contraire je vais sortir d’ici en tant que raté et le seul témoignage que je rendrai sera celui d’un prisonnier qui a vendu son âme à la bêtise.
Crois-moi, tout est permis mais tout n’est pas utile. C’est le genre de phrase tirée de la Bible que j’ai apprise avec le prêtre. Sergio Bartolo, un septuagénaire Italien qui disait lire en moi la prestance d’un grand homme appelé à réaliser de grandes choses. Rire, je l’aurais jeté à la porte la première fois qu’il s’est pointé dans ma cellule si la faim ne me terrassait pas. C’est le genre de personne qui matin, midi et soir vous sert des discours sur l’espoir. Un jour il m’a dit : « mon cher Alex, L’espoir est l’instrument qui fait tonner le son de la persévérance. L’artiste qui imprime en nous le courage et qui nous amène à nous surpasser. Durant des siècles, l’espoir a bâti l’épopée des conquérants et marqué l’histoire de leurs empruntes. Et ce soir c’est ton tour car si tu acceptes de te repentir, la foi viendra à toi et avec elle l’espoir. Crois-moi, c’est l’heure de ton coming out. Si tu saisis cette bible, alors tu verras ». Quand je l’ai regardé avec dédain il l’a posée puis s’en est allé. Je crois que le message était passé. Et sa Bible je l’ai offerte aux toilettes. Une autre mauvaise action qui vient s’ajouter à la longue liste d’incartades. Mais crois moi j’ai déjà pleuré à l’église mais rien n’a changé dans ma vie. J’aurais adoré ce Dieu silencieux si ma vie n’était pas pleine de turbulence et de tapage. Grosso modo il n’y a jamais eu de place pour la méditation.
Les uns après les autres, les riches parents de mes amis venaient les sortir de prison. Seuls les moins nantis y ont passé plus de deux semaines car les plus riches n’ont même pas traversé la nuit. C’est donc moi, le fils du pêcheur, le clébard de la ménagère qui s’est mêlé à une bande de berger allemand qui allait payer pour cette grosse bourde. Voilà deux ans que je suis là et pas encore de procès. Il faut croire qu’à la justice il n’y a que des juges pour les pauvres et pas d’avocat. Donc jours après jours, la balance me retire 50g de plus. Une masse que je partage entre tristesses, peines et désespoirs : mes nouveaux amis fidèles. Mais pleurer m’ait interdit car mon sort je le mérite.
Je me faisais appeler Johny Pacheco, l’inventeur de rêves. Mais il faut croire que j’étais un envoyé de Dieu car dit-on : « nul n’est prophète chez soi ». C’est la seule raison qui explique que mes rêves à moi dorment aujourd’hui en prison ; sous un matelas de dix centimètres d’épaisseur.
On commet tous cette erreur. Celle de vouloir vivre au-dessus de ses moyens. Rapidement l’on veut gravir la pyramide d’Abraham maslow et en l’espace d’une nuit on embrasse un désir d’appartenance offert par les fils du libanais de quartier. C’est ainsi que je me suis retrouvé dans « la bande des portugais ». Tel était notre appellation et en parfait cafard je voulais pisser dans des vêtements qui ne m’appartiennent pas. J’ai gouté à la drogue, fréquenté des prostitués et commis des infractions volontaires pour la grande gloire de la bande. Encore quelques mois et je virais de noir à blanc car la dépigmentation me collait à la peau. Je voulais être comme eux. Et le pire c’est que j’étais au-devant des bagarres. Sauf que la dernière m’a valu la prison car quelqu’un devait payer pour l’homme que nous avons poignardé. Ipso facto, comme d’habitude les riches chient et les pauvres ballaient. Il faut croire que je remplis ainsi mon devoir.
Dernièrement j’ai appris qu’ils ne sont même plus au quartier. Après le bac, chacun s’est envolé pour une destination de choix : Allemagne, Brésil et Etats-Unis. Tandis que moi, je fais la serpillère en prison : mon nouvel eldorado.
Ici je croupis dans un tas d’immondices avec des hommes sans foi ni loi. Des criminels qui se sont jurés de faire payer le système car seul les riches deviennent de plus en plus riches. Et les pauvres continuent de creuser leurs propres tombes. A les entendre on leur offrirait la patrie à gouverner mais la vérité c’est que chacun d’entre eux court après une part du gâteau national : le pouvoir. Une fois à la tête du pays ils en feront un restaurant où on ne sert que démagogie et népotisme. Les plats préférés des politiciens africains. Oh mère ! Pourquoi ne t’ai-je pas écoutée ?
La nuit, dans cette petite pièce sombre que je partage avec mes quinze codétenus, je me rappelle des paroles de père Bartolo. Son mot clé « l’espoir » ; j’ai envie d’y croire. Espérer qu’au sorti d’ici je serai un homme nouveau. C’est tout ce qu’il me reste : la foi. Mais toi, tu as encore le choix de te faire une place dans ce monde et de devenir quelqu’un. Les erreurs que j’ai commises tu peux t’en défaire. Ne cherche pas à être celui que tu n’es pas sinon tu finiras tes jours à arpenter les petites allées crasseuses de la prison. Aucune de ses filles qui me trouvaient coriace n’est venue me voir en ces jours de malheur. Et elles ont raison car ce sont des filles de joie. Autrement on les aurait appelées « filles de peines ». Surtout, n’oublie jamais que l’obéissance à tes parents te sauvera la vie. Ici en prison le pire…
Attends, je crois qu’on m’appelle.
•Qui est-ce s’il vous plait ?
•L’avocat commis d’office. Maitre Zebadjan.
•Enfin ! ce n’était pas trop tôt. 😔
Ils vont finalement me juger.
Prie pour moi.

Anoh Ehouo Denis Camille
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