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Les funérailles du PM Amadou Gon Coulibaly ne peuvent pas faire fi des alliances inter-ethniques, selon Amoa Urbain (Interview)

Publié le jeudi 16 juillet 2020  |  AIP


Abidjan- Les obsèques du Premier Ministre, Amadou Gon Coulibaly ont démarré mardi 14 juillet 2020 par un hommage de la nation sur le parvis du palais présidentiel, en présence du Président de la République, Alassane Ouattara. C’est dans ce contexte que l’auteur de plusieurs travaux portant sur les alliances inter-ethniques et les parentés à plaisanterie, Pr Urbain Amoa, directeur scientifique de la cité des Reines et des Rois, dans une interview à l’AIP, explique l’importance des alliances inter-ethniques et ce à quoi l’on doit s’attendre aux obsèques du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly dont l’inhumation aura lieu vendredi dans la stricte intimité familiale après la prière mortuaire à la grande mosquée de Korhogo.

Professeur Urbain Amoa, vous êtes un expert en matière de diplomatie coutumière pour laquelle vous avez réalisé de nombreux travaux de recherche. Alors, d’où vient le fait que des peuples en sont arrivés à tisser entre eux des alliances ?

L'histoire des peuples et des mouvements migratoires nous enseigne que les communautés humaines "marchent" dans le temps et dans l'espace au fil des ans. Que dans cette marche de bien-être et de tranquillité ceux-ci découvrent d'autres peuples, s'installent momentanément auprès de ces peuples d'accueil soit par négociation (diplomatie coutumière) soit par la guerre. Que cette dynamique de quête permanente d'un bien-être durable fondée sur l'existence d'une riche terre exploitable spirituellement et économiquement et d'un cours d'eau qui arrose la zone convoitée. A la suite des négociations qui, en nombre de cas échouent pour des raisons d'intérêt, des guerres fratricides ou non éclatent qui brisent l'harmonie de la cohabitation. Toujours dans leur quête de bien-être, ces peuples finissent par s'installer en un ailleurs qui leur devient propre.

En cas de guerre, chaque peuple fait appel à des peuples alliés (les alliances fraternelles ou inter-communautaires). En cas de guerre, un pacte de non-agression ou de paix perpétuelle est signé, par les ex-belligérants, qui notifié (oraliture) par un symbole qui a but de rappeler aux générations futures, qu'un pacte de paix et de cohabitation fraternelle pacifique a été conclu pour toujours comme pour dire, "plus jamais ça". Dès lors, les peuples-en-situation deviennent des peuples alliés et des peuples frères par un Serment. En cas de non-respect de ce pacte et conformément aux clauses les contrevenants ou leurs descendants peuvent être victimes de malheurs. Ainsi, si un détenteur d'une parcelle d'autorité outrepasse ces dispositions à valeur de pactes sacrés (la dimension spirituelle du pacte), des drames et des malheurs peuvent intervenir en cascade pour rappeler la colère des Anciens (les bons ancêtres) devenus eux-mêmes des saints ou des dieux. Aussi est-il admis qu'en cas de conflit entre des personnes appartenant à ces peuples, qu'une force de résilience spontanée ou concertée conduise, par un jeu plaisant, d'où les parentés à plaisanteries, à la transcendance voire à l'oubli.

A l'intérieur des peuples, il est d'autres formes d'alliances dont les alliances onomastiques rythmées par les noms, ou encore des alliances internes dont les neveux, dans certaines civilisations sont les garants. Il est donc important, au regard de notre histoire récente, d'interroger nos valeurs, de les enseigner et les pérenniser ainsi que nous invite à le faire Birago Diop lorsqu'il écrit : « Ecoute plus souvent les choses que les êtres ». Les alliances interethniques, les parentés à plaisanteries les alliances inter-communautaires sont donc, plus qu'un simple module, un programme d'enseignement qui n'est qu'un pan de la diplomatie coutumière africaine pour laquelle j'ai créé à la Cité des Reines et des Rois (N'Douci-Tiassalé) et ce, en partenariat avec d'autres universités, La Chaire Afrique-Diaspora de la Diplomatie coutumière africaine qui reçoit ses premiers auditeurs soit sous forme de formation de courte durée soit sous forme de recherche universitaire (thèses et mémoires) car de cette façon que nous pourrons enseigner l'Afrique à l'Afrique.

La Côte d’Ivoire est riche de 60 ethnies. Pouvez-vous nous instruire sur les grandes alliances entre ses peuples ?

