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Économie Publié le mardi 22 décembre 2009 | Fraternité Matin

Transit de marchandises : Le Niger reprend avec le Port d’Abidjan

Amener les opérateurs économiques nigériens à faire passer leurs marchandises par le port autonome d’Abidjan. Voilà le pari que les dirigeants dudit port sont en passe de gagner. Le ferroutage qui consiste à transporter leurs marchandises par le train puis par les camions avec une rupture de charges à Ouagadougou est devenu une réalité. Le test de trois mois a démontré la viabilité du système. Alors qu’en moyenne, le trafic marchandises entre le port d’Abidjan et les opérateurs économiques du Niger a toujours tourné autour de 1500 tonnes par an, il a atteint les 12 mille tonnes pendant la période test. De quoi conforter les dirigeants du port dans leur conviction que la conquête du Niger est possible. Elle est même amorcée.

Les échanges qu’ils ont eus avec les autorités et les opérateurs économiques de ce pays, au cours de la sympathique cérémonie de lancement officiel de ce système bimodal, le vendredi 4 décembre, à l’hôtel Gaweye de Niamey, ont confirmé leur optimisme. On peut le dire, les Nigériens ont bien accueilli ce projet qui les rapprochera du port le plus performant de la sous-région. Pour l’heure, si l’on s’en tient aux différentes déclarations des uns et des autres, on peut dire qu’ils se sont vraiment appropriés la solution logistique qui leur a été proposée par Abidjan. Eux qui, au départ, ne croyaient pas du tout à la faisabilité du projet.

«Au moment où cette promesse avait été faite, nous avions pensé que c’était une folie parce qu’un port qui est à 1700 km de Niamey ne peut pas prétendre ravitailler le Niger, alors que certains ports ne sont qu’à 1000 km». Cet aveu a été fait par le porte-parole des importateurs et exportateurs du Niger, agréablement surpris par l’ingéniosité du procédé.

De quoi s’agit-il? Le port autonome d’Abidjan, desservi par la distance (1700 Km) qui le sépare de Niamey et par les tracasseries routières sur l’axe Abidjan-Ouagadougou, a proposé d’acheminer des marchandises des opérateurs économiques du Niger par le train jusqu’à Ouagadougou. A partir de cette ville, elles seront transbordées dans des camions qui les mèneront vers les différentes destinations, au Niger. Pour que ce procédé soit viable, c’est-à-dire compétitif en comparaison avec les ports concurrents, il a fallu impliquer les différents intervenants concernés par le trafic.

Les négociations menées avec les opérateurs économiques de la plate- forme portuaire d’Abidjan, les douanes ivoiriennes et burkinabé, la Sitarail, le Conseil national des utilisateurs de transport du Niger (Cnut), les Chambres de commerce et d’industrie du Niger et du Burkina Faso et les syndicats des transports des deux pays ont permis d’obtenir des baisses substantielles de tarifs. Parce que tous ont consenti à baisser les coûts de leurs prestations. Ainsi, sur le corridor Abidjan-Ouagadougou, le coût du transport en vrac est passé de 30 000 francs la tonne à 23 000 francs.

Et les prix des conteneurs ont baissé de 13%. Sur le trajet Ouagadougou-Niamey, le prix du vrac est passé de 27 000 francs à 24 000 francs la tonne. Au niveau de la manutention, l’acconage et le relevage des conteneurs ont connu une baisse de 35%. Le port a adopté une tarification forfaitaire. Finalement, l’on a réussi, dans le cadre du ferroutage, à obtenir un coût compétitif de la tonne de marchandise du port d’Abidjan à Niamey, à hauteur de 59 mille francs contre 60 mille francs à Cotonou (port situé à 1000 km environ), en moins de dix jours.

Surprise agréable pour les opérateurs économiques nigériens! Qui voient là l’opportunité d’une autre voie d’accès concurremment avec les autres ports, notamment celui de Cotonou. Leur Président de la République, Mamadou Tandja, l’a dit de vive voix aux dirigeants du port (le directeur général du port, Marcel Gossio et les directeurs généraux adjoints Pierre Mambé et Yéhiri Christophe), lors de l‘audience qu’il leur a accordée, le vendredi 5 décembre. Pour lui, le schéma qu’offre le port d’Abidjan va élargir la gamme de ports ouverts aux opérateurs économiques de son pays. Ce qui leur permettra d’aller où ils peuvent faire le plus de profit.

S’il y a un Nigérien qui souhaiterait que le choix de ses compatriotes soit le plus souvent porté sur le port d’Abidjan, c’est bien le représentant dudit port au Niger, Abdoul Razac. Dans la soirée du 5 décembre, on l’a vu visiblement heureux dans les couloirs de l’hôtel Gaweye, où avait lieu le dîner offert par le port aux partenaires nigériens. Il est très optimiste quant à la réussite du ferroutage.

Il est même sûr que si «nous (le port d‘Abidjan) maintenons la qualité de nos prestations et à un coût raisonnable, nous pourrons même d’ici peu ravitailler le nord du Nigeria». En ce qui concerne les opérateurs économiques du Niger, il note qu’ils sont tous intéressés par la solution qui leur a été proposée.

S’ils sont effectivement intéressés, les Nigériens en appellent, cependant, aux dirigeants du port afin de maintenir les conditions de pérennisation du système. Le porte-parole des importateurs a été on ne peut plus clair: «Nous étions en quête d’une solution de diversification de nos accès.

Vous nous avez apportez la solution. Monsieur le directeur général, maintenant que la voie est ouverte, nous aimerions que vous puissiez garantir sa pérennisation en levant tout obstacle qui pourrait mettre le trafic en retard ou en danger. Qu’il s’agisse de problèmes de stockage, de transport, de transit ou de douane, nous espérons que vous allez, fidèle à votre habitude, les résoudre».

La direction du port qui sait qu’effectivement la réussite du ferroutage repose sur le maintien des paramètres de qualité et de coût a pris bonne note des différentes remarques. A Ouagadougou et à Niamey, le directeur général n’a-t-il pas répété «qu’au-delà de la distance, les critères de choix d’un port sont la rapidité des opérations, les facilités des transports et les délais d’acheminement»?

Le respect dans le temps des engagements pris en rapport avec ces critères devra donc être une préoccupation permanente pour la direction générale du port. Le gage de pouvoir disputer les 25% du trafic marchandises que traitent les ports de Lomé et Téma sur les 2 millions de tonnes de marchandises du Niger, bien que handicapés aussi par la distance.

C’est d’ailleurs la principale remarque qui a conduit le directeur général Marcel Gossio à imaginer le ferroutage qui permet à son port de se battre pour le transit marchandises du Niger en constante progression (il a triplé en sept ans). «C’est un marché important qui pourrait améliorer considérablement notre trafic de transit au cours des prochaines années et nous permettrait ainsi de renforcer notre place de premier port de transit sur la côte ouest africaine». Les conditions de l’atteinte d’une telle ambition, il les connaît bien : «Nous devons donc tout mettre en œuvre pour maintenir les prix de nos prestations à un niveau compétitif, conformément aux engagements pris afin de préserver la compétitivité de notre corridor face aux ports concurrents».

Alakagni Hala
Envoyé spécial à Niamey
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