Elle fait le signe de croix avant de monter dans le bus. Vêtue d’un bazin vert, et un foulard blanc noué autour de la tête, Soumahoro Madjougné est revendeuse de poisson frais au port automne d’Abidjan. Il est 7 h 06 ce 09 août à la gare nord. Le quai du bus 19 est bondé de monde. Les voyageurs, les tickets de transport en main montent tranquillement dans le véhicule. Pour les habitués, il y a toujours une lutte pour les places assises. Mais ce premier jour ouvrable après le drame impliquant un autobus de cette ligne, personne n’est pressé de monter à bord. En file indienne, les premiers à embarquer occupent les 29 sièges du bus Tata. Encore un Tata. C’est la marque du bus qui a plongé dans la lagune, tuant une cinquantaine de personnes. Pour Madjougné, peu importe la marque de l’autocar. Quand le sort est scellé, il est scellé. 15 min après, le bus est plein à craquer. Il est tout le temps chargé car le trajet est long. Il va dans la zone portuaire là où beaucoup de monde ‘’se débrouiller’’. Le machiniste (conducteur) habillé dans un ensemble jean a les traits du visage tendus. Il amorce le départ, destination finale Vridi. « Qu’Allah nous accompagne », lance à haute voix, une vieille dame. Tous savent à quoi elle fait allusion. Mais personne, pour l’instant, ne veut en parler. Nous commençons le voyage. Le bus s’engage sur le boulevard Nangui-Abrogoua. Dame Soumahoro n’a pas eu de place assise. Debout, elle prend appui sur les barres de fer pour son équilibre. Cela ne l’empêche pas d’engager la conversation avec sa voisine.
C’est Dieu qui décide
Certainement une collègue vendeuse. « Dans la vie, il ne faut pas forcer le destin », lâche-t-elle. Cette dame a manqué le bus 19, qui a endeuillé la Côte d’Ivoire vendredi. Elle s’en est plaint aux agents de la société : « J’étais en retard. Le bus était rempli. J’ai voulu forcer pour monter. On m’en a dissuadé. A chaque fois que je m’accrochais à quelqu’un, je faisais descendre beaucoup de personnes à la fois. Finalement, le chauffeur a fermé les portières sans que je monte ». Elle a proféré toutes sortes d’injures. Ensuite, elle a refait le rang pour attendre le prochain bus. Le bus continue son mouvement.
Il prend maintenant la direction du Plateau. « Chauffeur, allons doucement car nous sommes pressées », lance un étudiant d’une grande école de Marcory. Les rires fusent de partout. Le chauffeur reste serein. A 7 h 30 précises, il freine au feu tricolore du siège de la poste de Côte d’Ivoire. Il s’apprête à s’engager sur le pont Félix Houphouet-Boigny. Les visages deviennent graves. Un calme plat règne dans le bus. Du coup, tous les passagers semblent habités par le film de la catastrophe survenue à cet endroit précis quelques jours plus tôt. On croirait que tous les esprits sont hantés par l’image des corps retirés de la lagune. Les regards se tournent vers l’endroit où le bus a plongé. «A chaque fois que le bus va s’engager sur le pont, j’aurai toujours une pensée pour nos morts », confie Soumahoro. «Ne craignez rien, c’est Dieu qui décide », répond un homme. « Doux Jésus !éloigne notre pays de ces catastrophes », renchérit un autre. Les sapeurs-pompiers continuent de repêcher les corps, difficile donc d’oublier.
S.S (stagiaire)
C’est Dieu qui décide
Certainement une collègue vendeuse. « Dans la vie, il ne faut pas forcer le destin », lâche-t-elle. Cette dame a manqué le bus 19, qui a endeuillé la Côte d’Ivoire vendredi. Elle s’en est plaint aux agents de la société : « J’étais en retard. Le bus était rempli. J’ai voulu forcer pour monter. On m’en a dissuadé. A chaque fois que je m’accrochais à quelqu’un, je faisais descendre beaucoup de personnes à la fois. Finalement, le chauffeur a fermé les portières sans que je monte ». Elle a proféré toutes sortes d’injures. Ensuite, elle a refait le rang pour attendre le prochain bus. Le bus continue son mouvement.
Il prend maintenant la direction du Plateau. « Chauffeur, allons doucement car nous sommes pressées », lance un étudiant d’une grande école de Marcory. Les rires fusent de partout. Le chauffeur reste serein. A 7 h 30 précises, il freine au feu tricolore du siège de la poste de Côte d’Ivoire. Il s’apprête à s’engager sur le pont Félix Houphouet-Boigny. Les visages deviennent graves. Un calme plat règne dans le bus. Du coup, tous les passagers semblent habités par le film de la catastrophe survenue à cet endroit précis quelques jours plus tôt. On croirait que tous les esprits sont hantés par l’image des corps retirés de la lagune. Les regards se tournent vers l’endroit où le bus a plongé. «A chaque fois que le bus va s’engager sur le pont, j’aurai toujours une pensée pour nos morts », confie Soumahoro. «Ne craignez rien, c’est Dieu qui décide », répond un homme. « Doux Jésus !éloigne notre pays de ces catastrophes », renchérit un autre. Les sapeurs-pompiers continuent de repêcher les corps, difficile donc d’oublier.
S.S (stagiaire)