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Politique Publié le mercredi 6 juin 2012 | Diasporas-News

Mali : la chienlit au Sud et la charia au Nord

© Diasporas-News Par DR
Bamako (Mali) : Manifestation a l`aéroport par des partisans des auteurs du coup d`Etat
Jeudi 29 mars 2012. Bamako (Mali) . La manifestation pro-junte déroulée dans la matinée sur le tarmac de l`aéroport. Photo : Amadou Sanogo chef de la junte
Un chef d’Etat par intérim agressé par des manifestants au sein même de son bureau, les touaregs de la partie septentrionale du pays qui proclament unilatéralement une République islamique, un chef de gouvernement obligé d’aller trouver les solutions chez les médiateurs étrangers… Où va le Mali ?
Tous coupables
Le Mali s’enfonce inexorablement vers une impasse que personne n’ose parier un kopek quant à l’issue de cette période d’instabilité dans laquelle ce pays est en train de traverser. Cette lente dérive de ce pays, maintes fois cités comme un exemple d’un pays démocratique, vers une anarchie au sommet du pouvoir et une perte de son intégrité territoriale est-elle une réaction spontanée ou une décennie de profond ressentiment de la population ?
Aujourd’hui, le vernis démocratique malien a craqué à la face du monde. La planète toute entière louait cette pluralité de façade alors qu’elle était minée par la corruption, un pouvoir d’achat qui s’effrite provoquant un sentiment de ras-le-bol général. En tout cas, la responsabilité est collective. D’abord, les bailleurs de fonds internationaux qui avaient peut-être besoin de citer et d’aider un pays exemplaire dans cette Afrique où les dirigeants peinent à quitter le pouvoir. Où sont envolées les subventions ? Ensuite, les pays voisins qui ont instrumentalisé les touaregs de l’Azawad pour faire barrage à AQMI ; en 2011, la France a également reçu discrètement au Quai d’Orsay des émissaires d’Ansar Dine. Et enfin le président Amadou Toumani Touré (ATT), lui-même et toute la classe politique, usés sans doute par une décennie de pouvoir.
Les rétrospectives de 2012
Début janvier, les rebelles touaregs attaquèrent les garnisons de la partie septentrionale. Elle sonne la reprise de la lutte armée du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), avec cette fois-ci le renfort des groupuscules islamistes dont AQMI. Les villes de Tessalit puis Ménaka et Kidal tombèrent. L’armée malienne mal équipée accusa de lourdes pertes. Mais le tournant décisif fut le massacre d’Aguelhok : faits prisonniers, au moins une centaine de soldats et de gendarmes ont été froidement abattus, les mains liées dans le dos. Une signature d’AQMI ! En février, ce sont les femmes de soldats qui prirent la défense de leurs époux pour manifester et interpeller le président ATT : « nos maris se font massacrer comme des lapins faute de matériels et d’équipements ; et vous ne réagissez pas en attendant tranquillement la fin de votre mandat… ».
En tout cas, une atmosphère de fin de règne polluait la vie politique à Bamako ; les rumeurs de coup d’Etat allaient bon train et les grognements se faisaient plus bruyants dans les casernes. ATT croyait en sa bonne étoile et pensait encore cette fois-ci pouvoir éteindre le début d’incendie qui couvait au sein de la grande muette.
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Le 22 mars, jour où son ministre de la Défense et le chef d’état-major furent « convoqués » par les militaires au camp de Kati à 15km de la Capitale, ATT était resté serein malgré les mises en garde des chancelleries étrangères. C’est ainsi qu’une mutinerie de soldats, frustrés par les propos des deux émissaires a fait chuté un régime démocratique. Tandis que quelques irréductibles de Kati étaient décidés à marcher sur Bamako pour porter haut et fort leur revendication, un capitaine nommé Amadou Haya Sanogo, rentrait tranquillement chez lui à moto, en ne participant même pas aux discussions des mutins.