On ne peut pas parler de grandes alliances mais je crois qu’il y a plusieurs types d’alliances. Au niveau de la Côte d’Ivoire, on dénombre trois grands types d’alliances. Ce que mes travaux m’amènent à appeler les alliances à l’intérieur des aires culturelles en Côte d’Ivoire, les alliances inter-culturelles connues en Côte d’Ivoire et les alliances inter-culturelles peu connues en Côte d’Ivoire. S’agissant des alliances à l’intérieur des aires culturelles, on a par exemple des alliances au sein du peuple Akan et c’est souvent que vous entendrez des alliances entre Agni et Baoulé, Agni et Akyé, M’Batto et Abidji, Abidji et Adjoukrou, Abron et Ano. Ce sont des alliances fraternelles. On les appelle aussi des parentés à cousinage ou des cousinages à plaisanterie. Il y a toute une panoplie d’appellation et donc ce type d’alliance qui relève au sein du peuple Akan. Au sein du peuple Gur, vous avez des Lobi et Djimini, Tagwana et Sénoufo, Djimini/Tagwana, Senoufo/Lobi par exemple. Au sein du peuple Krou, vous avez les Dida et Godié, Oubi et Bété, Bété et Bakwé, Kroumen et Godié. Au niveau du peuple Mandé, vous avez par exemple, les Foula et Yacouba, Malinké et Bambara, Yacouba et Gouro, Koyaka et Foula, Toura et Foula, Gouro et Koyaka.

S’agissant du deuxième type d’alliances inter-culturelles connues en Côte d’Ivoire, il y a des alliances entre les peuples Akan et Krou. A ce titre, il y a des alliances entre les Abbey et Dida, Akyé et Dida et Abouré et Dida. Dans cette alliance ethnique entre le peuple Akan et Krou, les Dida apparaissent comme un peuple champion des alliances. Il y aussi des alliances entre Gur et Mandé. A ce niveau, il y a par exemple, une alliance entre les Senoufo et Gouro, Senoufo et Koyaka, Senoufo et Yacouba, Senoufo et Maou, Senoufo et Toura, Djimini et Maou, Tagwana et Koyaka.

Au delà de ces alliances, il y a des alliances inter-culturelles peu connues en Côte d’Ivoire. Et là aussi, il y a trois niveaux notamment les alliances entre Akan et Gur, Akan et Kru, Kru et Mandé. Dans l’alliance entre Akan et Gur, il y a par exemple, Agni et Koulango, Ano et Djimini, Ano et Senoufo, Ano et Djamala, Godé. Au niveau de l’alliance entre Akan et Kru, les Akyé sont alliés avec les Bakwé et les Kroumen, et les Adjoukrou sont alliés avec les Dida. Quant au Wé et Gouro, ainsi que les Wé et Gban, ils sont alliés dans le cadre des alliances entre Kru et Mandé.

Comme on peut le voir sur la carte de la Côte d’Ivoire, il y a des alliances directes et au delà des peuples ont connu des mouvements migratoires les ethnies proches de la frontière sont en relation d’alliance également avec leurs alliés de leurs frères qui sont également sur l’ensemble du territoire national. Voilà quelques aspects des alliances inter-culturelles.

En cas de décès, comment ces alliances entrent-elles en jeu comme c'est le cas avec le décès du Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, un sénoufo. Et quelle en est la symbolique ?

En cas de décès, chaque peuple a sa manifestation d’intérêt. Dans tous les cas et je le recommande fortement car il peut en être autrement. Les funérailles du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly ne peuvent pas faire fi, dans la pratique, des alliances inter-culturelles, compte tenu du fait qu’il n’y a pas qu'un seul peuple qui soit leur allié. Une application stricte mais sans excès ni bouffonnerie, des règles liées aux alliances avec les peuples alliés et le protocole doit en tenir compte et ce pour le parcours du défunt, la santé de sa famille et le succès de sa descendance. Ce sont des pratiques savantes et élégantes.

L'histoire des peuples doit savoir en tenir compte. Ce qui peut être demandé, c’est de demander au protocole de laisser une place de choix à la mise en place de ces alliances à l’exécution, car comme je l’ai dit plus haut cela donne un passeport au défunt. Et pour certains c’est une paille ou une brindille qu’on met sur un cercueil et on fixe une amende pour déclencher le processus de la consolation. Donc on essaie de théâtraliser un tout petit peu, de procéder par exorcisme. Et ce qui fait si mal, on théâtralise pour que les gens puissent avoir la possibilité de faire chuter la tension pendant une période où les gens pleurent. Et c’est une formule.

D’autres se mettront tout simplement devant le cercueil. On a vu par exemple à N’Douci le ministre Diane Sadia être bloqué par les Abbey. Il faut payer l’amende. Mais quand on dit que vous avez une amende de 50 millions francs CFA à payer ou payez-nous une amende de 50 millions francs CFA c’est vrai que cela agace certains pseudo-intellectuels mais les intellectuels traditionnels sont heureux parce que les 50 millions dont il est question, ce n’est pas 50 millions francs CFA à payer mais il faut entrer en négociation et là intervient la diplomatie coutumière qui se solde parfois par 5 francs CFA et c’est celui qui dit voilà vos 50 millions francs CFA puis on accepte, on joue et on passe.

