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Société Publié le samedi 22 août 2009 | Nord-Sud

Vie conjugale : Quand le mariage devient froid

Certains couples vivent en froid durant des années. Monsieur et madame sont dans la même maison mais, ils ne partagent plus rien. Cette situation difficile est incompréhensible. Nord-Sud a enquêté.

Ce témoignage va vous marquer. Botty Bi Irié, 42 ans, père de deux enfants, est un homme malheureux. Son foyer bat de l`aile. Selon lui, il n`y a plus de solution à son problème. Pour soulager son cœur, il partage son expérience avec les autres. Le samedi 27 juin, il est 17 heures quand il accepte de nous rencontrer au restaurant Obv du terminus 40 à Yopougon Kouté. Vêtu d`une chemise blanche assortie d`une cravate rouge, il a des cheveux courts grisonnant, une voix grave imposante. La barbe bicorne, il a le regard profond. Il porte également un pantalon noir. C`est le type classique européen. «Je vis avec ma femme, Romualde, depuis 19 ans. Je l`ai rencontrée lors d`un mariage il y a 25 ans. J`ai épousé Romualde parce que je me sentais seul en ce moment-là. Et je ne supportais plus cette vie de célibataire », raconte-t-il. Pendant qu`il parle, en face de nous, un couple s`embrasse de temps à autre tout en devisant tranquillement. « Au début de notre mariage nous étions heureux comme ces deux personnes. En tout cas moi je l`étais », indique-t-il. Selon lui, les problèmes sont survenus après cinq ans de mariage. Il prétend ne plus aimer sa femme : « Elle dépend beaucoup de moi. Je m`ennuie avec elle. Elle ne prend aucune décision concernant les enfants. C`est moi qui dois toujours tout décider. Elle n`avait pas de projet. Je me dis qu`elle n`a pas de rêve ». Ingénieur commercial dans une société au Plateau (Abidjan), Irié soutient qu`il fait quasiment tout à la maison. « Elle ne m`apporte rien et surtout pas de réconfort et d`aide morale », hurle-t-il. Ces phrases attirent une foule de regard sur nous. Une serveuse s`approche.

La monotonie, un poison

Il commande une bière. Après quelques gorgées, il paraît plus détendu. Nous pouvons continuer. « Je ne peux pas divorcer. Mes enfants aiment beaucoup leur maman. Une séparation serait fatale pour eux. Nous jouons le jeu. On fait comme si tout va bien tout en sachant qu`on ne se parle pas et qu`on ne dort plus dans la même chambre. Romualde ne veut pas qu`on se quitte, elle estime qu`elle m`aime encore », rapporte-t-il. Pour lui, tout cela n`est qu`une farce : « Elle n`a jamais eu le moindre amour pour moi. Je suis désespéré. Seule la présence de mes enfants m`aide à supporter ce calvaire. Mais, je ne sais pas combien de temps je peux tenir encore.» Beaucoup de couples ivoiriens ont vécu ou vivent encore une situation senblable. C`est le cas d`Elise N`Dah. Mariée depuis 25 ans, cette dame vit le martyr dans son foyer. Le mercredi 8 juillet, elle nous donne rendez-vous devant l`église Harris de la Riviera-Anono. La quarantaine dépassée, elle demeure néanmoins une belle femme avec un teint clair et une belle dentition. Elise illumine par son charme. Elle porte une belle robe fleurie qui laisse apparaître ses rondeurs. Elle ferait retourner n`importe quel homme qui la dépasse. Notre entretien a lieu dans son véhicule. Une 4x4 de couleur blanche. «Mon père et mon beau-père (le père de son époux Charles) sont des associés. Ils ont monté tous deux une société immobilière», explique-t-elle. Les affaires marchent bien et les familles se fréquentent sans problème. Les aînés des deux familles, c`est-à-dire Charles et Elise, ont toujours fait la même classe. Depuis le collège Catholique Don Bosco de Korhogo, jusqu`à l`université de Cocody. «Charles et moi, c`était l`entente parfaite. C`est pourquoi mon père nous a encouragés à nous marier ». Vu les avantages d`une telle union, les deux familles ont encouragé les jeunes au mariage. A l`université, ils avaient les mêmes amis, les mêmes centres d`intérêt. « Notre entourage nous prenait déjà pour des mariés. Au fil du temps, l`idée a germé en nous. Finalement, Charles m`a demandé en mariage. J`avais 21 ans et tous deux, nous terminions nos études », se souvient Elise. Les deux familles s`associent pour organiser un mariage grandiose. Le couple aménage dans une villa offerte par le père de la mariée, à Cocody : « J`avoue que mon mari est un homme très ambitieux. En plus, c`est un bel homme ». Deux ans après le mariage l`épouse de Charles donne naissance à son premier enfant. Malheureusement, cet événement heureux n`apporte pas bonheur aux deux mariés. « Très vite, nous nous sommes retrouvés dans un tourbillon. Mon mari voyage beaucoup. J`ai pris deux ans de congé pour m`occuper de mon enfant », avance Elise. A cette époque, il y a de plus en plus de distance entre les deux. Ce qui n`arrange pas les choses. Au fil du temps le couple se retrouve pris dans un engrenage. « Nous sommes devenus plus des frères que des époux. Nous n`avions plus d`amour l`un pour l`autre ». Au bout de 25 ans, tout est devenu monotone dans leur vie. «Nous avons fait chambre à part et on ne partage plus rien. Pour ne pas décevoir nos parents, nous avons décidé de ne pas divorcer. Mais, chacun vit sa vie comme il l`entend. Lors des anniversaires, les fêtes, on se retrouve comme les autres familles mais en réalité nous n`en sommes pas une », regrette-elle. Aïcha, jeune institutrice, vit à Katiola (Nord de la Côte d`Ivoire). Elle est Mariée à Coulibaly Aboubacar, depuis sa classe de terminale. Aujourd`hui, le couple veut divorcer mais n`y arrive pas. «J`ai trop souffert, mon moral est bas, je suis détruite. Je suis épuisée, je n`arrive pas à dormir, je pleure beaucoup», tels sont les mots de la jeune dame, lorsque nous l`avons rencontrée à son domicile, actuellement en vacances à Yopougon-Sideci-Lem.

Le mysticisme, un autre danger

Cette femme bien que mariée se dit célibataire : «On m`a mariée de force à Aboubacar. Lui et moi, nous n`avons rien en commun». La mère d`Aïcha après plusieurs grossesses avortées, désirait ardemment un enfant. Le père de cette dernière est allé consulter un féticheur. Celui-ci, après avoir consulté ses devins, propose un remède. Le père tout heureux encourage sa femme dans le traitement. Quelques mois après, la mère tombe enceinte. Fou de joie, le père est allé voir le féticheur et lui a dit : «Si ma femme accouche et que l`enfant est une fille, je la donnerai en mariage à ton fils qui vient d`avoir un an». Le féticheur accepte le marché. Neuf mois après la génitrice accouche d`une fille. Le père d`Aïcha réitère sa proposition. Le féticheur a fait tous les sacrifices nécessaires afin de concrétiser l`union des enfants. Les jeunes ont grandi chacun de son côté. Coulibaly Aboubacar a eu le temps de finir ses études. C`est tout naturellement que l`histoire lui a été contée. Le mariage a été célébré au grand dam de la jeune fille. «C`est dur. Je n`ai jamais aimé cet homme qui reste un inconnu pour moi. J`ai fait deux fugues. Mais, mon père m`a dit que cela ne servira à rien. Je suis condamnée à vivre avec lui pour toujours», regrette-t-elle en lâchant un soupir.

Soro Sita (Stagiaire)
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