C’est lorsque le fruit était mûr c’est-à-dire que l’ORTM et le palais de Koulouba sont tombés que les putschistes, surpris eux-mêmes par tant de facilité, cherchèrent une forte tête susceptible de diriger la junte. Amadou Haya Sanogo fut tiré de son lit et appelé alors à la rescousse pour se faire nommer président du Comité National de la Démocratie et du Redressement de l’Etat (CNDRE).
La CEDEAO a tout de suite condamné le putsch et a opté d’emblée pour une ligne dure : embargo, isolement du Mali, suspension de toutes les instances internationales, menace d’envoi des contingents militaires pour renvoyer les putschistes dans leur caserne. Tandis que Blaise Compaoré est sur une ligne beaucoup plus modérée. Il a envoyé son ministre des Affaires Etrangères Djibril Bassolé pour la recherche d’une solution consensuelle. Aujourd’hui, force est de constater que les faits donnent raison plutôt à la diplomatie « soft » et à la prudence du Burkina Faso qui est un voisin limitrophe. Le 22 mai dernier, 25 burkinabés ont été tués à la frontière malienne ; conséquence d’une confrontation entre dogons et les réfugiés peuls. Alors que l’embargo décrété par la CEDEAO a engendré un manque à gagner d’au moins 10 milliards FCFA mensuel à la douane malienne et asphyxie progressivement l’économie locale.
Pouvoir tricéphale
L’accord-cadre du 6 avril définit la feuille de route imposée par la CEDEAO. Elle devait d’une part conduire le Mali jusqu’aux élections présidentielles, synonyme d’un retour à l’ordre constitutionnel ; et d’autre part, trouver une solution à l’insurrection touarègue. Dioncounda Traoré, ancien président de l’Assemblée Nationale, est désigné président de la République pour un intérim de 40 jours ; Cheikh Modibo Diarra, astrophysicien de la NASA aura la lourde tâche de gouverner le pays après avoir « piloter » la sonde marsienne « pathfinder ». Quant au capitaine Amadou Haya Sanogo, il fut renvoyé à la caserne de Kati, le QG des putschistes.
Mais les apparences sont parfois trompeuses. Le président intérimaire Dioncounda Traoré règne mais ne gouverne pas. Il n’a ni pouvoir de signature et encore moins de nomination. Tandis que le Premier Ministre Cheikh Modibo Diarra a peine à asseoir son autorité et la formation de son gouvernement fut très critiquée. Car censé être un gouvernement d’union nationale, il serait devenu un gouvernement d’exclusion, snobant la majorité de la classe politique. Quant aux militaires, ils ont tout de même obtenu trois maroquins : l’Administration Territoriale ; la Sécurité Intérieure et la Protection Civile ; la Défense.
Pour compléter le triumvirat, il y a toujours l’inamovible capitaine Amadou Haya Sanogo. Les ex-putschistes qui, feignant de se retirer à la 3ème région militaire de Kati, imposent toujours leurs décisions en dernier ressort. Ce qui fait dire un homme politique qui préfère garder l’anonymat « qu’on devrait transférer la Capitale au camp Kati car les consultations, les doléances et les audiences des politiciens, autres opérateurs économiques et les courtisans se passent la plupart du temps dans le bureau du capitaine Amadou Haya Sanogo ».
Contre-putsch
L’arrestation de militaires ou d’hommes politiques par la junte n’a jamais cessé et le régime semblait se durcir pendant tout le mois d’avril. Exaspérés et humiliés, les bérets rouges (parachutistes du camp de Djicoroni), force loyale à ATT ont lancé une contre-offensive les bérets verts (putschistes). Les premiers ont tenté de reprendre le siège de la Radio-Télévision, l’aéroport ainsi que la caserne de Kati. Des affrontements qui ont fait au moins 70 morts, selon des sources militaires. Toutefois, cela n’a pas remis en cause l’accord-cadre signé avec la CEDEAO.
Que reproche-t-on à Diacounda Traoré ?