Mais ce n’est pas un moment de mendicité ou un moment pour rançonner les gens. Dans d’autres cas, vous trouverez un allié couché dans la tombe et il attend qu’il soit dédommagé avant de sortir de là. Comme tout est de faire en sorte que la situation connaît un léger blocage pour faciliter les négociations et montrer la présence des gens. C’est vrai que même en pareil circonstance si des alliés arrivent, ils peuvent même tuer toutes les bêtes qu’ils voient. Mais ça dépend du type d’alliance et pour cela il faut tenir compte de l’antériorité de chaque alliance.

Au nombre des alliés des Sénoufos, dans le cadre des alliances au sein du peuple Gur, figurent les Tagwana, les Lobi. Au niveau des alliances entre Gur et Mandé, les Sénoufos sont alliés au Dioula, au Gouro, au Toura, au Yacouba, au Maou, au Koyaka. Enfin au niveau des alliances entre Akan et Gur, les sénoufos ont pour alliés les Anô.

Malgré l'existence de ces alliances, les conflits inter-ethniques sont toujours d'actualité en Côte d'Ivoire alors qu'elles étaient censées atténuer les rixes. Comment peut-on expliquer cet état de fait?

Comment peut-on utiliser une chose dont on ne connaît pas les valeurs? D'autre part, En sus de ce préalable, il ne faut pas perdre de vue l'usage approximatif des alliances interethniques et l'exploitation politicienne des résultats des recherches scientifiques. A présent, pour l'Afrique et tous ces jeunes qui sont obligés de se contenter de peu, il faut lancer un vaste programme d'éducation civique, morale populaire. Et là aussi, le président Félix Houphouet-Boigny a vu juste en créant, dans ses gouvernements, un Ministère de l'Éducation populaire et des Sports. Mais la gestion des détenteurs des portefeuilles ministériels, mais aussi, l'esprit de juillet 1977 qui nous rattrape encore hélas ! Et puisque quand le rythme du tam-tam change, il faut changer de pas de danse, wait and see.

Depuis que vous n’organisez plus le festival de la route des rois et des reines, les alliances interethniques sont peu vulgarisées au point que plusieurs conflits ont été enregistrés. En quoi peut-on les revaloriser ?

Gouverner c'est bâtir un système d'éducation formelle (l'école et la classe) et informelle (l'éducation populaire à travers les bonnes pratiques ( la réhabilitation des bonnes mœurs) à travers les arts et les sports d'où ma détermination à ouvrir pour l'Afrique, un vaste chantier que j'appelle l'École des Chefs, une université libre ou une université d'été d'une durée d'une semaine par an (deuxième quinzaine du mois d'août), pour la formation des chefs traditionnels et des notables. Il va sans dire que pour être efficace, une telle formation doit être ouverte aux médiateurs issus de nos écoles dites modernes, aux animateurs des collectivités territoriales issus des Ecoles nationale d’Administration (ENA), de Magistrature, de Police, de Gendarmerie qui jouent un rôle prépondérant dans la prévention et la résolution des conflits. La reconquête totale de notre dignité d'Africains, loin d'être essentiellement un objet de revendication dans de grandes salles de Conférences huppées doit conduire à une relecture en profondeur de notre système scolaire, de la puissance du sacré (du spirituel et pas forcément du religieux) et des valeurs à y enseigner en alternance avec la production et la transformation de nos produits de consommation. De l'École africaine nouvelle doit naître une indispensable Révolution culturelle elle même socle d'une libération totale et définitive du joug colonial. La méthode ? Un impressionnisme cognitiviste qui crée les conditions d'une approche holistique en concomitance.

Après le festival de la route des rois et des reines, quelle est l’actualité et les projets d’Amoa Urbain ?

Après le Festival International de la Route des Reines et des Rois et après les Grandes conférences royales, je suis à présent, à la Principauté académique de N'Douci que j'appelle La Cité des Reines et des Rois sur trois grands chantiers : Premièrement, sur le plan académique, je procède à la rédaction d'une Encyclopédie Royale d'Afrique en dix volumes sur les richesses et les valeurs africaines. Ensuite, sur le plan du développement endogène je procède également à la production, à la transformation et à la commercialisation des produits locaux (à partir de W2T.O ou World Trade and Training Office, une entreprise que j'ai créée au Ghana). Enfin, sur le plan politique, je suis en train de préparer ma campagne pour ma candidature à l'élection présidentielle, en vue de contribuer efficacement au changement dont je rêve pour l'Afrique et les Africains d'Afrique et de la Diaspora africaine.

Interview réalisée par Tanguy Gahié, Coll Ahua André, Kouassi Assouman
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