Les partisans des putschistes reprochent au président Diacounda Traoré d’être allé à Canossa. Son voyage à Abidjan, à la rencontre des chefs d’Etat de la CEDEAO, pour valider le schéma de sortie de crise, est considéré comme une humiliation pour le peuple malien. En aparté, le logiciel vde médiation des différentes communautés économiques régionales marque ici ses limites : Madagascar n’est pas encore retournée aux urnes depuis le putsch de 2009. Merci la SADC [l’équivalent de la CEDEAO en Afrique Australe] !
La rue reproche à Diacounda Traoré d’avoir cautionné l’accord-cadre pour s’assurer l’intérim de la présidence de la République. D’autant plus que du temps où il était au perchoir, il a fait passer un projet de loi sur le mariage religieux et l’héritage favorable à la population musulmane du Nord.
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase fut l’accord du 20 mai. Il s’agit de la signature entre le triumvirat et la CEDEAO portant sur la prolongation de la transition de 12 mois supplémentaires alors que les 40 jours d’intérim arrivaient à échéance le 22 mai. Et le capitaine Amadou Sanogo s’effacera définitivement de la scène politique avec rang de chef d’Etat à la retraite !
Les derniers rebondissements font penser que les partisans du putsch ont pris le dessus sur le front du refus (les partis politiques condamnant le coup d’Etat). Le président de transition Diacounda Traoré a été agressé par des manifestants le 21 mai. Un sit-in à la place de l’Indépendance des pro-putschistes s’est transformé en marche de mécontentement vers le palais présidentiel de Koulouba. Au lendemain de son agression, son simple bilan de santé, prévu de longue date en France, ne risquerait-il pas de se prolonger pour se transformer en exil ?
Vers une « afghanisation » du Mali
Outre la condamnation unanime, de la classe politique comme de la communauté internationale, cette agression pourra marquer un tournant décisif de l’avenir immédiat du Mali. En effet depuis la signature de l’accord du 20 mai, la junte semble respecter sa signature ; elle s’est pratiquement retirée dans son QG malgré les manifestations populaires suppliant le capitaine Sanogo de reprendre les rênes du pouvoir.
La situation au Nord du Mali est de plus en plus confuse. Les touaregs du MNLA ont été débordés par les islamistes. Quelques jours avant la proclamation unilatérale d’indépendance d’un Etat islamique, l’émir d’AQMI Abdelmalek Droukdel a appelé à un rapprochement du MNLA et Ansar Dine et à instaurer graduellement la charia dans les villes qu’ils ont conquis.
La voie diplomatique a montré ses limites. L’hypothèse d’un déploiement militaire d’une part à Bamako pour veiller à la sécurité des dirigeants de la transition ; et d’autre part au Nord du pays commence à faire son chemin.
A la suite de la signature du premier accord-cadre du 6 avril, Monsieur Jean Ping président de la Commission de l’UA était déjà sur un autre registre. Il a commencé à faire le tour des capitales africaines pour « vendre » son projet : intervenir militairement au Mali. L’Union Européenne serait prêt à financer le déploiement d’une force africaine. Et Washington, Londres et Paris approuveraient sans réserve cette décision. Mais le diplomate n’a pas réussi à convaincre le président algérien Abdelaziz Bouteflika qui, il faut le rappeler, dirige le pays le plus puissant de la région et partage 1.000 km de frontière avec son voisin malien. Les généraux algériens seraient plutôt pour une option plus discrète c’est-à-dire l’assassinat ciblé de chefs islamistes dans le Sahel.
Depuis la chute du régime ATT, le Nord du Mali est devenu un nid de salafistes prêts à en découdre avec les impies : d’abord les djihadistes d’Ansar Dine ; ensuite ceux de Boko Haram du Nigeria et venant de beaucoup plus loin de Mauritanie, du Niger encadré par des « instructeurs » pakistanais. Les soldats de Dieu sont sûrs de leur coup depuis la découverte récente par AQMI des armes et munitions cachées à la va-vite par l’armée maliennes en débandade.

Alex ZAKA

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